Le french flair vous salue bien

Ce 14 juillet 1979, le quinze de France est face à une forteresse autrement plus imprenable que la Bastille : les All Blacks ! Jamais jusqu’alors les Français ne sont parvenus à battre la Nouvelle-Zélande chez elle, un exploit il faut bien le dire aussi rare qu’une chistera de nos jours chez les Bleus…

 

Le match s’annonce d’autant plus difficile qu’une semaine plus tôt, les tricolores ont pris une sérieuse déculottée lors du premier test match, s’inclinant 23 à 9 à Christchurch, avant de perdre sans gloire contre une sélection de province le test de milieu de semaine. Autant dire qu’à l’Eden Park d’Auckland, devant 60 000 spectateurs, les chances des hommes de Jean-Pierre Rives sont aussi minces qu’un ailier d’alors…

 

Les Blacks prennent l’avantage, les Bleus rivalisent…

 

Ce quinze de France expérimental, composé en partie des grognards du grand chelem de 1977 et de quelques jeunes et talentueuses recrues (Galion, Codorniou, Dubroca), subit l’impact des Néo-zélandais en début de match, laissant les invincibles blacks prendre l’avantage (10-3). Si les Bleus, au prix d’une débauche d’énergie extrême, sont parvenus à empêcher leurs adversaires de concrétiser leur domination alors que la mi-temps se profile, ils restent à sept longueurs, le pied de Jean-Michel Aguirre étant d’une inhabituelle imprécision.

 

Et pourtant en deux minutes, les Bleus du bout du monde vont totalement inverser la tendance à l’image d’un autre exploit contre ces mêmes Blacks vingt ans plus tard. C’est d’abord ce diable de Galion qui jaillit de sa boite pour plaquer son vis-à-vis au sortir d’une mêlée avant de se relever pour contrer le dégagement adverse et plonger derrière la ligne au nez et aux moustaches (c’était alors la mode) des colosses en noir ! Sur le renvoi, un autre diable, blond celui-là, vient subtiliser la balle aux blacks après une touche cafouillée sur les 22 français, Casque d’or écarte immédiatement vers ses arrières qui orchestrent une chevauchée fantastique, conclue par Alain Caussade juste avant la mi-temps. Les Bleus rentrent au vestiaire avec une légère avance (11-7), Aguirre ayant raté les deux transformations (pour mémoire, à cette époque, les essais ne valaient que quatre points)…

 

 

Le french flair s’exporte au bout du monde

 

Même si les Néozélandais réduisent le score d’une pénalité dès le retour sur le terrain, le public d’Auckland va découvrir ce jeu à la française qui va séduire l’ovalie et occasionner quelques retentissantes défaites aux invincibles Blacks. A la sortie d’un regroupement c’est tout d’abord Joinel qui perce au milieu des noirs étrangement statiques avant de transmettre la balle à ses arrières ; Codorniou puis Caussade qui trouve Jean-Luc Averous d’une parfaite croisée. L’ailier français mystifie son vis-à-vis d’une réception de funambule avant d’aller aplatir tranquillement dans l’en-but des Néozélandais. Nouvel échec d’Aguirre qui prive les Bleus d’une substantielle avance (15-10). Si l’arrière est totalement hors du coup en ce qui concerne le jeu au pied, Alain Caussade, est en revanche d’une habilité diabolique pour réussir un drop millimétré après une touche rapidement sortie par son demi de mêlée. L’avantage des tricolores prend alors des proportions laissant entrevoir une possible victoire sur ces terres inviolables (18-10)…
Mais les Blacks réagissent en tentant d’imposer un défi physique, une vaine réaction puisqu’en ce 14 juillet les héros de tout un peuple subtilisent un nouveau ballon à des adversaires privés de leur habituel génie. Les gros ont fait le boulot, les trois-quarts peuvent rejouer la symphonie des ballons volants : Averous, Caussade et enfin Codorniou s’échangent la calebasse avec générosité. Le petit prince offre alors à son équipe 12 points d’avance pour sa deuxième cape ! Un matelas grimpant à 14 (24-10) avec la transformation de Caussade qui a remplacé Aguirre dans l’exercice. Il reste à peine vingt minutes à jouer. Malgré leur révolte, une pénalité réussie, un essai rageur de leur capitaine suivi d’une ultime et dangereuse offensive sauvée par un Costes de retour du bout du monde, les Blacks ne reviendront pas (24-19).

 

Pour la première fois, le France s’impose au pays du long nuage blanc, au terme d’une rencontre exceptionnelle. Le jour de leur fête nationale, les Bleus ont donné une leçon de rugby à la meilleure équipe de la planète, au sein même de leur temple inviolé ! Une victoire surprise qui contribuera à faire du coq la bête noire des Blacks des années durant jusqu’au fantastique come-back de 1999.

 

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