Jerry Bujakowski : l'important est de participer

Rarement la maxime du baron de Coubertin n'a trouvé à s'employer avec autant de justesse qu'avec l'histoire de Jerry Bujakowski, un amoureux du sport dont le romantisme et l'incroyable parcours ouvrent droit aux colonnes des Fous du Sport !

 

En préambule, il convient de préciser que notre héros avait de qui tenir, avec son père, un incroyable aventurier comme le XXe en a parfois engendré. Polonais de naissance, Bujakowski père, se fit connaître en effectuant le trajet entre la Lituanie et Shanghai seul à moto en 1934, avant de devenir, durant les sombres heures de la seconde guerre mondiale, pilote de l'armée de l'air polonaise. Après le conflit, Monsieur Bujakowski émigra en Inde, accompagné de sa famille et notamment de son jeune fils Jerry né en 1939 en Lituanie, pour travailler dans l'industrie pétrolière.

 

Bujakowski père
Bujakowski père

La glisse dans le sang...

 

Polonais, Lituanien, et désormais Indien, Jerry va découvrir une autre culture en s'exilant aux États-Unis pour ses études. Il y découvre le surf en Californie et le ski en Idaho, deux disciplines qu'il pratique avec assiduité et un réel talent.

 

De retour en Inde, le jeune homme réussit l'exploit de convaincre le gouvernement indien de créer deux fédérations - une de surf, une de ski - pour que le pays puisse défendre ses chances dans ces deux sports. Fort logiquement, le talentueux lndo-Lituanien devient le principal représentant de son pays d'adoption.

 

La persévérance dans les gênes

 

Dès lors, il repart dans les Rocheuses et s'astreint à un entrainement draconien en vue des Jeux Olympiques de 1964. A Innsbruck, en Autriche, il connait l'immense honneur de devenir le premier représentant de l'Inde aux JO d'hiver. Malheureusement un terrible accident dans la descente olympique met un terme à son aventure autrichienne avec un dos totalement détruit.

 

Il lui faudra six mois et quatre opérations de la colonne vertébrale, rendues extrêmement délicates par de réels risques d'hémorragie interne,  pour recouvrer partiellement ses capacités physiques. Il semble inutile de préciser que pour le commun des mortels le sport de haut-niveau n'aurait plus constitué qu'un lointain souvenir...

 

Ne jamais renoncer !

 

Mais un Bujakowski ne renonce jamais ! Jerry parvient à décrocher sa qualification pour les championnats du monde de surf à San Diego en 1966. Éliminé au premier tour, le seul représentant de la délégation indienne s'est néanmoins frotté à l'élite du surf.

 

Et comme il n'était pas dans ses gênes d'abdiquer, c'est en 1968 à Grenoble que l'on retrouve notre passionné de glisse, inscrit dans les trois disciplines du ski alpin : slalom, géant, descente ! Évidemment, il concourut loin de Jean-Claude Killy et son extraordinaire triplé, mais en se classant 53e de la descente et 65e du géant, Jerry Bujakowski avait désormais inscrit son pays d'adoption dans le palmarès des Jeux Olympiques d'hiver.

 

Seul sportif à avoir participé à la fois aux Jeux Olympiques d'hiver et aux championnats du monde de surf, Bujakowski est devenu une icône dans l'univers pourtant déjà riche en personnages hors-norme du surf. Apprécié de tous pour son originalité, sa persévérance et sa gentillesse, il tire sa révérence en compétition après les championnats du monde surf à Puerto Rico à la fin des années 60. Une participation où il s'illustra notamment en surfant les pieds chaussés de baskets par crainte des oursins ! Même les aventuriers et les rois de la glisse peuvent avoir des phobies...

 

 

Bibliographie : l'excellent Surf Me Up du tout aussi excellent Alain Gardinier, aux Éditions Atlantica

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