1956, le Real prive Reims de Champagne

Après son succès indiscutable contre la Juventus, le Réal de Madrid plane seul sur le toit de l'Europe avec désormais 12 succès dans la plus prestigieuse des compétitions continentales, très loin devant tous ses rivaux.

 

Une hégémonie débutée en 1956 avec une première victoire décrochée au terme d'un match inoubliable contre le Stade de Reims lors de la finale de l'épreuve inaugurale, imaginée par le journal L’Équipe, disputée à Paris au Parc des Princes.

 

Le Stade de Reims, un peu tenant du titre

 

Ancêtre de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (devenue depuis la League des Champions), la Coupe Latine opposait les vainqueurs des championnats français, italiens, espagnols et portugais, une épreuve remportée en 1955 - et ce pour la deuxième fois - par Reims, conférant à l'équipe française le statut de favori, tout au moins dans l'esprit de ses supporters, ce que ne démentait pas son parcours assez facile pour se hisser jusqu'à la première finale de l'histoire de cette compétition appelée à devenir la plus grande de tous...

 

Départ canon pour Reims

 

Un statut confirmé par un début de rencontre parfait puisque les Français mènent déjà 2-0 après 10 minutes de jeu (buts de Leblond à la 6e et de Templin à la 10e), durant lequel les ailiers tricolores rendirent folle l'arrière-garde du Réal.

 

Llorente, l'entraineur espagnol avait en effet fait le choix d'aménager son WM de manière à pouvoir mettre en place un marquage strict sur le meilleur joueur français, Raymond Kopa, libérant ainsi des espaces sur les côtés. Un choix qui allait malheureusement se révéler payant sur la durée tant l'avant-centre rémois se fit discret dans cette rencontre.

 

Di Stefano, le premier des galactiques

 

Kopa neutralisé, le Stade de Reims manque pourtant l'occasion d'inscrire un 3e but, une opportunité ratée aux conséquences dramatiques puisque la 14e minute sonne le réveil des Merengues et du plus grand d'entre eux : Alfredo Di Stefano réduisant l'écart d'une frappe chirurgicale.

 

Le récital de l'Argentin ne faisait que commencer ! Intenable, il offre le but de l'égalisation à son compatriote Rial à la demi-heure de jeu. Les Français n'abdiquent pas mais subissent pourtant la domination de leur adversaire et ne doivent qu'à la barre transversale d'atteindre la pause sur un score de parité.

 

Reims n'abdique pas !

 

C'est du football champagne, la balle va d'un but à l'autre pour le plus grand plaisir des 40 000 spectateurs d'un Parc comble. Un public qui exulte à la 62e minute lorsque Michel Hidalgo redonne l'avantage aux tricolores.

 

Une joie de courte durée pourtant ! Cinq minutes seulement avant qu'un nouveau festival de Di Stefano soit conclu par Marquitos pour une égalisation cruelle mais méritée. Malgré l'abnégation des blancs et rouges et d'un Jonquet héroïque en défense, le rouleau compresseur madrilène orchestré par l'insaisissable Di Stefano crucifie les espoirs de tout un peuple avec un nouveau but de Rial à la 79e minute. Un ultime sursaut d'orgueil des Rémois ne suffira pas à inverser le scenario d'une rencontre à l'intensité exceptionnelle, Di Stefano - encore lui - monopolisant la balle de ses dribbles pour priver les joueurs français de toute opportunité d'égaliser.

 

Le Réal, grand d'Europe !

 

Battu au terme d'un match inoubliable et spectaculaire (4-3), le Stade de Reims doit en plus perdre son meilleur joueur, Raymond Kopa, qui avait signé quelques jours avant la rencontre pour... le Réal de Madrid. La rivalité (amicale) entre les deux équipes se poursuivit néanmoins avec une nouvelle finale en 1959, là encore gagnée par Madrid.

 

Alors que le club français allait progressivement sombrer dans les oubliettes de l'histoire et quelques décennies plus tard dans l'anonymat de la deuxième division nationale, le grand Réal devint progressivement le club le plus titré d'Europe avec au total douze coupes d'Europe des clubs champions à son palmarès, dont les cinq premières de l'histoire. Une suprématie en grande partie due à un trio extraordinaire (Di Stefano, Kopa, Puskas), mais qui n'aurait peut-être pas été aussi absolue si les dés n'avaient choisi le Réal au terme d'une première finale aussi folle qu'indécise...

 


Tout grand d'Europe qu'il soit, le Réal a parfois subi la domination de clubs tricolores et tout particulièrement du PSG.