1982, Mats Wilander invité surprise à Roland Garros

Quelques mois plus tôt, le royaume du tennis a vécu avec stupeur l'abdication de son monarque qui régnait sans partage sur les terres ocres de France (mais aussi sur les verts pâturages d'Albion) depuis de longues années. Après les six victoires en sept ans de Björn Borg à Roland-Garros, le monde du tennis est orphelin et bien en peine de trouver un successeur au prodige suédois sur terre battue.

 

John McEnroe absent, il y a bien sûr Jimmy Connors le numéro 1 mondial mais l'Américain est allergique à la terre de la porte d'Auteuil. Ivan Lendl pourrait faire figure de favori après sa finale âprement disputée contre Borg l'année précédente mais il n'a encore jamais gagné un majeur. Il y a aussi l'inépuisable Guillermo Vilas ou encore son compatriote et successeur désigné José Luis Clerc sans oublier quelques volleyeurs de talent qui rêvent de rééditer l'exploit d'Adriano Panatta, le seul à avoir vaincu Borg à Roland-Garros parmi lesquels Vitas Gerulaitis et un jeune Français prometteur : Yannick Noah.

Une ère nouvelle débute

 

Tous les Géants des années 1970 sont bien là, mais une ère nouvelle est en train de débuter ! Les premiers tours du tournoi ne permettent pas d'en prendre conscience ; en effet Connors, Vilas, Gerulaitis, Lendl, Clerc, Higueras, se sont hissés en quart de finale.

 

Deux jeunes talents ont rejoint leurs ainés, Yannick Noah qui porte les espoirs de tout un peuple et un jeune Suédois inconnu, Mats Wilander, adepte évidemment d'un jeu de fond de court au lift ravageur. Si le Français va quitter la compétition à ce stade, victime de l'intraitable Vilas, Wilander écarte la menace Gerulaitis lors d'une spectaculaire opposition de style pour se qualifier dans le dernier carré.

 

Wilander rime avec fair-play

 

Si Vilas surclasse totalement José Higueras, la demi-finale entre Clerc et l'invité surprise est autrement plus disputée. Au terme de quatre heures de jeu, ponctuées d'interminables rallyes de fond de court, Wilander mène 2 sets à 1 et 6 jeux à 5 lorsqu'il se procure une balle de match sur service adverse. Après un nouveau bras de fer, le revers lifté de l'Argentin retombe juste derrière la ligne. La balle est annoncée faute et l'arbitre décrète la fin du match malgré les protestations de José Luis Clerc.

 

Pas de vidéo à l'époque, mais contre ce jeune Suédois c'est totalement inutile puisque à la surprise générale Wilander demande à l'arbitre de remettre le point. A 17 ans, pour sa première demi-finale dans un tournoi du grand Chelem, lors d'une rencontre âprement disputée, le Scandinave fait preuve d'un geste d'une sportivité incroyable. Le public du court central, déjà séduit par ce jeune homme charmant à l'innocente blondeur, est dès lors totalement conquis. Il reste néanmoins une balle de match à rejouer sur le service de l'implacable combattant qu'est l'Argentin. L'élégance est toujours récompensée, Wilander remporte à nouveau le point, cette fois sans discussion possible, décrochant la première finale de sa prometteuse carrière après avoir ébloui les passionnés de tennis avec un geste d'une classe folle !

 

L'épouvantail Vilas en finale

 

Régulièrement barré par Borg, le ténébreux Argentin tient là l'occasion d'ajouter une deuxième victoire à Roland-Garros à son palmarès. Il est le favori indiscutable de la finale tant il a surclassé ces adversaires jusqu'à là, ne perdant pas un set en écœurant un par un ses rivaux avec son jeu certes peu spectaculaire mais indestructible. Les observateurs s'attendent à une finale longue entre deux joueurs ne montant au filet que pour serrer la main de leur adversaire une fois la rencontre terminée...

 

Nombreux sont ceux à prédire une victoire facile de Vilas contre un adversaire pratiquant le même tennis mais avec moins d'expérience, moins de solidité et moins de puissance ! Des pronostics qui se confirment dès le premier set remporté - plus précisément survolé - par l'Argentin qui inflige un cuisant 6-1 à son inexpérimenté rival...

 

A cœur vaillant, rien d'impossible

 

Après ce premier set à sens unique les débats s'équilibrent pourtant. Le Suédois a retrouvé sa sérénité et sa longueur de balle, les échanges s'éternisent entre ces deux stakhanovistes. La deuxième manche est interminable - plus d'une heure trente - avec des rallyes dépassant fréquemment les deux minutes, avant que Wilander n'égalise au tie-break.

 

Survolté, le jeune Scandinave remporte la troisième manche sur le score sans appel de 6-0 face à un Vilas totalement déstabilisé par cet adversaire qui lui rappelle sa Némésis suédoise. L'Argentin est cependant un combattant farouche qui repart au combat dans un quatrième set  au couteau. Malgré ce sursaut d'orgueil, il ne peut rien faire contre le talent et la jeunesse des dix-sept printemps de Mats Wilander ; après 4h56 de jeu (la plus longue finale d'un tournoi du Grand Chelem) Vilas s'incline ! A 17 ans et quelques mois Wilander entre dans l'histoire en devenant le plus jeune vainqueur d'un tournoi du Big Four, il laissera dans celle-ci le souvenir d'un exploit exceptionnel, d'un geste d'un fair-play jamais démenti tout au long d'une carrière remarquable et un palmarès étoffé de sept titres du Grand Chelem. Borg avait trouvé un héritier !

 

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