Karoly Takacs, l'homme à la main d'or

L’histoire du sport est constellée de récits de grands sportifs ayant dû lutter contre l’adversité pour réussir à remporter trophées et médailles. Il s’agit néanmoins le plus souvent de désillusions ou d’échecs restants dans le cadre de la pratique sportive, défaillances, malchance, erreurs d’arbitrage, adversaires en état de grâce, bref de petites contrariétés à l’échelle du genre humain.

 

 

Parfois, le destin est autrement plus cruel, obligeant quelques hommes et femmes d’exception à se dépasser dans leur quête d’or et bien souvent d’absolu. Le Hongrois Karoly Takacs a dû lutter contre les pires adversités, atrocités pourrait-on ajouter sans pour autant tomber dans l'exagération, et ceci près de deux décennies durant. Mais il est sans nul doute l'illustration parfaite que le talent et plus encore la volonté triomphent de tout ! Voici l'histoire de Karoly Takacs, l'homme à la main d'or, qui avait décidé qu'il serait un jour champion olympique...

 

La main du destin

 

Né à Budapest en 1910 dans un milieu modeste, Takacs s'oriente très tôt vers une carrière militaire. Il y montre des prédispositions certaines pour le tir et en particulier au pistolet, à tel point qu'il devient rapidement le meilleur tireur hongrois surclassant de nombreux spécialistes plus expérimentés. En 1936, il est non seulement le meilleur tireur de Hongrie, mais plus encore un des  meilleurs de la planète !

 

La première désillusion de Takacs survient à cette occasion. Les militaires magyars ont édicté une règle absurde qui impose que les représentants aux Jeux Olympiques dans cette discipline soient des officiers. Simple sergent, Karoly Takacs se voit donc privé des Jeux de Berlin, remplacé par un quelconque gradé tombé dans l'oubli...

 

Un homme d'exception

 

Conséquence ou non, la Hongrie décide dans la foulée d'abroger cette disposition injuste, Takacs peut donc se préparer pour les Jeux de 1940 programmés au Japon. Mais le destin est une nouvelle fois cruel avec le jeune Hongrois ; lors de manœuvres militaires en 1938 une grenade défectueuse emporte sa main droite !

 

Pour tout individu, de drame aurait sonné la fin du rêve olympique, mais l'homme est d'une autre trempe. Dans le plus grand secret, il s'entraine des mois durant pour apprendre à tirer de la main gauche, lui le droitier. Des efforts récompensés par un titre de champion national acquis dès 1939, avant d'emmener l'équipe nationale à la victoire aux championnats du monde par équipe.

 

Un homme patient...

 

Mais le destin n'en a pas terminé avec Takacs, les armes vont quitter les pas de tir pour de plus sinistres utilisations. La guerre emporte l'Europe et le monde dans la plus grande boucherie de l'histoire de l'humanité, annulant de fait les Jeux de 1940 et ceux de 1944.

 

Le Hongrois réussit une nouvelle performance, de taille pour un militaire d'Europe centrale : il survit au conflit et aux purges dans l'armée hongroise ayant suivi. Il convient de préciser que les nouvelles autorités communistes ont très vite compris l'intérêt d'utiliser le sport de haut niveau pour assurer la promotion de l'ordre nouveau et qu'un tireur d'un tel talent permet de briller sur les stades tout en symbolisant la puissance des armées du futur Pacte de Varsovie...

 

Un tireur extraordinaire

 

Le rêve de Takacs peut enfin se réaliser à Londres en 1948, il participe aux Jeux Olympiques dans sa catégorie de prédilection, le tir rapide à 25 mètres. Il lui fallut attendre douze ans, être injustement privé d'une première olympiade, apprendre à tirer de la main gauche, survivre à une guerre mondiale, pour découvrir la flamme olympique.

 

Venu pour apprendre, Karoly Takacs surclasse l'Argentin Valente, champion du monde en titre et grand favori, pulvérisant au passage le record du monde de dix points pour s'offrir l'or olympique ! Mais le Hongrois n'avait pas surmonté de telles difficultés pour se satisfaire d'une seule médaille, fut-elle du plus beau des métaux. Il remporte à nouveau le concours de tir rapide au pistolet à Helsinki en 1952, devenant le premier à conserver son titre olympique dans cette discipline. A 46 ans, il participera à nouveau aux Jeux de Melbourne, sans parvenir pour autant à se hisser sur le podium, mais il y a longtemps que Karoly Takacs était entré dans l'histoire après avoir triomphé de ses plus sinistres caprices...

 

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