Alberto Tomba, la Bomba dynamite l'univers du ski

Au milieu des années 1980, le monde rugueux du ski alpin s'est retrouvé profondément transformé par l'irruption d'un inimitable phénomène ! Un Italien aussi exubérant que talentueux, démonstratif que dominateur, qui allait très rapidement devenir une super star à la notoriété dépassant le monde du ski : Alberto Tomba !

 

La Bomba, son surnom, est suffisamment évocateur ; que ce soit sur les skis où son agressivité, son physique de colosse et sa technique irréprochable, étaient d'une efficacité incomparable ou dans le monde médiatique qui a consacré le skieur transalpin en star mondiale, la Bomba a fait exploser le microcosme des sports d'hiver. Il faut dire que le palmarès d'Alberto Tomba reste aujourd'hui encore un des plus fournis de l'histoire du ski alpin alors que son caractère et ses frasques ont marqué le monde du sport pour de longues années...

 

Le playboy à la neige

 

Bien sûr avant lui il y eut déjà des skieurs qui ont atteint le statut de superstar, Tony Sailor ou Jean Vuarnet par exemple, et plus encore Jean-Claude Killy dont la notoriété s'était pourtant étendue jusqu'à Hollywood. Mais leur personnalité restait celle de montagnards taiseux, voire méfiants, Killy lui-même, quels que soient son charisme, son élégance et son intelligence, ne se départait pas d'une certaine réserve.

 

Cheveux impeccablement gominés, costumes sur-mesure, photographié aussi souvent au volant de sa Ferrari ou une coupe de champagne à la main que ski au pied ou bâton à la main, le bellâtre n'avait que faire de la traditionnelle réserve des montagnards. Son tempérament explosif s'exprimait aussi sur l'aire d'arrivée avec une façon bien à lui de célébrer ses victoires avec exubérance et plus encore lors de conférences de presse décalées. Excellent client pour les journalistes, Tomba n'était jamais à court d'un bon mot ou d'une déclaration fracassante, ode à sa propre gloire. Cette exagération permanente n'aurait pu faire de lui qu'une caricature montagnarde d'Aldo Maccione, si elle n'avait pas été accompagnée d'un talent absolument hors-norme, d'un palmarès en conséquence et si elle n'avait généré un formidable engouement pour le ski de compétition !

 

Tomba la Bomba

 

Après des débuts prometteurs lors de ses deux premières années sur le circuit international, Alberto Tomba signe une arrivée fracassante au sommet du ski mondial en décrochant les médailles d'or en slalom spécial et en géant des Jeux Olympiques de Calgary en 1988. A seulement 22 ans, l'Italien réussit un exploit qui le consacre immédiatement comme le meilleur slalomeur de la planète au terme d'une saison l'ayant vu remporter ses premiers globes en slalom et géant avec respectivement six et trois victoires dans chaque discipline. Une saison l'ayant aussi vu dominer Ingemar Stenmark, la légende de la discipline, pour ce qui ressemblait déjà à une passation de pouvoir...

 

Si les deux années suivantes firent un temps redouter à ses admirateurs que la Bomba n'avait été qu'un pétard mouillé avec peu de victoires significatives (notamment lors de la saison 1989-1990 gâchée par une blessure), l'Italien allait clairement laisser son talent éclater par la suite !

 

Le colosse du cirque blanc

 

Dès lors la puissance du Transalpin (1m85, 92kg dans sa version la plus affutée), combinée à une technique parfaite et un mental d'acier font merveille, il accumule les victoires en 1991-1992 malgré l'opposition d'un redoutable Marc Girardelli, avant d'enchainer dès la saison suivante avec encore de multiples succès aussi bien en slalom qu'en géant.

 

Mais en 1992, ce sont surtout les Jeux d'Albertville qui sont depuis longtemps dans le viseur de Tomba avec pour objectif de devenir le premier skieur à conserver son titre d'une olympiade à l'autre. Un challenge à la mesure du personnage qu'il réussit de la plus belle des manières en remportant à nouveau l'or dans le géant avant de décrocher l'argent dans le slalom. Une performance unique dans l'histoire du ski d'autant plus méritoire qu'il n'avait pas craint de se mettre lui-même une terrible pression en annonçant sans fausse modestie son objectif tout en étant porte-drapeau de la délégation italienne. Fidèle à son image, la Bomba n'avait d'ailleurs pas hésité à parler devant les journalistes des jeux d'Albertoville !

 

Tomba super star

 

Auréolé de gloire, adulé dans toute la péninsule, couvert de sponsors lui rapportant jusqu'à sept millions d'euros les meilleures années, Alberto Tomba fait désormais aussi souvent la une des magazines sportifs que people. Aussi à l'aise à un défilé de mode qu'au départ d'une épreuve de coupe du monde, il poursuit sa carrière avec un brio inégalé, enchaînant les victoires d'année en année.

 

Il décroche sa cinquième médaille olympique lors des Jeux de Lillehammer en 1994 (en argent dans le géant), remportant au passage son sixième globe de cristal, avant de réussir l'exploit de remporter le classement général de la coupe du monde l'année suivante, lui le spécialiste ne disputant que les épreuves techniques.  A l'âge de 29 ans, fortune faite et palmarès de rêve, l'élégant citadin devenu le roi des Alpes aurait pu se laisser séduire par les perspectives d'une retraite dorée, mais sa spectaculaire carrière laissait pourtant apparaître un vide inacceptable pour un homme doté d'un tel ego : en quatre participations aux championnats du monde de ski, la Bomba n'avait obtenu qu'une modeste médaille de bronze au début de sa carrière en 1987 (en géant).

 

Champion du monde !

 

Pour une fois, Tomba fait profil bas, il a annoncé à la presse décontenancée qu'il ne pouvait rien promettre. Accroché par la jeune génération (notamment le Français Sébastien Amiez) en slalom, il est carrément distancé en géant, discipline dans laquelle il ne gagne plus ! Malgré son immense popularité, l'Italien est de plus hué dès sa première apparition en Espagne, il faut préciser qu'interrogé quelques semaines plus tôt sur l'organisation des championnats du monde à Sierra Nevada il avait critiqué ce choix, déclarant "skier en Espagne, c'est comme skier au Maroc."

 

Et pourtant, la Bomba fut immense ciselant au fil de ses carres les contours de sa légende ! Il survole le géant et le slalom s'offrant de la plus belle des manières le doublé aux mondiaux. Alberto Tomba est désormais l'égal des plus grands, Killy et Stenmark, ayant tout gagné en slalom et en géant !

 

La Bomba au patrimoine transalpin

 

Les deux dernières saisons de l'icône furent d'avantage l'occasion d'une gigantesque tournée d'adieux qu'une quête de la performance. La silhouette désormais bien moins affutée, plus souvent présent sur les plateaux de télévision que sur les pistes d'entrainement, Tomba réussit quelques coups d'éclats pour tirer sa révérence à 32 ans à la fin de la saison 1998 avec 50 victoires en coupe du monde et une ultime médaille de bronze devant son public lors des Championnats du Monde de 1997 disputés à Sestrières.

 

Richissime retraité malgré un redressement fiscal de cinq millions d'euros, la Bomba peut désormais mener l'existence d'un jet-setter. S'il apparaît régulièrement au bras d'une miss sur un plateau télé ou un cocktail mondain, l'Italien trouve aussi le temps de se consacrer à d'autres activités. Il fut par exemple le héros d'un film (Alex l'ariete, honnête succès dans la botte) ou encore un remarquable ambassadeur pour les Jeux de Turin, contribuant de l'avis des spécialistes à l'attribution de l'Olympiade à la ville qui le remercia en lui offrant l'honneur d'être le premier relayeur. Il se murmure même dans les cercles autorisés que sollicité pour avoir le privilège d'embraser la flamme olympique, il déclina la proposition préférant laisser l'honneur à Stefania Belmondo. Un ultime pied de nez de celui qui s'était sa carrière durant présenté comme l'incarnation idéale des machos latins...

 

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