2001, l'odyssée de Greg Anquetil

2001, Bercy est comble pour la finale des championnats du monde de handball qui voit la France défier les Suédois, redoutables champions en titre, pour la dernière de Daniel Constantini, l'entraineur qui emmené les Bleus de la troisième division au sommet de la hiérarchie mondiale en 1995.

 

Les Barjots ont pris leur retraite, seuls quelques rescapés sont encore de l'aventure - en premier lieu l'incomparable capitaine Jackson Richardson - au sein d'une équipe qui n'a pas encore gagné son surnom des Costauds, alors que se profile la Suède en finale. Les vikings, champions du monde deux ans plus tôt, font office de meilleure équipe de la planète et de favoris après avoir éliminé les artistes yougoslaves lors d'une demi-finale de très haut-niveau. Mais la France a des atouts : l'avantage de jouer à domicile, une défense de fer, Richardson le meilleur joueur du monde et l'envie de goûter à nouveau à l'ivresse d'un titre mondial conquis une première fois en 1995.

 

Un match au couteau

 

Qualifiés pour la finale facilement après avoir disposé de l’Égypte en demi-finale, les Bleus affichent une confiance totale après un parcours sans fausse note. Quant aux Suédois, ils se sont hissés tranquillement jusqu'au dernier carré avant de livrer un match exceptionnel face à la Yougoslavie ; réalisant ainsi le mondial idéal pour parvenir en finale dans les meilleures dispositions.

 

Et c'est d'ailleurs une finale indécise, étouffante, haletante, que se livrent les deux formations. Chaque point est l'occasion d'un combat acharné, chaque balle de contacts sauvages ! Malgré un excellent début de match (3-0), les Français souffrent et ne doivent qu'à leur défense d'airain de rester en tête à la pause (11-10). Malgré une abnégation permanente pour défendre la cage de Bruno Martini et quelques gestes de grande classe des grognards (Fernandez, Cazal, Gille et bien sûr l'inimitable Richardson), les Français voient la Suède s'échapper inexorablement (14-17) à quinze minutes du terme. Contre un tel rouleau-compresseur au collectif si bien huilé, n'importe quelle formation aurait renoncé !

 

Un match de Costauds

 

Portés par un public incandescent, les Bleus s'accrochent, réussissant à revenir progressivement au score. Dès lors, l'atmosphère devient irrespirable au sein de Bercy : 17-17, 19-19, 20-20 et bientôt 21-21 alors qu'il ne reste qu'une petite minute à jouer. La Suède a la balle et laisse défiler le chrono avant de tenter une ultime action pour s'offrir sur le fil une victoire qui crucifierait tout un peuple. Les Français ont dressé les barbelés, offrant leur corps et leurs bras levés en sacrifice, encouragés par les hurlements d'une foule que l'on entend jusqu'aux confins de l'Île de France.

 

La Suède n'en a cure, elle est championne du monde en titre et encore la meilleure équipe du monde. Une combinaison parfaite offre la balle à Lövgren qui inscrit son huitième but de la rencontre d'une frappe surpuissante à 18 secondes du terme de la finale (22-21). Les Français sont à terre, les yeux rougis, les mains sur les hanches, le spectre des défaites magnifiques a refait son apparition dans l'imaginaire hexagonal en murmurant de sa voix glacé : Séville, Glasgow...

Un match de fous

 

Et puis quoi encore ! On parle des Costauds, personne n'est à terre, n'a les yeux rouges ou les mains sur les hanches. Alors que les Scandinaves exultent, Martini s'est précipité pour récupérer le ballon au fond de ses filets afin de le transmettre à Bertrand Gille dans le rond central qui le donne immédiatement à Joël Abati qui le passe à Grégory Anquetil alors qu'une minuscule dizaine de secondes reste à jouer.

 

Seize ans après, il est toujours difficile de dire ce qui est passé par la tête d'Anquetil. Toujours est-il qu'il drible un premier adversaire, un deuxième, accélère le long de la ligne de touche, efface un troisième et s'élève pour un tir en suspension qui transperce le portier suédois. La France vient d'égaliser alors qu'il ne reste qu'une poignée de secondes ! Les jaunes sont tellement abasourdis qu'ils ne prennent même pas la peine de réengager. Tout va se jouer lors d'une prolongation sous tension maximale.

 

Un match pour l'histoire

 

Oubliant qu'une rencontre de hand durait 60 minutes, les Suédois sont contraints de jouer dix minutes de plus, dix minutes de trop... car on ne laisse pas les costauds revenir inpunément de l'enfer !

 

Les champions du monde en titre vont tenir cinq minutes, le temps d'arriver à la mi-temps de la prolongation à 25 partout, avant de s'effondre totalement lors des cinq dernières minutes durant lesquelles ils ne parvinrent pas à marquer le moindre point s'inclinant finalement sur le score de 28 à 25, victimes de l'héroïque défense des bleus et de cette folie qui embrasa Bercy.

 

Après un tel match, les Français pouvaient se livrer aux débordements de joie les plus insensés, en communion totale avec un public au bord de l'hystérie. Emportés par l'intensité de ces ultimes minutes de folie, Grégory Anquetil ne commença à réaliser la portée de son geste insensé mais salvateur que quelques minutes après le coup de sifflet final. Dans un autre registre, plus apaisé, l'autre héros du match, Daniel Constantini, fut invité à monter sur le podium, main dans la main, par Jackson Richardson pour un dernier hommage. Une page venait de se tourner, celle de la domination suédoise, pour une nouvelle qui aujourd'hui encore se remplit à chaque compétition internationale d'une ligne supplémentaire.

 

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