L'exploit insensé de Metz contre le mythique Barca

Les joueurs du grand FC Barcelone auraient dû se méfier, 1984 fut une année bénie pour le football français avec ses deux premières victoires internationales. Platini et ses partenaires avaient porté les Bleus sur le toit de l'Europe quelques mois plus tôt, imités dans la foulée par l'équipe de France olympique sacrée à Los Angeles avec dans ses rangs, déjà, un certain Jean-Philippe Rohr...

 

Mais entre le grand Barca et le FC Metz, invité à disputer une de ses toutes premières campagnes européennes, l'écart est immense. Emmené par le génial Schuster, le club catalan a ridiculisé les Lorrains en trouvant quatre fois le chemin des filets à Saint-Symphorien. Ettore et sa défense ont pu mesurer l'écart séparant un grand d'Europe d'un club français de milieu de tableau au budget démesurément inférieur ; seule l'attaque messine a sauvé l'honneur en inscrivant deux buts, une performance toutefois loin d'être suffisante pour maintenir l'espoir alors que le spectre d'une correction se profile dans l'antre du Camp Nou...

 

Et 1-0 pour le Barca

 

Humiliés sur le terrain lors du match aller, les joueurs messins l'ont aussi été dans les médias, notamment catalans, qui les ont comparés à des amateurs ; quant à la défense des grenats, qualifiée de passoire ou d'inexistante, elle n'a été épargnée ni par les journalistes espagnols ni par les français qui se sont au mieux montrés condescendants...

 

Ce sont donc des joueurs revanchards qui se présentent dans un Camp Nou désespérément vide - à peine 20 000 spectateurs - malgré les promesses d'un festival de buts. Rohr et ses hommes ne rêvent pas d'une impossible qualification bien évidemment, mais ils sont fermement décidés à montrer à l'Europe du football leur vrai niveau. Malgré la détermination des Messins, les Espagnols, avec un remarquable Schuster à la baguette, se promènent et finissent logiquement par ouvrir le score à la 33e minute bien que Jean-Michel Ettore ait longtemps retardé l'échéance.

 

Une histoire d'Allemands...

 

Si Barcelone compte dans ses rangs Schuster le métronome, Metz a aussi un Allemand dans son effectif : Tony Kurbos. L'attaquant des grenats est peut-être moins doué que son compatriote techniquement, mais son exceptionnelle vitesse a posé de sérieux problèmes aux Catalans lors du match-aller et comme il est d'une adresse remarquable devant le but, il constitue l'arme fatale du petit poucet.

 

Une arme fatale qui va se révéler déterminante en seulement deux minutes, la première en égalisant à la 38e d'un tir imparable avant de provoquer dans la foulée un c.s.c. du capitaine Sanchez après une merveille de débordement conclu par un centre millimétré. 2-1 pour Metz, le stade est abasourdi et les joueurs espagnols manifestent les premiers signes d'inquiétude. Ceux-ci se ruent à l'attaque, mais leurs actions sont soudainement moins franches. Les latéraux hésitent désormais à s'engager, alors qu'à la moindre difficulté les Catalans cherchent Schuster. Ettore et sa défense se montrent intraitables pour préserver l'avantage, permettant au F.C. Metz de rentrer au vestiaire avec un score inattendu qui laisse espérer un inimaginable exploit.

 

Aux frontières du réel

 

Le plan de Marcel Husson, l'expérimenté entraineur lorrain, a parfaitement fonctionné. Défendre, laisser le ballon aux Barcelonais pour mieux les contrer en profitant de la vitesse de Kurbos et Bocandé. La deuxième mi-temps ressemble à la première, Barcelone domine, se crée des occasions, mais il y a toujours un pied messin ou les gants de son exemplaire gardien pour empêcher le ballon de franchir la ligne.

 

Mais à la 55e, tout bascule, Kurbos, parfaitement lancé dans la profondeur, se joue de la défense adverse et de son gardien remplaçant négligemment aligné par le coach catalan pour inscrire un troisième but. Metz mène contre toute attente 3-1 et n'est plus qu'à un but d'une qualification inespérée. Barcelone ne préserve son avantage qu'au bénéfice des buts marqués à l'extérieur...

 

Impossible n'est pas lorrain !

 

Jusqu'à ce troisième but, les Messins n'y croyaient pas réellement, ils étaient seulement animés de l'intention de venger l'affront, mais avec plus de 35 minutes à disputer la possibilité d'un exploit retentissant est soudainement envisageable... d'autant plus que la peur se lit désormais dans les yeux de leurs adversaires.

 

Si les Barcelonais dominent et attaquent encore, c'est surtout parce que c'est inscrit dans leur ADN ; ils semblent d'avantage préoccupés par le fait de gagner du temps que par l'espoir de réduire la marque. Mais même habités par le doute, les Catalans forment une remarquable équipe. Le temps passe sans que Metz ne parvienne à se procurer d'occasions franches. Une fois encore, la lumière viendra de Tony Kurbos après une action de classe de Bocande qui aura mystifié le latéral adverse avant de délivrer un caviar pour son partenaire. Seul aux six mètres, le buteur du FC Metz s'offrit le luxe - peut-être le plaisir - de contrôler tranquillement le ballon avant de l'expédier sous la transversale. 4-1 pour les Messins à la 85e !

 

Les dix dernières minutes furent interminables, mais il était dit que la magie de 1984 allait de nouveau opérer, Ettore et ses partenaires ne flanchèrent pas. Le grand Barcelone garda de longues années l'empreinte indélébile de cet incroyable retournement de situation, tandis que le petit club messin s'était offert l'un des plus beaux exploits de l'histoire des compétitions européennes. L'exploit était à ce point insensé que lorsque le résultat de la rencontre tomba sur les transcripteurs, de nombreux journalistes français crurent à une inversion du score !

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