1969 : Jacky Ickx, rien ne sert de courir...

Un départ dans la légende

 

1969, c'est l'âge d'or des 24 heures du Mans, la course est un monument suivi dans le monde entier avec des voitures extraordinaires. Ce sont à la fois des bolides, champs de toutes les innovations, et de merveilleuses carrosseries d'une beauté à couper le souffle qui rappellent encore les plus belles des voitures de série.

 

Les 24 heures du Mans restent aussi une course incroyablement disputée, avec de multiples rebondissements et le risque constant d'un inévitable accident mortel. 1969, c'est aussi la dernière fois qu'un style de départ très particulier sera donné : les voitures sont garées en épi de l'autre côté de la ligne droite des stands alors que les pilotes doivent les rejoindre en courant. Un départ extrêmement spectaculaire mais incroyablement dangereux...

 

Un pilote aussi...

 

Un pilote s'est opposé à ce départ si périlleux et pas le moindre puisqu'il s'agit de Jacky Ickx qui comptera six victoires dans la prestigieuse course. En 1969, le jeune Belge n'est pourtant qu'un néophyte n'ayant encore jamais inscrit son nom au palmarès de l'épreuve, ce qui ne l'empêche pas de manifester très ostensiblement son désaccord avec ce type de départ.

 

L'image reste gravée dans l'esprit des amateurs de sport automobile et plus encore dans l'inconscient collectif. Alors que 44 pilotes se précipitent pour rejoindre leur voiture, Jacky Ickx marche tranquillement sur la chaussée, finissant juste de franchir celle-ci quand les premiers bolides s'élancent. Une prudence qui le contraignit à s'élancer en dernière position, sans pour autant hypothéquer ses chances de victoire comme nous allons le voir plus loin. Si le Belge prit tout son temps, ce ne fut pas le cas de nombreux pilotes et dans le lot de John Woolfe dont la capricieuse Porsche 917 fut victime d'un violent accident lors du premier tour. N'ayant pas pris le temps d'attacher sa ceinture de sécurité lors de cette procédure de départ - à l'instar de nombreux pilotes - il fut éjecté de sa voiture et tué sur le coup.

 

Une course incroyable

 

Malgré ce dramatique début de course, l'épreuve fut passionnante. Il faut dire que le plateau était exceptionnel avec les sublimes GT 40 (dont la n°6 pilotée par Jacky Ickx et Jacquie Olivier), les Porsche 917, les Matra 630 et 650, ou encore les Ferrari 312P. Si ces dernières n'affichaient pas tout à fait des performances au niveau de la concurrence, les Matra et les Porsche étaient des prototypes révolutionnaires capables de filer à des vitesses folles dans la ligne droite des Hunaudières (on parlait de 400 kilomètres/heure pour les Matra). Des performances si exceptionnelles que ces deux voitures étaient en réalité quasiment inconduisibles...

 

Malgré tout, les Matra et plus encore les Porsche se révélèrent de redoutables adversaires aux mains de pilotes chevronnés capables de dompter ces monstres. A trois heures de l'arrivée, la dernière 917 encore en lice occupait toujours la tête devant la Ford de Ickx, avant de casser son embrayage.

 

Une arrivée au finish !

 

Débarrassé des 917, les Matra distancés et les Ferrari loin d'être au niveau, le Belge était cependant loin d'avoir course gagnée. La Porsche 908 de Hans Herrmann et Gérard Larousse, pourtant engagée dans une catégorie inférieure, avait mené un train d'enfer et ne comptait qu'un tour de retard sur la Ford.

 

Au prix d'une prise de risques constante, Herrmann avait même réussi à revenir dans l'aspiration du leader à l'entame du dernier tour, offrant aux spectateurs un final d'anthologie. Dans l'ultime ligne droite des Hunaudières, les deux voitures se retrouvèrent même au coude-à-coude, Ickx ne réussissant à garder la tête qu'au prix d'un freinage millimétré. Course gagnée ? Eh bien non, car les derniers tours furent menés à un tel rythme que le Belge se vint contraindre de franchir la ligne d'arrivée une vingtaine de secondes avant le baisser de drapeau, se contraignant ainsi à un tour supplémentaire avec dans sa roue l'Allemand déchaîné !

 

Un dernier tour insensé

 

Après 24 heures de course, la Ford et la Porsche ne sont séparées que par quelques mètres, Ickx reste en tête, mais en déployant des trésors d'adresse, alors que dans son sillage, la 908 attend patiemment les six kilomètres des Hunaudières pour porter l'estocade.

 

Grâce à l'aspiration, Herrmann parvient à se porter à hauteur de la Ford, mais la vitesse de pointe de sa voiture est inférieure à celle du Belge qui réussit à conserver la tête pour quelques millièmes de seconde à la sortie d'une ligne droite dans laquelle les rétroviseurs se sont frôlés à plus de 340 km/h ! Jacky Ickx finira par s'imposer, avec une avance de seulement 120 mètres, qui reste à ce jour la plus faible jamais enregistrée dans la mythique course du Mans. 

 

Sans ce départ au pas - qui a fort logiquement contribué à mettre fin à ce rituel spectaculaire mais si dangereux - Ickx aurait peut-être signé la première de ses six victoires dans les 24 heures du Mans plus aisément, mais le spectacle n'aurait très certainement pas été aussi épique et la légende de Ickx au pas sur la ligne de départ ne serait pas à la même place dans les mémoires...

 

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