George Best, simply the best

"J'ai trouvé un génie !" C'est ainsi qu'un Bob Bishop enthousiaste, recruteur pour le grand Manchester United libelle un télégramme au légendaire coach Matt Busby après avoir découvert un jeune Irlandais de 15 ans à Belfast.

 

Le prodige sera invité à passer un essai d'une semaine à Old Trafford ; alors que Busby est conquis par le talent hors-norme de l'adolescent dès la première journée, celui-ci est déjà reparti pour Belfast sans se soucier du résultat du test, la légende dit qu'il avait rendez-vous avec une jeune rousse aux yeux enjôleurs...

 

Tout George Best est là ; alors que chaque jeune footballeur aurait rêvé d'être engagé par le prestigieux club, lui avait déjà décidé de vivre la vie avec une intensité absolue. Entre les femmes et le football, Best refusera de choisir, tout comme entre les voitures et le champagne ou entre un passement de jambes génial et une citation lumineuse révélant une intelligence hors-norme...

 

Génial, vous avez dit génial ?

 

Manchester United ne laissa bien évidemment pas s'envoler pareil talent. George Best intégra le centre de formation du club avant de débuter en équipe première à 17 ans contre West Browich Albion en 1963 ; le latéral adverse - un solide et rugueux gaillard nommé Graham Williams - vécut à cette occasion un véritable calvaire. Sur son premier ballon, l'insaisissable ailier droit le gratifia d'un petit pont pour ne plus cesser de ridiculiser le pauvre bougre 90 minutes durant.

 

Dès lors, George Best s'impose comme le véritable héros du club malgré la présence de monuments comme Bobby Charlton, il faut dire que grâce à son génial dribbleur irlandais Manchester a signé les plus belles pages de son histoire (titres de champion d'Angleterre en 1965 et 1967, mais surtout la première victoire d'un club anglais en coupe d'Europe en 1968). Mais il y a déjà longtemps que Best est devenu l'idole de tout un club, de tout un pays et même deux en comptant son Irlande natale, et surtout de toutes les Anglaises. Car le gamin est beau, d'une élégance insolente sur le terrain et en dehors avec un look à enthousiasmer les swinging sixties, et plus encore il aime les femmes et elles le lui rendent bien. Alors qu'on l'interrogeait sur ses multiples conquêtes, n'avait-il pas répondu avec sa répartie légendaire "je n'ai pas couché avec sept miss monde, seulement quatre" avant de préciser "les trois autres je ne suis jamais allé au rendez-vous."

 

Le cinquième Beatles !

 

La Royal Mail doit rapidement affréter une camionnette pour acheminer à Old Trafford les 10 000 lettres hebdomadaires destinées à celui qui est désormais aussi célèbre que les Beatles. Les femmes l'adorent bien sûr, mais les hommes aussi ce qui est peut-être l'un de ses plus grands  prodiges. Car on ne jalouse pas Best, il n'est pas dans la même catégorie que le commun des mortels, les Dieux lui ont donné tous les talents qu'il partage avec qui veut.

 

La star irlandaise est de toutes les soirées, de toutes les fêtes, un verre à la main, une blonde dans l'autre, il est l'ami de tous les fêtards, de tous les ivrognes, de tous les fans venus célébrer une victoire dans les pubs branchés de Manchester. George Best a une conception bien à lui de l'hygiène de vie d'un sportif de haut-niveau et plus globalement de la vie, il avait coutume de dire "j'ai dépensé la majeure partie de mon argent dans l'alcool, les filles et les voitures de sport. Le reste, je l'ai gaspillé !"

 

Jouer, vivre, encore et toujours

 

Chaque jour, chaque match, est une fête, pour les spectateurs qui hurlent son nom dans un Old Trafford rempli jusqu'au sommet des tribunes, pour Best qui est le roi des dancefloors à Manchester, à Londres et dans chaque ville ou se rend son équipe. Quant à ses conférences de presse, les journalistes se battent pour s'y rendre tant ils sont certains d'y trouver un bon mot, une anecdote croustillante ou un trait d'humour désopilant.

 

Il enchaîne les matches insensés comme celui ou il inscrit six buts contre Northampton, les conquêtes, les expulsions lorsqu'il tape dans le ballon que porte un arbitre. Il termine meilleur buteur de la première league en 1968, décroche cette année-là le prestigieux ballon d'or, signe un autographe à une sublime danoise lors d'un déplacement à Copenhague et publie dans la foulée un encart dans un journal local pour la retrouver, la fait venir à Londres, annonce ses fiançailles avant de rompre en commentant avec une inélégance rare chez lui "j'étais tombé amoureux d'une paire de seins, ça arrive."

 

Best est inarrêtable

 

Personne ne peut canaliser George Best et surtout pas les défenseurs car, à l'instar d'un Garrincha, lorsqu'il dribble le temps parait se distordre. L'adversaire semble soudain évoluer au ralenti alors que l'Irlandais enchaîne crochets et double-contacts avec une célérité de prestidigitateur.

 

Mais personne non plus n'arrête George Best la nuit venue ! Il est ramené chez lui par la police qui l'a retrouvé ivre mort dans un caniveau son ballon d'or à la main après une célébration insensée. La veille d'un procès où il est entendu comme témoin, il couche avec la femme de son avocat. Mais on pardonne tout à Best, ne vient-il pas d'éliminer à lui tout seul le Benfica du grand Eusebio en inscrivant un doublé après avoir à chaque fois dribblé la moitié de l'équipe adverse en 1966 devant l'Europe médusée, n'est-ce pas lui qui d'un but génial contre le même Benefica a offert à l'Angleterre la première Coupe des Clubs Champions un soir de printemps 1968 ?

 

L'alcool est une dévoreuse

 

Mener deux vies simultanément avec autant d'éclat et d'intensité est d'une exigence trop élevée pour un homme fusse-t-il considéré comme un dieu. En 1971, l'année de ses 25 ans, le déclin de George Best a déjà commencé ; d'autant plus que cette année-là Matt Busby quitte le club. Le vieil entraineur était le seul à pouvoir canaliser George Best.

 

Le dandy irlandais reste capable d'éliminer un adversaire d'un crochet fulgurant ou de marquer un but venu de l'Olympe, mais les rencontres deviennent dures à terminer à mesure qu'elles se multiplient la nuit venue. D'autant plus que même au bras d'une miss et avec du Dom Pérignon à la main l'alcoolisme reste de l'alcoolisme... et George Best est bel et bien alcoolique ! Avec humour certes, comme lorsqu'il déclare à un parterre de journalistes "je suis très content d'être devant vous, je suis surtout très content d'être debout", mais la flamboyance du prodige s'exerce désormais plus régulièrement en discothèque que sur le rectangle vert...

 

L'Amérique

 

En 1974 après trois saisons en demi-teinte sur les terrains, George Best quitte son club de toujours pour vivre de nouvelles expériences. Malgré ses errances caractérisées par quelques rencontres disputées saoul, ce qui ne l'a pas empêché de délivrer de spectaculaires fulgurances, le traumatisme est sévère pour Manchester qui vient de perdre son idole et son meilleur buteur six années consécutives.

 

"En 1969 j'ai arrêté les femmes et l'alcool, ça a été les 20 minutes les plus dures de ma vie !"

 

Best accumule les piges, en Irlande, en Écosse et même en Afrique du Sud, où il invente un nouveau geste technique : dribbler un adversaire, vomir et enchaîner un nouveau dribble. Son errance se poursuit deux tristes années, durant lesquelles il semble perdu pour le football et peut-être même pour l'humanité. Mais George Best a en lui à la fois talent et énergie vitale. Sa signature au Los Angeles Aztecs en 1976 va être synonyme d'une véritable renaissance à la vie et au football. 

 

Renaissance n'est pas rédemption

 

Une phrase de Best résume ses années californiennes : "J'avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n'ai jamais vu la mer..."

 

L'Irlandais avait noirci le trait, car durant ses deux saisons aux Aztecs, il fit le  bonheur des fans en inscrivant la bagatelle de 29 buts. Toujours alcoolique,  toujours au bras d'une Miss ou au volant d'un bolide, souvent les trois ensemble à vrai-dire, il n'en était pas moins redevenu un footballeur insaisissable.

 

Johan Cruyff, son meilleur ennemi car les deux footballeurs présentaient trop de similitudes pour ne pas être en permanence comparés, en fut victime lors d'un match international opposant l'Irlande et les Pays-Bas. Lors de leur première opposition, Best gratifia le Néerlandais d'un petit pont avant de lever les bras comme s'il avait inscrit un but...

 

Pelé Good, Maradona Better, George Best

 

Étrangement, la carrière de Best fut d'une rare longévité, se poursuivant jusqu'en 1984, année de son 38e anniversaire, avec deux saisons encore remarquables aux San José Earthquakes (1980-1982) à un âge où de nombreux footballeurs à l'irréprochable hygiène de vie ont depuis longtemps tiré leur révérence.

 

Bien évidemment cette longue carrière fut autant le fruit de son amour pour le foot que le résultat d'une inévitable ruine. De frasques grandioses en dépenses somptuaires sa situation financière fut vite dramatique à une époque où les revenus des footballeurs n'étaient en rien comparables à ceux d'aujourd'hui.

 

En 2005, à l'âge de 59 ans, George Best quitta le monde des hommes pour rejoindre Cruyff et quelques autres au paradis des footballeurs, victime d'une infection pulmonaire. Ses obsèques nationales à Belfast - au son de The Long and Winding Road des Beattles - furent suivies par plus de 300 000 personnes, soit près de 80% de la population de la ville.

 

Alors bien sûr certains diront que le dandy irlandais n'eut pas la carrière que son talent laissait présager et que son décès prématuré fut la conséquence de ses innombrables excès, mais imagine-ton Jim Morrison, Oscar Wilde ou Arnaud de Rosnay, en paisibles centenaires ? L'essentiel est de vivre ses rêves, George Best y était parvenu, il l'avait glissé avec sa fantaisie habituelle : "Si j’avais eu le choix entre humilier quatre joueurs puis inscrire un but de 30 mètres contre Liverpool et coucher avec Miss Monde, cela aurait été difficile de décider. Par chance, les deux me sont arrivés."

 

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