Spyridon Louis, étrange vainqueur du premier marathon des jeux modernes

Les premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne ont donné lieu à quelques épreuves étranges aujourd'hui oubliées ; d'autres se sont inscrites dans la durée continuant d'être programmées à chaque olympiade. C'est le cas du marathon qui demeure une épreuve phare plus d'un siècle après la première course remportée par un inattendu vainqueur, le Grec Spyridon Louis !

 

Les Fous du Sport reviennent sur cette étrange victoire, qui fut aussi en son temps la première polémique sportive et qui vit apparaître les premières accusations de dopage, assez surprenantes avouons-le...

 

Une victoire si attendue

 

Épreuve de clôture des Jeux Olympiques, le marathon constituait la dernière chance du pays organisateur de décrocher une médaille d'or dans une compétition de course à pied.

 

Heureusement la Grèce avait de bonnes chances d'y parvenir puisque 13 des 17 participants étaient natifs du pays. Parallèlement l'encadrement grec avait bien fait les choses avec de rigoureuses courses de sélection organisées les mois précédents l'épreuve dans l'une desquelles s'était illustré un jeune berger de 24 ans nommé Spyridon Louis. Sans oublier bien évidemment une longue tradition, puisque le dernier à avoir brillé sur la distance fut un certain Phidippidès, qui en 490 avant J-C, parcourut en courant les 42 kilomètres reliant Marathon à Athènes pour annoncer la victoire de ses compatriotes avant de s'écrouler raide-mort une fois le message délivré...

 

Premier cas de dopage et premières polémiques...

 

Dès le début de la course, le Français Albin Lermusiaux s'était rapidement échappé avant de faire une première halte après quelques kilomètres pour s'offrir... une verre de vin. En digne compatriote du Dr Pinard, Lermusiaux avait continué son échappée-belle avant de procéder à une nouvelle pause ravitaillement pour se désaltérer avec une orange et un verre de cognac ! Courir 42 kilomètres (en réalité 38 pour cette épreuve inaugurale) représentait une distance déjà importante pour ne pas la rallonger par de superflus zigzags ; Lermusiaux finit donc par rendre les armes à une dizaine de kilomètres de l'arrivée alors que les Grecs avaient déjà commencé à dénoncer la prise de substances illicites...

 

Pour autant la victoire avait semblé devoir leur échapper, le redoutable Australien Edwin Flack s'étant emparé de la tête avec une foulée bien rectiligne. Déjà vainqueur des 800 et 1 500 mètres, Flack bénéficiait d'une substantielle avance à quelques kilomètres de l'arrivée, avant de soudainement se faire rattraper et déposer par le Grec Spyridon Louis, auteur d'un retour fracassant. Le jeune berger allait poursuivre au même rythme jusqu'au stade olympique avant d'entrer sur la piste dans une clameur indescriptible avec sept minutes d'avance. La Grèce tenait son héros et Louis sa médaille d'or ! 

 

Les doutes s'envolent... la médaille reste !

 

Les quelques observateurs ayant vu le futur vainqueur dépasser Flack avec une facilité déconcertante ont à l'époque émis de sérieux doutes sur la régularité de la victoire du jeune Hellène. Certes, l'Australien n'avait pas l'expérience d'une telle distance et paraissait épuisé, mais jamais le nom de Louis n'avait été signalé parmi les premiers et son état de fraicheur après 3 heures de course éprouvante avait de quoi interpeller.

 

Des rumeurs indiquant qu'il aurait pris un raccourci, voyagé à cheval ou caché dans une charrette à foin, ont rapidement circulé ; il faut dire qu'il n'y avait à l'époque pas de caméras de télévision et de trop rares commissaires éparpillés le long d'un parcours en rase-campagne.

 

Personne n'avait envie d'une polémique et les Grecs trop heureux de cette victoire de prestige pour que l'on remette en cause le succès du brave Spyridon, d'autant plus que rien hormis ces vagues suspicions ne permit de le priver de son succès.

 

Spyridon Louis devint donc le premier vainqueur du marathon et un véritable héros national. Un statut néanmoins écorné à deux reprises, la première en 1926 lorsqu'il fut emprisonné pour avoir falsifié des documents militaires avant d'être (opportunément ?) blanchi et la seconde lorsqu'il fut convié par les organisateurs des Jeux de Berlin à rencontrer Hitler qui lui remit un rameau d'olivier, symbole de paix... Le héros instrumentalisé de tout un peuple disparut en mars 1940, un an avant l'invasion de son pays par les troupes d'Hitler.

 

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