Charles Lindbergh, l'homme de l'Atlantique

Occasionnellement, Les Fous du Sport choisissent de mettre en avant une personnalité ou un exploit dépassant le cadre strictement sportif ; ce fut notamment le cas avec Sir Edmund Hillary, Bernard Moitessier ou encore Arnaud de Rosnay. Il faut croire que nous aimons les traversées océaniques, car c'est aujourd'hui Charles Lindbergh qui est à l'honneur !

 

L'homme qui a franchi l'Atlantique, non pas en bateau mais en avion le 21 mai 1927, à bord du désormais célèbre Spirit of Saint Louis ! Personnage fascinant que ce Lindbergh, pionnier de l'aviation grâce à son retentissant exploit - même si nous verrons qu'il ne fut pas tout à fait le premier à réussir la traversée en avion, personnage controversé du fait de sa proximité avec le régime nazi, mais aussi héros de guerre pour son engagement dans l'aviation américaine durant la seconde guerre mondiale, défenseur avant l'heure de la nature ou encore séducteur invétéré à la multiple progéniture !

 

Les Fous du Sport vous font revivre l'extraordinaire odyssée du Spirit of Saint Louis et de son inclassable pilote.

 

Premier ou pas ?

 

Lors de son triomphal atterrissage au Bourget à quelques kilomètres de Paris en 1927, Charles Lindbergh est accueilli par une foule considérable et considéré comme un héros de l'humanité pour son exceptionnel exploit.

 

En réalité, deux vols ont déjà franchi l'Atlantique, à chaque fois en 1919. Un premier en mai était l’œuvre d'un hydravion de la marine américaine qui avait relié New-York et Plymouth en Angleterre après plusieurs escales (Terre-Neuve, les Açores et plusieurs haltes en mer), le second en juin avait été réalisé par John Alcock et Arthur Brown sur un bombardier Vickers datant de la première guerre mondiale. Le duo s'était envolé de l'extrême ouest de Terre-Neuve pour atterrir en Irlande au terme d'un périple de 3 630 kilomètres en un peu plus de 16 heures de vol. Lindbergh ne fut donc pas le premier !

 

Premier dans les cœurs et les esprits

 

Alors que ces deux vols réalisés au crépuscule de la Grande Guerre n'avaient pas passionné les foules et ont longtemps trainé dans les oubliettes de l'histoire, Charles Lindbergh a été célébré et demeure pour la majorité le pionnier de l'Atlantique, à l'image d'un Christophe Colomb dont on sait aujourd'hui qu'il ne fut pourtant pas le réel découvreur des Amériques (pour les passionnés, nous recommandons la lecture d'un dossier de l'Histologue sur le sujet).

 

Il faut néanmoins préciser que l'entreprise de l'Américain était autrement plus ambitieuse ! Relier New-York et Paris - deux villes mythiques - dans le cadre d'une traversée en solitaire de plus de 6 000 kilomètres en 33 heures avait plus d'allure que les sauts de puce en équipage accomplis quelques années plus tôt. En plus de ça, l'époque avait changé, après le traumatisme de 14-18 les foules se passionnaient à nouveau pour l'aviation, Coli et Nungesser venaient de disparaître à bord de l'Oiseau blanc démontrant si besoin les dangers de l'aventure. Quant à Charles Lindbergh, il était beau, riche, élégant et le nom de son avion choisi pour entrer dans la légende...

 

Un exploit sportif

 

Drôle d'avion que ce Spirit of Saint Louis, conçu et fabriqué en seulement deux mois ! Un énorme réservoir permettant d'emporter 2 000 litres de carburant avait été positionné entre le moteur et le cockpit pour des raisons de sécurité et d'équilibre, une option ayant comme conséquence l'impossibilité d'installer un pare-brise. Pour voir devant son avion, Lindbergh devait utiliser un périscope !

 

Autre caractéristique, l'appareil fut volontairement conçu pour être instable dans le but de provoquer remous et embardées afin d'empêcher le pilote de s'endormir.

 

Durant 33 heures et 30 minutes, Charles Lindbergh a dû lutter contre le sommeil et les éléments météorologiques, affronter notamment un violent orage au milieu de l'Atlantique, tout en volant à basse altitude. C'est ainsi que durant le dernier tiers du vol, il se réveilla à plusieurs reprises alors que son train d'atterrissage frôlait les vagues... L'habitacle ayant été réduit à sa plus simple expression, la combinaison de l'élégant Lindbergh fut parait-il immédiatement détruite après le vol, même si la communication officielle indiquait à l'époque qu'un thermos de café fut utilisé pour satisfaire d'inévitables exigences naturelles.

 

Étrange Lindbergh

 

Formé dans l'aéronavale dans les années 1920, Lindbergh avait toutes les compétences pour réussir cette remarquable performance. Riche, célèbre, adulé, il aurait pu profiter paisiblement de cette existence dorée sans une tragédie, l'enlèvement et l'assassinat de son fils de deux ans - malgré le paiement d'une rançon - en 1932.

 

A défaut d'être excusable, il devient alors compréhensible que l'homme se soit tourné vers des sirènes aux chants nauséabonds. Exilé en Europe, mandaté pour étudier la Lutftwaffe, Lindbergh se laisse en effet séduire par le régime nazi, sans pour autant tomber dans le collaborationnisme ou le soutien sans conditions. 

 

Un égarement qui prendra fin avec l'entrée en guerre des États-Unis. En tant que civil, il participera à la conception de quelques uns des avions les plus performants de l'aviation américaine, notamment le célèbre B-24 Liberator, il enseignera aux pilotes des techniques révolutionnaires et participera même à une cinquantaine de missions de combat dans le Pacifique (toujours en tant que civil !). A la fin du conflit, il fut traumatisé - comme beaucoup d'autres - par les atrocités commises par le régime nazi.

 

Réhabilité, promu au grade de général dans l'US Air Force, Charles Lindbergh consacra la fin de son existence à la défense de l'environnement. Précurseur une fois de plus, il milita notamment contre les vols supersoniques jusqu'à sa mort en 1974...

 

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