Eusebio, la panthère noire au soulier d'or

Le Portugal a donc remporté le championnat d'Europe des nations 2016 au terme d'une compétition que l'on qualifiera de fort moyenne. Paradoxalement c'est sans nul doute avec une sélection parmi les plus faibles de son histoire que ce grand pays de football ayant produit d'immenses joueurs est parvenu à s'offrir son premier trophée international !

 

Il y avait bien sûr Christiano Ronaldo, la star aux multiples ballons d'or dans l'équipe championne d'Europe. Si cette victoire contribuera sans nul doute à le hisser tout en haut du panthéon lusitanien, un autre joueur avant lui a pris place pour l'éternité dans les cœurs portugais : Eusébio, l'incomparable panthère noire !

 

Eusébio, le Pelé brésilien

 

Tout comme son compatriote Ronaldo confronté à Lionel Messi, Eusébio eut la malchance d'être contemporain d'un exceptionnel joueur, sans nul doute le plus grand de tous : Pelé.

 

Il est vraisemblable que sans ce caprice du destin, Eusébio da Silva Ferreira aurait laissé une empreinte encore plus grande dans l'histoire du foot et peut-être aussi dans les palmarès, les deux hommes s'étant par deux fois affrontés.

 

Les deux joueurs ont en effet souvent été comparés, bénéficiant de qualités similaires, l'un et l'autre affichaient une vitesse de course stupéfiante, une détente hors-norme, une frappe de balle surpuissante à la précision diabolique et une technique exceptionnelle. Si Pelé était doté d'un génie inégalable, son homologue portugais pouvait lui aussi rendre fous les plus rugueux des défenseurs...

 

La panthère noire

 

Né au Mozambique (alors colonie du Portugal) en 1942, Eusébio avait tout d'une véritable panthère noire ! Il courrait le 100 mètres en moins de onze secondes, était doté d'une détente exceptionnelle, d'appuis déroutants et d'une frappe de mule au déclenchement soudain.

 

Il compensait une taille moyenne pour l'époque - 1m75 - par une musculature d'athlète qui le rendait extrêmement difficile à maitriser pour les défenseurs. Et comme ces qualités physiques étaient au service d'une technique remarquable, il est fort logique que le Lusitanien ait été en son temps considéré comme l'un des tous meilleurs joueurs de son époque.

 

Un prodige précoce

 

Avec de tels atouts, Eusébio s'est très vite imposé au sein du Benefica, club dans lequel il fit la majeure partie de sa carrière. Dès son premier match avec le club lisboète, à seulement 19 ans, il inscrit un triplé ! Quelques semaines plus tard, c'est la planète qui découvre le jeune prodige lors d'une rencontre contre le FC Santos de Pelé. La panthère noire ne débute pas la rencontre qui tourne à la démonstration pour des Brésiliens menant 5-0 à une demi-heure de la fin lorsque Eusébio entre enfin... pour marquer 3 buts à l'excellent gardien Gilmar. Santos s'impose finalement 6 à 3, mais la carrière internationale du jeune Portugais est désormais lancée par ce coup d'éclat.

 

Dès lors, le jeune homme venu du Mozambique est un titulaire indiscutable du Benefica et surtout son infatigable goleador. Quinze années durant, la panthère va porter les couleurs du club permettant à celui-ci de se construire un palmarès magnifique, à la fois au niveau national, mais aussi continental.

 

Un buteur infatigable

 

En 440 rencontres officielles avec le Benefica, Eusébio réussit la performance incroyable d'inscrire 473 buts, soit plus d'une réalisation par match. Des statistiques exceptionnelles, révélatrices d'un talent hors-norme mais aussi d'une époque autrement plus prolifique...

 

A force de faire trembler les filets, les titres s'accumulent pour le Benefica et son étoile : 11 championnats domestiques, 5 coupes du Portugal, 3 Taça Ribeiro dos Reis et une Coupe d'Europe des Clubs Champions en 1962 gagnée contre le grand Réal lors d'une finale d'anthologie (5-3) durant laquelle Eusébio inscrit deux buts.

 

Si les succès collectifs furent nombreux, l'attaquant a inévitablement obtenu son lot de distinctions individuelles et en premier lieu le prestigieux ballon d'or récompensant le meilleur joueur européen en 1965, flirtant par ailleurs chaque année avec la première place dans la compétition. Parallèlement, le Portugais s'est évidemment vu remettre deux souliers d'or récompensant le buteur européen le plus prolifique (ici en photo avec un autre canonnier de renom, Gerd Müller) en 1968 et 1973. A noter que cette distinction ne fut créée qu'en 1968, sans quoi la panthère noire aurait vraisemblablement concurrencé son compatriote Ronaldo et ses quatre souliers...

 

La légende du Portugal

 

Avec de telles qualités, Eusébio ne pouvait pas être le joueur du seul Benefica, il était appelé à devenir l'idole de toute une nation sous les couleurs du maillot rouge du Portugal !

 

C'est en 1966 que l'attaquant s'est illustré, menant sa sélection jusqu'en demi-finale durant une superbe compétition. Eusébio y inscrivit neuf buts, dont deux contre le Brésil en poule, terminant meilleur buteur de l'épreuve.

 

Mais ce fut surtout en quarts de finale contre l'inattendue Corée du Nord que la légende gagna sa statue ! Mené 3-0 après vingt minutes de jeu, le Portugal ne réussit à l'emporter (5-3) que grâce à un quadruplé du phénomène. Éliminés par l'Angleterre en demi-finale, les Lusitaniens se classèrent finalement troisième en dominant l'URSS grâce à un nouveau but d'Eusébio, obtenant le meilleur résultat de leur histoire.

 

Eusébio est éternel

 

Après une fin de carrière aux États-Unis où il allait de nouveau croiser la route de Pelé et s'offrir un titre de champion des USA en 1976, Eusébio met un terme à sa carrière deux ans plus tard à l'âge de 36 ans après avoir porté son total de buts en match officiel à 590.

 

De retour au Portugal, il retourne à Lisbonne pour devenir ambassadeur du Benefica, son club de cœur, mais l'homme est beaucoup plus que cela. Il est devenu l'icône et même une légende pour tout le pays !

 

Sa rage de vaincre sur un terrain a laissé place à une bonté absolue que laissait présager son immense fair-play - ne s'était-il pas arrêté de jouer pour féliciter un gardien venant d'arrêter une de ses frappes qui partait au but ? Eusébio est aimé de tous, supporters lisboètes et portugais, femmes, enfants, stars contemporaines, après le footballeur l'homme fait l'unanimité.

 

Son décès à Lisbonne en 2014, après un arrêt cardio-respiratoire, est un deuil national qui durera trois jours. Tout le Portugal, tout Lisbonne y compris les fans du Sporting, le rival de toujours, se presse le long du cortège pour acclamer une dernière fois le joueur qui a placé le Portugal sur la carte du football mondial. Le Stade de la Luz est comble, car le cortège entame un tour d'honneur devant les tribunes au sein desquelles tout un peuple pleure.

 

Eusébio, lui, doit sourire, il l'avait dit "je voudrais mourir ici", une dernière volonté presque exaucée car en réalité la panthère noire est éternelle.

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