Jack Nicklaus, l'ours d'or est éternel

Comment relater en quelques lignes la carrière et l'exceptionnel parcours d'une légende comme Jack Nicklaus ?

 

La seule évocation de son palmarès nécessiterait déjà des litres d'encre, l'homme a en effet remporté 18 tournois du Grand Chelem (une performance qui pourrait ne jamais être égalée, le tigre Woods lui-même s'étant cassé les dents sur le record), 113 victoires majeures sur le circuit professionnel, six succès dans la Ryder Cup, 19 places de deuxième dans des épreuves du Grand Chelem, la coupe est pleine et l'armoire aux trophées du Golden Bear déborde depuis longtemps...

 

Mais Nicklaus ne se limite pas à un palmarès, c'est aussi une gueule et une personnalité à nulle autre pareille, une rage de vaincre extraordinaire l'ayant conduit à des rushs insensés lors des dernières journées ou une reconversion admirable, notamment dans la conception de parcours de golf unanimement salués comme des œuvres d'art par les privilégiés ayant eu la chance de planter un jour leur tee sur le départ. C'est encore une longévité qui a offert à tous les passionnés le plaisir indescriptible de voir sa tignasse blonde sur les fairways 40 ans durant et aussi incroyable que cela puisse paraître un visage sur les billets de cinq £ivres mis en circulation par la Banque Royale d’Écosse !

 

D'Arnold Palmer à Tiger Woods...

 

En s'offrant son premier US Open à 22 ans en 1962 en dominant Arnold Palmer - alors numéro 1 mondial - au terme d'un play-off épique, Nicklaus allait réussir un exploit retentissant, posant à cette occasion la première pierre d'une carrière exceptionnelle. Une victoire précoce, mais néanmoins prévisible eu égard aux remarquables résultats du jeune prodige sur le circuit amateur, dont la principale conséquence fut la naissance d'un âge d'or pour le golf alimenté par la rivalité entre Nicklaus, Gary Player et Palmer jusqu'alors l’icône des Américains.

 

Les années 1960 demeurent inoubliables pour les passionnés, les premières retransmissions télés, les luttes épiques entre cadors aux personnalités fortes et les sept victoires en Grand Chelem de Nicklaus ont alors contribué à faire du golf une discipline extrêmement populaire. Une décennie qui fut aussi l'occasion d'une transformation progressive pour l'Américain ; le jeune ourson à la blondeur insolente et l'embonpoint prononcé s'étant au fil des victoires mué en un athlète au caractère bien trempé et au swing dévastateur !

 

Le golf est un sport simple et à la fin c'est Nicklaus qui gagne...

 

Une nouvelle décennie et de nouveaux adversaires n'y changeront rien, les années 1970 furent aussi celles du génie. Huit nouvelles levées du Grand Chelem vinrent s'ajouter à son palmarès désormais incomparable. Une accumulation de trophées - agrémentée bien évidemment d'une omniprésence au sommet de la hiérarchie mondiale - d'autant plus significative que les terrains de chasse du plantigrade furent multiples. A la fin de la décennie, son palmarès en majeurs comptait cinq Masters, trois US Opens, trois Opens britanniques et quatre US PGA.

 

Jack Nicklaus avait coutume de dire "le golf est le seul sport où remporter seulement 20% des compétitions fait de vous l'indiscutable numéro un." Que dire alors d'un homme ayant inscrit 15 tournois du Grand Chelem à son tableau de chasse ?

 

L'homme de la Ryder Cup

 

Sa première apparition - en 1969 - dans la mythique compétition entre les États-Unis et le vieux continent reste gravée dans les annales. Le redoutable rookie a l'honneur de disputer le dernier et décisif simple face à l'Anglais Tony Jacklin. Sous les yeux de toute l'Amérique, Nicklaus réussit avec un sang-froid déjà légendaire un ultime et délicat put de plus d'un mètre vingt pour la victoire ; c'est maintenant au tour du Britannique de putter pour espérer arracher un match nul. Alors que celui-ci s'approche pour jouer sa balle, l'ours blond ramasse la marque située à une bonne soixantaine de centimètres du trou, la tend à son adversaire et lui donne le point ainsi que le match nul final avec un fair-play stupéfiant.

 

Un geste dénotant à la fois une classe absolue, une grandeur morale inégalée et une audace rare pour prendre une telle décision sous le regard de millions d'Américains passionnés et ce lors de sa première sélection. Si la première apparition de Nicklaus dans la Ryder Cup s'est donc soldée par un match nul, le prodige offrira six victoires successives à l'Amérique, la dernière en 1983 dans le rôle de capitaine !

 

L'apothéose du Golden Bear

 

Avec les années 1980 et la quarantaine, l'embonpoint de Nicklaus est quelque peu réapparu, mais la rage de vaincre est toujours là. Monstre de travail, le vétéran s'est offert à force de volonté un petit jeu de haut-niveau venant compléter un put indestructible et son swing légendaire.

 

C'est donc fort logiquement que le génial golfeur s'offre les Opens US et britannique en 1980, portant ainsi son total de victoires en Grand Chelem à 17 ! Il y a longtemps que Jack Nicklaus est seul au monde...

 

Après deux décennies au plus haut niveau et autant de lauriers, l'homme - peut-être un peu usé, les hanches déjà fatiguées par tant de torsion et la motivation inévitablement un peu moins présente - voit sa suprématie lentement s'effacer. De nouveaux et talentueux adversaires sont apparus et parmi ceux-ci un grand requin blanc appelé à prendre la succession de l'ours blond au sommet de la hiérarchie.

 

Mais nul n'est plus dangereux qu'un fauve blessé et Greg Norman en fera la cruelle expérience. Largement en tête lors du Masters de 1986, l'Australien assistera impuissant au plus formidable rush de l'histoire du golf. Lors du dernier tour, Jack Nicklaus réalisera le plus insensé des retours et donc des comebacks en signant six birdies et un eagle lors des neuf derniers trous pour coiffer le squale sur le fil !

 

Malgré son immense talent, Norman ne s'en remettra jamais totalement...

 

Les adieux d'une légende

 

Avec cette ultime et spectaculaire victoire dans un Grand Chelem, la légende de Nicklaus est désormais inscrite en lettres d'or dans l'histoire du golf. Il continue néanmoins à jouer les plus belles épreuves, pour son plaisir et celui des fans qui ont depuis longtemps hissé l'icône à l'acmé de leur panthéon.

 

Il se classe encore sixième du Masters en 1990 et une nouvelle fois en 1998 alors qu'il vient de fêter ses 58 ans et affronte de jeunes loups en âge d'être ses petits enfants. Parallèlement il se distingue dans les compétitions seniors, accumulant fort logiquement les victoires (huit majeurs) contre ses vieux adversaires désormais résignés et admiratifs.

 

Son ultime apparition sur le circuit a lieu en 2005. A 65 ans (!) il manque de deux points de franchir le cut lors de l'Open de Grande-Bretagne. Ils sont des centaines milliers à suivre - debout pour une silencieuse standing ovation - son 18e et ultime trou sur le circuit. Sur le parcours du vénérable St Andrews, les balcons, les toits sont pris d'assaut tout au long de The Links, la rue qui borde le 18. La démarche rendue hésitante par de multiples opérations aux hanches, le dos légèrement vouté, le vieil ours désormais gris a toujours le regard du prédateur. C'est accompagné d'une haie d'honneur qu'il quitte le parcours. A l'extrémité de celle-ci, Tom Watson, le dernier à avoir partagé une partie avec Jack Nicklaus, applaudit respectueusement.

 

A 55 ans, Watson, le roc, le dur-à-cuire, vainqueur de cinq US Open, dont le palmarès aurait été encore plus conséquent s'il n'avait si souvent croisé la route de son prestigieux adversaire, pleure... Il est des départs qui rendent inconsolables même les vieux ennemis.

 

 

Gary Player, Jack Nicklaus et Arnold Palmer au Texas en 2010
Gary Player, Jack Nicklaus et Arnold Palmer au Texas en 2010

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