Le relais français efface les Américains

Même avec l'émergence d'athlètes comme Jimmy Vicaut et Christophe Lemaitre, il est aujourd'hui difficile d'imaginer que la France puisse rivaliser avec les États-Unis (et à fortiori avec la Jamaïque d'Usain Bolt) dans le relais 4X100 mètres, discipline reine de l'athlétisme.

 

L'exploit réalisé par un quatuor décomplexé en 1990 constitue en comparaison une performance totalement inconcevable et absolument remarquable. Lors des championnats d'Europe de Split, non seulement le relais tricolore s'est offert la victoire avec deux bonnes longueurs d'avance sur l'Angleterre mais a en plus effacé des tablettes mondiales les États-Unis en s'emparant du record du monde de la catégorie !

 

Un exploit alors seulement réalisé par l'hexagone puisque la France est la seule nation à avoir - certes brièvement - privé le pays de l'oncle Sam de son record entre 1968 et 2008 et plus encore la seule nation européenne à s'emparer de la meilleure marque planétaire depuis 1932.

 

Plus incroyable encore, aucun des quatre athlètes composant le relais tricolore n'avait couru en moins de 10 secondes en individuel, alors que le relais américain comptait en son sein des coureurs comme l'inégalable Carl Lewis ou encore Leroy Burrell, Mike Marsh et au gré des sélections quelques sprinteurs ayant régulièrement franchi la barre mythique !

 

 

Le relais : un sport collectif

 

Max Morinière, Daniel Sangouma, Jean-Charles Trouabal et Bruno Marie-Rose, le quatuor magique, étaient peut-être les seuls - avec leur entraineur - à croire l'exploit réalisable. Habitués à se hisser sur les podiums depuis une paire d'années, notamment lors des Jeux de Séoul en 1988 avec Gilles Quénhervé à la place de Trouabal pour une médaille de bronze retentissante, ces quatre-là avaient déjà décidé qu'aucune limite n'était infranchissable...

 

Leur crédo : le relais est un sport collectif et l'important est la vitesse à laquelle circule le bâton non celle à laquelle courent les membres de l'équipe ! Des heures durant, Morinière, Sangouma, Trouabal, Marie-Rose, accompagnés parfois de remplaçants tout aussi dévoués, allaient se livrer à d'intenses et épuisantes sessions d'entrainement pour faire en sorte que les passages de relais atteignent la perfection.

 

Alors que leurs rivaux américains ou anglais (avec le sculptural Lindford Christie) privilégiaient la vitesse pure et courraient à titre individuel les meetings internationaux, la bande des quatre enchainaient encore et encore les transmissions jusqu'à pouvoir s'offrir à pleine vitesse le précieux bout de bois les yeux fermés...

 

Le travail c'est... le record

 

Idéalement préparés, les quatre athlètes ont livré la course parfaite à Split le jour J. A la ligne 5, Morinière effectue un départ moyen mais le passage de relais avec Sangouma atteint la perfection et en moins d'une ligne droite le retard avec l'Angleterre (couloir 6) est comblé.

 

Une fois encore le témoin vole d'une main à l'autre permettant à Trouabal de s'envoler pour un virage d'anthologie. Il dépose littéralement l'Anglais Marcus Adam pour offrir plus de deux mètres d'avance à Bruno Marie-Rose l'ultime relayeur français.

 

Le passage est une une nouvelle fois parfait ; en quelques foulées le Martiniquais atteint sa pleine vitesse seulement poursuivi par Trouabal qui l’exhorte à tout donner. Car la course est loin d'être jouée, derrière se profile l'ombre menaçante de Linford Christie et son record à 9s87. Lancé, le géant britannique est une fusée capable de rivaliser avec son altesse Carl Lewis, pourtant il ne reprend rien - ou si peu - à Marie-Rose. Galvanisé le Français vole sur la piste, il n'est plus question de technique mais seulement de rage et de volonté. Loin des standards actuels de sprinters parfaitement en ligne, le corps du Français semble prêt de se désarticuler dans un effort surhumain. Les jambes, elles, tournent à pleine vitesse et le relais tricolore est seul au monde.

 

Une clameur gigantesque retentit dans l'enceinte, le panneau lumineux affiche un temps de 37s80 (bientôt ramené à 37s79), nouveau record du monde ! Malgré leur motivation extrême et des années de préparation exténuantes, les Français semblent incrédules, ce qui ne les empêche pas d'effectuer un magnifique tour d'honneur, drapeaux tricolores brandis.

 

Logiquement les Américains reprendront leur bien dès l'année suivante avant de devancer la France aux championnats du monde de Tokyo en 1991 (le quatuor reconstitué signant à l'occasion un temps de 37s87). Une rivalité malheureusement ternie par un geste peu élégant lors de la cérémonie finale, un des membres du relais posant négligemment le pied sur la plus haute marche occupée par les coureurs américains. Mais l'énergie et la volonté de réussir pareil exploit demandent parfois quelques entorses avec les règles de la bienséance...

 

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