1984, la France championne d'Europe

La France attend ça depuis que les compétitions internationales existent ; jamais une équipe hexagonale ne s'est imposée sur la scène européenne. Il y a 32 ans la France tient enfin l'occasion de remporter une épreuve de prestige : le Championnat d'Europe !

 

Tout est réuni pour que les Bleus connaissent enfin le bonheur de soulever un trophée. Non seulement la France organise la compétition sur le sol national, mais en plus une génération exceptionnelle est au sommet de son art dans le sillage de son génial capitaine, Michel Platini.

 

Deux ans plus tôt, l'équipe de Michel Hidalgo a fait souffler un vent d'espoir sur l'hexagone, avant la tragédie de Séville. Désormais à maturité, le onze tricolore affiche une motivation absolue et se présente en favori.

 

Une équipe à l'apogée de son talent

 

La sélection de Michel Hidalgo est une constellation de talents, dotée pour la première fois d'un réel équilibre. Elle bénéficie en effet d'une solidité défensive inédite avec Joël Bats, un excellent gardien et des défenseurs intraitables comme Maxime Bossis, Yvon le Roux, Patrick Battiston, Jean-François Domergue ou encore Manuel Amoros.

 

Le carré magique, envié par l'Europe entière, a été recomposé pour l'occasion avec Michel Platini, Alain Giresse, Jean Tigana et un quatrième homme dans le rôle duquel se succèdent Bernard Genghini, Jean-Marc Ferreri et Luis Fernandez.

 

Quant à l'attaque, elle ne manque pas d'allure avec des joueurs comme Dominique, Rocheteau, Bernard Lacombe, Bruno Bellone, Didier Six et le jeune Daniel Bravo.

 

Le show Platini

 

Les grandes équipes ont toujours hébergé une groupe talentueux et une étoile au sommet de son art. C'est Michel Platini qui tient avec brio la fonction ! Ballon d'or en 1983, il le sera encore en 1984 et 1985 malgré la concurrence d'un certain Diego Maradona, autant dire que le numéro dix des bleus est à l'époque l'un des deux meilleurs joueurs de la planète...

 

Il le confirme dès les matches de poule : la France remporte ses trois rencontres. 1-0 contre le Danemark (but de Platini), 5-0 contre la Belgique (triplé de Platini) et 3-2 contre la Yougoslavie pour finir. A noter que la victoire contre cette dernière fut en grande partie l’œuvre du futur triple ballon d'or, auteur d'un hat-trick parfait (but du gauche, du droit, et une exceptionnelle tête plongeante) !

 

Pas de séance de penalties pour Tigana

 

A cette époque, la compétition ne regroupe que huit équipes, la France se retrouve donc immédiatement dans le vif du sujet avec une demi-finale contre le Portugal, tombeur de l'Allemagne.

 

L'ouverture du score de Domergue après un maître coup franc semble propulser le pays organisateur vers la finale au terme d'une rencontre totalement dominée, mais l'égalisation de Jordao à quelques minutes de la fin oblige les bleus à disputer une prolongation. Un nouveau but de l'attaquant portugais dès les premières minutes de celle-ci fait soudain ressurgir le spectre du cauchemar de Séville !

 

Les Français se ruent à l'attaque, mais le gardien lusitanien est touché par la grâce, Bento est intraitable et le temps défile. En demi-finale, le salut de la France vient pourtant toujours d'un joueur inattendu ! Quatorze ans avant Thuram, c'est Domergue qui joue le rôle du sauveur en signant le seul doublé de sa carrière à la 114e minute.

 

Le temps de réengager et il ne reste qu'une poignée de minutes avant ces penalties qui hantent encore les souvenirs des tricolores. Personne n'en veut et surtout pas Jean Tigana ! Alors que le chrono égrène les dernières secondes, le milieu se lance dans un rush au milieu de la défense portugaise, il élimine un puis deux joueurs, avant de s'arracher pour servir Platini d'un centre désespéré. Le capitaine se joue du dernier défenseur pour propulser le ballon au fond du filet et envoyer pour la première fois de l'histoire la France en finale (3-2) !

 

L'Espagne en finale

 

Si les matches de poule ont été l'occasion de superbes démonstrations des tricolores, la demi-finale une rencontre spectaculaire à l'intensité dramatique absolue, la finale contre l'Espagne va être irrespirable. La tension est à son paroxysme, le match est équilibré et les occasions de but rares.

 

Il faut attendre la 57e minute et la plus célèbre boulette d'un gardien de but de l'histoire pour qu'enfin les 50 000 spectateurs et toute un peuple campé devant son téléviseur n'exultent. Michel Platini vient en effet de tirer un coup franc anodin, lui qui a si souvent visé avec une diabolique précision les lucarnes adverses. Pas d'arabesques magiques cette fois pour le numéro dix, mais un ballon à ras de terre qui contourne le mur côté ouvert sans réel danger...

 

Arconada rentre dans l'histoire

 

Arconada, le gardien espagnol plonge et se saisit du ballon. Mais alors qu'il retombe, le cuir lui échappe et glisse sous son ventre pour franchir la ligne au ralenti malgré une tentative désespérée du portier pour l'en empêcher. La France mène 1-0 et n'a jamais été aussi proche d'un trophée.

 

La suite du match est intenable, les Espagnols font le siège du camp français. Même s'ils se créent peu d'occasions franches, 50 millions de personnes sont en apnée. A la 85e minute, Yvon le Roux récolte son deuxième carton jaune et doit rejoindre le vestiaire. Ils ne sont plus que dix sur le terrain, alors que tout un peuple est aphone. Les secondes passent, elles durent des minutes, des heures, des années...

 

Les larmes d'Hidalgo

 

Le temps réglementaire vient d'être atteint quand Tigana lance Bruno Bellone d'une ouverture parfaite. C'est La chevauchée fantastique de Lucky Luke, deux Espagnols le poursuivent mais ils sont cinquante millions à courir à ses côtés.

 

Personne ne rattrapera Bellone qui trompe Arconada d'une frappe limpide (2-0). La France est championne d'Europe. Michel Hidalgo, le sélectionneur qui a construit cette équipe magnifique, peut se précipiter sur le terrain les bras levés et les yeux noyés de larmes. Le Roux est sorti du vestiaire comme d'une boite pour se joindre à la sarabande, les Français s'embrassent, s'étreignent, hurlent ou pleurent de bonheur, la France est enfin championne d'Europe, Séville oubliée !

 

Quelques semaines plus tard, l'équipe de France olympique de Daniel Xuereb, José Touré ou encore Jean-Philippe Rohr, allait à son tour se parer d'or pour le plus bel été du football français...

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0