Micheline Ostermeyer, athlète virtuose

Le monde se divise habituellement en deux catégories, ceux qui déménagent les pianos et ceux qui en jouent... Une césure qui s'illustre aussi en athlétisme entre les costauds qui excellent dans les lancers et les félins qui courent comme le vent.

 

Il y eut cependant une exception, et pas des moindres, avec Micheline Ostermeyer, concertiste renommée et médaillée olympique dans des disciplines aussi opposées que le lancer du poids, du disque et le saut en hauteur.

 

Les Fous du Sport se sont fait une joie de se plonger dans le destin d'une femme absolument  extraordinaire, dont les talents étaient si nombreux, mais aussi si variés, qu'ils lui permirent d'exceller dans toutes les disciplines - aussi opposées fussent-elles - qu'elle eut la bonne idée de pratiquer !

 

 

Pianiste virtuose...

 

Pianiste aussi précoce que virtuose, la jeune femme exilée à Tunis pour fuir la guerre donne son premier récital en 1941 à l'âge de 19 ans. C'est un triomphe, le premier d'une longue série...

 

Pendant des années, Micheline Ostermeyer va en effet sillonner les salles de concert de la planète pour interpréter avec maestria Bach, Liszt, Fauré, etc. Une carrière remarquable qui n'aurait cependant pas sa place sur un site comme Les Fous du Sport si dans le même temps, elle n'était devenue l'une des plus grandes athlètes de l'histoire du sport français, réussissant par exemple l'exploit inégalé d'être la seule tricolore à avoir remporté deux médailles d'or durant la même olympiade !

 

Sportive émérite...

 

Après avoir découvert le sport lors de ses années passées à Tunis, partageant ses journées entre le piano et l'entrainement, la jeune femme s'illustre brillamment lors des jeux universitaires de 1947 en obtenant deux médailles d'or en poids et en saut en hauteur, deux disciplines faisant appel à des qualités diamétralement opposées...

 

Mais c'est l'année suivante, lors des J.O. de Londres, que Micheline Ostermeyer va inscrire en lettres d'or son nom dans le panthéon des sports.

 

Sa victoire dans le concours du poids, où elle a amélioré à chaque tentative ses marques pour distancer des adversaires pourtant plus expérimentées, constitue déjà en soi une magnifique performance dans une discipline où les athlètes hexagonaux n'ont pourtant pas l'habitude de briller... Pour fêter cet inattendu succès, l'artiste offre d'ailleurs un récital (de piano) le soir même auquel se presse le tout-Londres !

 

Les disques s'enregistrent mais se lancent aussi...

 

Mais c'est surtout son titre dans l'épreuve du disque quelques jours plus tôt qui fut un retentissant exploit. Ostermeyer s'était en effet initiée à cette spécialité seulement trois semaines avant les Jeux. Mais quand on a du talent on apprend vite et ce même durant un concours, elle améliore ainsi ses marques d'un mètre à chaque tentative pour remporter le concours avec un lancer à 41 mètres 72.

 

Reine des lancers, l'athlète au gabarit hors-norme pour l'époque (1m79, 73kg), va dans la foulée s'offrir une troisième médaille olympique en hauteur avec un saut (en ciseau, Dick Fosbury n'ayant pas encore inventé sa technique éponyme) à 1m61. Certes il ne s'agit que du bronze, mais voir une spécialiste des lancers, par ailleurs pianiste émérite, se hisser sur le podium dans une discipline dominée par de sveltes jeunes filles, semble aujourd'hui totalement inconcevable !

 

Ce triplé - jamais égalé - est d'autant plus exceptionnel que durant toute sa préparation olympique, Micheline Ostermeyer a continué à s'exercer au piano à raisons de cinq heures de pratique quotidienne... 

 

Et à la fin c'est toujours Ostermeyer qui gagne !

 

Être à la fois une virtuose de stature internationale et une triple médaillée olympique dans des disciplines aussi éloignées que les lancers du poids, du disque et le saut en hauteur, constitue déjà une sorte de prodige, mais l'histoire n'est pourtant pas terminée. 

 

Car Micheline Ostermeyer compte aussi treize titres de championne de France dans des sports aussi divers que le 60 m, le 80 m, les haies, le 4 × 100 m, bien évidemment la hauteur, le poids, le disque et  aussi incroyable que cela puisse paraître le pentathlon (en réalité, son titre dans cette dernière discipline est finalement évident pour quelqu'un d'aussi complet), sans oublier une multitude de records de France.

 

Mais ce n'est pas tout ! Elle réussit parallèlement à devenir championne du Liban et d'Afrique du Nord de Basket ; à se demander où elle trouvait le temps, car rappelons-le, son activité principale durant toute sa carrière sportive demeurait le piano.

 

Après deux nouvelles médailles lors des championnats d'Europe de Bruxelles en 1950, en bronze au poids et au 80 mètres haies (!), Micheline Ostermeyer tire sa révérence sportive pour se consacrer pleinement à sa carrière de musicienne.

 

A jamais dans l'histoire...

 

Une carrière longue et brillante, malgré l'éducation de ses deux enfants, mais nous avons vu que cette femme exceptionnelle pouvait se consacrer de concert à de multiples activités, qui s'est refermée avec sa disparition en 2001 à l'âge de 78 ans après une longue maladie.

 

Micheline Ostermeyer fut un génie, un qualificatif trop souvent galvaudé dans le domaine sportif qui peut en l'occurrence être employé sans crainte d'exagération la concernant. Sans remettre en cause un instant cette évidence, il convient toutefois de remettre en perspective le contexte durant lequel ces performances furent réalisées.

 

Dans l'immédiate après-guerre, le sport féminin n'en est qu'à ces balbutiements avec de nombreuses disciplines qui se disputent depuis peu alors que l'amateurisme est encore la règle. Les pratiquantes ne sont pas très nombreuses et celles ayant les qualités athlétiques et le talent d'une Ostermeyer plus rares encore, il était donc encore envisageable qu'une jeune femme aux dons aussi extraordinaires que ceux de cette virtuose puisse briller dans autant de domaines. Aujourd'hui, alors que dans chaque discipline, les athlètes de talent, surentrainées, se comptent par milliers, la pluridisciplinarité est bien évidemment impossible.

 

Micheline Ostermeyer avait en plus un secret, qu'elle a fini par dévoiler "le sport m'a permis de me relaxer avant un concert et le piano m'a donné de beaux biceps."

 

A tous les sportifs souhaitant développer leur masse musculaire : à vos claviers !

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0