Ray Sugar Robinson, the Greatest

"J'ai combattu si souvent Ray Sugar Robinson que j'en ai eu du diabète !" La phrase est de l'inimitable Jake La Motta et résume parfaitement l'exceptionnelle carrière d'un boxeur à nul autre pareil.

 

Ray Sugar Robinson affiche en effet un palmarès hors-norme avec 202 combats professionnels étalés sur une période de 25 ans, 175 victoires dont 108 remportés par KO et d'innombrables ceintures de champion du monde !

 

Mais Robinson ne se résume pas une carrière, aussi exceptionnelle soit-elle, le personnage a marqué la boxe et le sport par sa flamboyance, sa personnalité unique, son extravagance, mais aussi par ses engagements, que ce soit pour les droits civiques ou encore pour la lutte contre le cancer.

 

Né pour boxer

 

Dire que le jeune Walter Smith Junior était né pour boxer est un euphémisme. Il est tellement doué qu'il doit emprunter un nom d'emprunt - Ray Robinson - pour monter sur le ring alors qu'il n'a pas encore atteint les 16 ans réglementaires. La fluidité de sa boxe est telle que son manager la qualifie de douce comme du sucre. Sugar Ray Robinson est né et l'univers de la boxe va connaître un profond changement.

 

Sa carrière en amateur défie l'entendement, en 85 combats il totalise 85 victoires dont 69 par KO ; un palmarès insensé dans une discipline où rares sont les combats à ne pas aller à leur terme !

 

Il faut dire que malgré son style digne d'un virtuose, le jeune Robinson boxe avec une férocité absolue. Élevé dans les bas-fonds de Détroit et ensuite dans la jungle de Harlem, il est membre d'un gang dès l'âge de 16 ans et père d'un enfant à 17 ans. Pour Sugar le noble art est avant tout un moyen de subsistance.

 

Des débuts fracassants

 

Sa carrière en amateur couronnée de deux Golden Gloves, Ray Sugar Robinson effectue ses débuts chez les professionnels en 1940 à seulement 19 ans. Il enchaîne les KO expéditifs. En 1941, il domine Sammy Angott, le champion du monde des légers lors d'un combat sans titre en jeu.

 

En 1942, il surclasse deux fois Marty Servo et fait pour la première fois enrager Jake La Motta avec une indiscutable victoire aux points bien qu'affichant six kilos de moins sur la balance ! Mais Robinson ne s'est toujours pas vu offrir l'opportunité de disputer un titre mondial malgré des victoires indiscutables sur les meilleurs boxeurs de sa catégorie.

 

Première défaite et appel sous les drapeaux

 

Il faut attendre le 42e combat de sa carrière pour que Robinson ne soit vaincu pour la première fois. Par Jake La Motta qui va devenir son meilleur ennemi lors d'un combat dans lequel Raging Bull accusait  7,3 kilos de plus que l'afro-américain !

 

Trois semaines plus tard, Sugar règle ses comptes avec La Motta en détruisant l'Italo-américain au cours de leur troisième confrontation. Le prodige continue d'accumuler les victoires, expédiant au tapis ce qui se fait de mieux, aussi bien en welters qu'en moyens. Alors que la perspective d'un combat pour un titre mondial semble enfin s'approcher, Walter Smith Jr est enrôlé sous les drapeaux en 1943. Il soutiendra l'effort de guerre américain en prenant part à des combats d'exhibition devant les G.I.'s, généralement contre son idole Joe Louis.

 

Pas si doux que cela Sugar...

 

Il est réformé le 3 juin 1944, s'étant notamment illustré par ses oppositions fréquentes à ses supérieurs dès lors qu'il les soupçonnait de discriminations, n'hésitant pas à refuser de combattre lorsque ses frères de couleur n'étaient pas admis à assister aux exhibitions.

 

Robinson était en effet un être pouvant se montrer à la fois violent et insoumis - souvenirs de son enfance - comme en témoignent quelques faits divers alimentés par sa célébrité naissante ou à l'inverse d'une grande générosité, il n'hésitera pas à se montrer à plusieurs reprises un précurseur dans la lutte pour les droits civiques ou à renoncer à ses cachets pour en faire don à la lutte contre le cancer alors que son train de vie pharaonique et ses éternels problèmes avec le fisc américain nécessitaient pourtant de constantes entrées d'argent.

 

Champion du monde, enfin !

 

Heureusement l'argent et bientôt l'or sous la forme d'une ceinture vont bientôt couler à flots. Malgré son refus de collaborer avec les instances mafieuses à la tête de la boxe et le peu d'empressement des boxeurs détenteurs d'un titre à le mettre en jeu contre un tel adversaire, sa notoriété et son palmarès sont tels qu'il n'est plus possible de lui refuser le droit de combattre pour la ceinture de champion du monde.

 

Le combat pour le titre planétaire intervient enfin le 20 décembre 1946 dans un Madison Square Garden comble pour l'occasion. Au terme d'un combat d'une violence insensée, Robinson parvient à dominer Tommy Bell après une décision arbitrale pour le moins serrée. Enfin champion du monde, Ray Sugar Robinson est désormais la coqueluche du tout New-York et bientôt une star planétaire alors que les succès s'enchainent et qu'il est désormais unanimement considéré comme le meilleur boxeur en exercice.

 

On ne défie pas impunément Sugar

 

La légende de Ray Sugar Robinson va bientôt se trouver amplifiée par un macabre dénouement. Son challenger pour le titre mondial, Jimmy Doyle, laissera sa vie sur le ring, après une terrible correction et un KO dramatique en 1947.

 

Même si la mort ait toujours rodé à Détroit ou à Harlem, le  champion du monde est atterré par la nouvelle du décès de son infortuné adversaire survenu à l'hôpital quelques heures après le combat. Circonstance aggravante, il avoue avoir rêvé de la mort du pauvre Doyle la nuit précédant l'affrontement. Alors qu'il hésite sur la suite à donner à sa carrière, son entourage - et notamment un pasteur - le persuade de remettre les gants.

 

Champion et star mondiale

 

Dès lors Ray Sugar Robinson devient une légende vivante. Les places pour ses combats s'arrachent à prix d'or, ceux-ci se terminent inévitablement par le KO d'un rival anéanti et son palmarès s'enrichit d'un nouveau titre de champion du monde des poids moyens, Robinson ayant fait le vide dans la catégorie inférieure.

 

Il roule désormais en Cadillac rose qu'il peut laisser ouverte dans n'importe quel quartier de New York à toute heure de la nuit, personne n'imaginant un seul instant voler la belle Américaine. Il enchaîne les tournées à l'étranger, en France, en Angleterre, en Allemagne, suivi d'une cour d'admirateurs vivant à ses crochets avec dans ses bagages la Cadillac et une garde-robe d'élégant. Il enchaîne aussi les combats, massacrant à intervalles réguliers ce bon vieux Jake La Motta, en particulier lors d'une rencontre le 14 février 1951, qui deviendra après coup "Le massacre de la Saint Valentin !"

 

Le champion tire sa révérence au sommet de son art

 

Même s'il est battu en juin 1952 au cours d'un combat en plein air dans le Yankee Stadium, victime tout autant du méritant Joey Maxim (poids mi-lourds) que de la chaleur étouffante régnant sur Big Apple ce jour là (40°), c'est un champion au sommet de la gloire qui annonce sa retraite auréolé d'un palmarès incomparable avec 128 victoires (dont 84 KOs), un nul et seulement deux défaites en 131 combats. 

 

Propriétaire de clubs de Jazz, dont le célèbre Ringside à Paris, le jeune retraité de 31 ans entend désormais se consacrer à ses affaires et profiter tout aussi bien de l'existence que de sa célébrité planétaire. Robinson est en effet de toutes les réceptions, aux États-Unis mais aussi sur le vieux continent, dinant aux côtés des présidents, des puissants ou encore prenant la pose avec les stars.

 

Mais Sugar n'est pas un homme d'affaires, il est aussi d'une générosité proverbiale, entretenant un nombre considérable de courtisans ; l'argent gagné à la force de ses poings s'envole à un rythme frénétique. 

 

Le Come Back

 

Dès 1954, le monde de la boxe est agité par une folle rumeur, l'incomparable Sugar préparerait son retour ! La star signe en effet un premier combat en fin d'année avant de récupérer son titre mondial dès l'année suivante en expédiant au tapis Bobo Olsen avant la fin du deuxième round.

 

La suite de la carrière de Sugar Ray Robinson est désormais une litanie de victoires, mais aussi de défaites. L'homme est en effet vieillissant et usé par un nombre considérable de combats. A la fin de sa carrière - en 1965 - il est alors âgé de 44 ans et a livré 202 matches officiels. Harcelé par le fisc, il a dû combattre encore et encore, signant des victoires extraordinaires, décrochant de nombreuses ceintures mondiales, mais aussi d'obscurs combats pour quelques centaines de dollars.

 

Ray Sugar Robinson était la boxe

 

Lorsqu'il met enfin un terme à sa carrière de boxeur en novembre 1965, après 175 victoires, le monde de la boxe est déjà en train de l'oublier. Il faut dire qu'entre temps de nouveaux champions sont apparus, en particulier dans la catégorie désormais reine des poids-lourds avec Sonny Liston ou encore un certain Cassius Clay qui n'est pas encore devenu Mohamed Ali.

 

C'est d'ailleurs ce dernier qui le premier réhabilitera Robinson, tout d'abord en le suppliant, en vain, de devenir son coach pour les Jeux Olympiques de Rome, avant de l'engager ponctuellement dans son coin, mais surtout en déclarant au monde entier que Sugar Ray Robinson était The Greatest : "Ray Robinson a été l'unique boxeur meilleur que moi de toute l'histoire. Ray a transformé ce sport brutal en véritable art." Robinson est aujourd'hui considéré comme le plus grand boxeur de l'histoire, toutes catégories confondues.

 

Son dernier club de Jazz saisi par le fisc à la fin des années 1960, Robinson est ruiné, même si Hollywood lui offre l'opportunité de quelques apparitions dans des films. Malgré cela, il trouvera encore un sursaut d'énergie pour créer une fondation pour les enfants déshérités avant que la vieillesse puis Alzheimer ne l'emportent  le 12 avril 1989.

 

Ray Sugar Robinson ne savait que trop quels combats devait mener un enfant des ghettos pour rêver d'un destin meilleur...

 

 

En hommage à mon père, intarissable à l'instant d'évoquer Sugar...

 

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Commentaires : 1
  • #1

    rx69 (mercredi, 29 juin 2016 10:41)

    le génie à l'état pur!