Christian d'Oriola, the french touch

Il fut un temps où l'élégance française constituait la carte de visite de tout un pays... Mode, savoir-vivre, architecture, ou raffinement des parisiennes, reflétaient l'élégance élevée au rang d'art admirée aux quatre coins du monde. Le sport tricolore a longtemps tenu son rang dans ce domaine particulier, avec des athlètes qui ne gagnaient pas souvent mais s'illustraient en perdant avec une élégance rare...

 

Heureusement, certains, à l'image de Christian d'Oriola ou Micheline Ostermeyer, réussirent à réconcilier la France avec le succès sans se départir d'une élégance à la française. Nul mieux que d'Oriola, précoce prodige de l'escrime aux quatre médailles d'or olympique, ne symbolise autant ce mariage réussi entre le talent et la grâce, auxquels venaient s'ajouter une farouche détestation de la défaite et une irrésistible volonté d'atteindre la perfection !

 

Né une épée à la main

 

En 1941, alors âgé de seulement 13 ans, le jeune d'Oriola est déjà un des meilleurs escrimeurs - toutes catégories d'âge confondues - de Perpignan. A 18 ans, il devient vice-champion de France de fleuret, un exploit dans une discipline nécessitant des années d'entrainement, vite relativisé par un père exigeant lâchant pour unique commentaire "tu n'es que second." Il est des répliques qui contribuent à vous faire haïr la défaite...

 

Dès lors, Christian d'Oriola ne tirera plus que pour la victoire ! Alors qu'il vient juste de fêter ses vingt printemps, ses concurrents britanniques l'ont déjà surnommé d'Artagnan. Il faut dire que le jeune escrimeur - plus jeune champion du monde en 1947 - est d'ores et déjà invincible, tout en évoluant avec une habilité et une élégance qui n'est pas sans rappeler l'inimitable héros de Dumas. Le Français doit pourtant se contenter d'une médaille d'argent aux Jeux de Londres en 1948 en individuel, une nouvelle déception pourtant saluée comme un exploit en France et dans le monde de l'escrime !

 

Né pour gagner

 

Car la défaite en finale est vite effacée par une victoire en équipe, grâce à la démonstration d'un jeune prodige ayant galvanisé ses coéquipiers.

 

Dès lors, le palmarès de d'Oriola s'étoffe d'année en année ; il accumule les titres de champion de France et fait des championnats du monde sa chasse gardée. Vainqueur en 1949, 1951, 1953, 1954, il ne s'incline qu'en finale lors de l'édition 1955 marquée par l'introduction des fleurets électriques. Des armes beaucoup plus lourdes que les anciens fleurets, détestées par le virtuose, lui ayant inspiré ce commentaire "c'est comme faire de la dentelle avec une aiguille à tricoter !"

 

Les Jeux Olympiques de Helsinki en 1952 constituent un triomphe total pour d'Oriola qui s'urvole l'épreuve individuelle après avoir aupravant conduit la France vers le succès en équipe au terme d'une finale de plus de cinq heures.

 

Une difficile adaptation au fleuret électrique

 

Doté d'une technique exceptionnelle, d'une main prodigieuse, d'une souplesse remarquable, inlassable et fougueux attaquant, d'Oriola a du mal à s'adapter à la nouvelle forme d'escrime imposée par l'introduction des armes électriques qui nécessitent d'avantage de puissance.

 

Avec un tel palmarès, d'autres auraient renoncé et choisi l' existence dorée d'un jeune noble, riche, beau et célèbre, mais lorsque l'on porte le surnom de d'Artagnan le combat est une seconde nature et la victoire une quête absolue. L'Olympisme est aussi une passion et la perspective de défendre un titre - deux en l'occurrence - justifie tous les sacrifices, même s'il faut pour cela s'imposer des heures et des heures d'entrainement pour s'atteler à la dentelle avec une aiguille à tricoter...

 

Melbourne ou l'apothéose

 

Les Jeux de Melbourne en 1956 commencent pourtant mal pour l'équipe de France d'escrime ; quinze jours avant le début des compétitions le seul entraineur des escrimeurs est victime d'un infarctus. Christian d'Oriola se mue alors en coach de fortune (et de talent), entrainant aussi bien les hommes que les filles parmi lesquelles se trouve sa future épouse, la ravissante Kate Delbarre.

 

Un dévouement qui porte ses fruits puisque le Catalan remporte à nouveau la médaille d'or en fleuret au terme d'une finale épique contre l'Italien Spallino avant de décrocher l'argent dans l'épreuve par équipe ! En trois olympiades, le palmarès de d'Oriola affiche désormais quatre médailles d'or et deux d'argent, ce qui en fait un des Français les plus titrés de l'histoire !

 

Porte-drapeau d'une génération

 

Même s'il n'est plus aussi dominateur depuis les modifications techniques intervenues en 1955, Christian d'Oriola reste une légende. Champion des champions pour l’Équipe dès 1947, il est tout naturellement choisi pour être le porte-drapeau de la délégation française à Rome en 1960. 

 

A 32 ans, il appartient désormais à l'histoire et ne peut se classer mieux que septième en fleuret individuel. Une déception pour cet exceptionnel bretteur qui n'avait connu d'autres places que la première ou la seconde au cours d'une carrière de plus de quinze ans.

 

Désormais en semi-retraite, Christian d'Oriola continue néanmoins de tirer pour le plaisir çà ou là, s'offrant par exemple l'ultime plaisir d'un dernier titre de champion de France par équipe en 1970. Il est alors temps pour le dépositaire d'une certaine idée de l'élégance à la Française de remiser épées et fleurets au placard, avant de jouir de l'existence jusqu'à un triste matin de 2007, quelques années après avoir été désigné escrimeur du XXe siècles par la Fédération Internationale d'Escrime. Qu'importe, d'Artagnan est éternel.

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