Limoges sur le toit de l'Europe

L'année 1993 reste marquée d'une pierre blanche dans l'histoire du sport français avec la fin d'un demi-siècle de disette en coupe d'Europe ; grâce à la victoire de Marseille en Ligue des Champions en football bien évidemment, mais quelques semaines plus tôt le légendaire CSP Limoges avait montré la voie en devenant le premier club hexagonal à remporter la plus prestigieuse des coupes continentales !

 

Si le Cercle Saint Pierre de Limoges n'était pas le premier venu sur la scène européenne avec déjà trois trophées au palmarès (deux coupes Korac et une coupe des coupes), il semblait inimaginable que l'équipe de Dacoury puisse sortir vainqueur d'un final four avec le Grand Real dans un premier temps et l'imbattable Benetton Trévise de Tony Kukoc en finale !

 

Le sorcier Maljkovic

 

Certes Limoges était loin d'être favori, mais le club s'était offert quelques mois plus tôt les services d'un sorcier, Bozidar Maljkovic ! Nul sortilège dans la besace de l'entraineur serbe, mais une connaissance absolue du basket et une rigueur féroce. Toute la saison, Maljkovic va imposer des entrainements d'une dureté extrême à ses joueurs et une discipline de fer, notamment au niveau défensif, faisant de son équipe l'une et peut-être même la meilleure défense d'Europe.

 

Un entraineur de génie, une équipe de guerriers prêts à mourir sur le parquet, symbolisée par l'incontournable Dacoury ou encore le roc Jim Bilba, installant à chaque possession de balles adverses les barbelés devant le cercle, et un prodige capable des exploits les plus insensés en attaque, Michael Young ! Le petit poucet qui est parvenu à se défaire du grand Real de Madrid en demi-finale va tenter de réussir l'exploit contre le Benetton Trévise en finale dans le chaudron d'Athènes.

 

Young contre Kukoc, le duel des artistes

 

Les deux équipes présentent des caractéristiques similaires, une défense de fer, un collectif huilé et deux génies capables de déstabiliser les défenses les plus rugueuses en empilant les points. Mais les Italiens sont néanmoins les grands favoris, car ils sont capables en théorie d'atteindre dans chaque domaine une perfection après laquelle court encore les Français.

 

Et si l'Américain du CSP est imprévisible, il fait néanmoins preuve d'une certaine irrégularité alors que Tony Kukoc et un métronome considéré alors comme l'un des quatre ou cinq meilleurs joueurs de la planète.

 

Le début du match en est d'ailleurs l'illustration avec des Limougeauds dominés, un Michael Young maladroit, et des Italiens qui prennent le commandement de la rencontre. Distancé Limoges reste cependant à portée de tir de son rival grâce à une première mi-temps exceptionnelle de Jim Bilba et au dévouement de son leader historique Richard Dacoury en défense. Le capitaine va malheureusement payer ce sacrifice avec quatre fautes en douze minutes ! Mais l'essentiel est préservé dans ce match cadenassé, à la pause Limoges n'est mené que 28 à 22.

 

Une mi-temps salvatrice

 

N'être mené que de six points face à une telle équipe en ayant globalement raté sa première mi-temps va décupler les forces de Limoges. Très vite, les Français reviennent à niveau malgré l'absence de Dacoury, cloué sur le banc à cause des fautes. Si Young est toujours en deçà de son potentiel, ses partenaires font preuve d'un talent collectif, bien emmenés par Frédéric Forte et Juri Zdvoc, les deux meneurs, et Bilba qui continue de planer à une altitude stratosphérique.

 

Le CSP plante un 10-0 à Trévise, s'offrant pour la première fois de la rencontre le commandement du match (44-43) à moins de dix minutes de la fin. A partir de cet instant, l'affrontement devient irrespirable ; les deux équipes restent au coude à coude, l'écart ne dépassant jamais les deux points.

 

Une fin de rencontre d'anthologie

 

La défense de Limoges interdit l'accès du cercle aux Italiens, qu'importe Tony Kukoc sort l'artillerie lourde en enquillant les paniers à trois points. Young rappelle soudain qu'il est un génie, signant un enchainement de rêve conclu par un trois points incroyable.

 

Limoges prend un point, puis deux d'avance. Les Italiens restent au contact grâce à Kukoc une fois de plus, mais au prix de nombreuses fautes qui déciment leur équipe. Ils reviennent pourtant encore à une minute du terme avec un nouveau trois points de leur prodige (55-55), auquel répond immédiatement Jim Bilba qui ne tremble pas sur la ligne des lancers francs (57-55).

 

Il reste moins de trente secondes, la balle est dans les mains de Kukoc qui s'approche de la ligne des 6,50 mètres pour tenter un nouveau tir primé qui crucifierait Limoges, mais, au moment de tirer, le ballon a soudainement quitté ses mains...

 

L'interception de Forte inscrit Limoges dans l'histoire

 

C'est Frédéric Forte qui a en effet subtilisé la balle d'une interception de lutin, laissant le Croate prendre son impulsion les mains vides. Les Italiens commettent rapidement la faute, mais au détriment de Zdvoc qui ne rate pas l'occasion d'ajouter deux nouveaux points (59-55).

 

Malgré un ultime rush, Trévise ne parvient pas à revenir à hauteur du CSP, alors que les hommes en jaune exultent au centre du terrain. Dacoury, l'emblématique capitaine qui vient de fêter ses seize ans au club, court comme un junior. Du haut de ses 2m05, Franck Butter pleure, terrassé par l'émotion. Les spectateurs grecs qui ont pris fait et cause pour les joueurs de Limoges rugissent de plaisir. 

 

Le trophée en mains, Maljkovic est porté en triomphe par ses joueurs. Le sorcier a réussi un exploit insensé, dressant une ligne Maginot devant le panier de son équipe. 52 points pour Madrid en demi, 55 pour Trévise en finale, des scores faméliques pour des équipes habituées à flirter avec les 90 points !

 

L'opération commando de l'entraineur a réussi au-delà de toutes attentes grâce à l'abnégation de joueurs habités par une indestructible volonté de devenir les premiers et un travail de forçats. Dans l'euphorie de la victoire, Dacoury en livra le secret "ces matches sont moins durs que les entrainements du sorcier."

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