Tommie Smith jette le gant sur Mexico

Les jeux de Mexico, disputés en 1968, restent gravés dans les mémoires pour les exceptionnelles performances signées par des athlètes en état de grâce, Bob Beamon, Lee Evans, Dick Fosbury ou encore Colette Besson pour l'hexagone. Mais ils furent aussi à l'image d'une époque riche, foisonnante, engagée et révoltée !

 

Tommie Smith en est peut-être le symbole parfait ; vainqueur du 200 mètres dans le temps record de 19s83, il est aussi resté dans l'histoire de l'Olympisme - et de la lutte pour les droits civiques - pour avoir brandi un gant noir sur le podium protocolaire de l'épreuve en compagnie de John Carlos.

 

La lutte pour les droits civiques s'invite à Mexico

 

Les années 1960 constituent l'acmé de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Après des décennies de ségrégation et souvent d'humiliation, les afro-américains, soutenue par une partie importante de la population blanche, manifestent activement pour une égalité totale.

 

Il semblait donc inévitable que les jeux Olympiques aient fini par être le théâtre en mondiovision des légitimes revendications d'athlètes représentant aussi bien leur pays que leur communauté.  Le podium du 200 mètres avec deux noirs américains et un Australien complice en constitue l'illustration parfaite.

 

Tommie Smith, le prodige

 

Âgé de 24 ans, Tommie Smith n'était pas sans rappeler Usain Bolt. Par sa grande taille tout d'abord - 1m91 - ou encore pas la médiocrité de son départ compensée par une irrésistible accélération dans la ligne droite, mais c'est surtout par sa supériorité absolue sur le demi-tour de piste que l'Américain rappelle le prodige jamaïcain. Avec un temps de 19s83, signé en ayant levé les bras une dizaine de mètres avant la ligne, Smith a pulvérisé le record du monde de l'époque, devenant le premier homme à descendre sous les 20 secondes. Une performance qui aujourd'hui encore lui assurerait une place sur les podiums de la discipline ! Avec des temps de 10 secondes aux 100 mètres et 44s5 aux 400 mètres, nul doute que d'autres médailles lui étaient promises sans ce gant noir.

 

Des panthères sur un podium

 

C'est dans l'improvisation que Tommie Smith et John Carlos ont préparé leur coup d'éclat. Si les deux hommes avaient prévu de monter sur le podium les mains gantés et vêtus de chaussettes noires, baissant la tête et dressant le poing lors de l'hymne américain, Carlos avait oublié ses gants... C'est Peter Norman qui suggéra aux deux athlètes de se partager la paire de gants.

 

Quant à l'Australien, il était bien sûr informé et solidaire de l'initiative comme en témoigne le badge pour les droits civiques portés sur son survêtement.

 

Le retentissement du geste fut une véritable déflagration dans le monde aseptisé de l'olympisme. Les deux Américains furent immédiatement exclus - à vie - des Jeux à l'initiative de Avery Brundage, le Président du Comité Olympique, certains réclamant même le retrait de leur médaille. Il est intéressant de noter que Brundage qui était déjà président du Comité Olympique américain en 1936 ne s'était alors pas opposé... au salut nazi des athlètes allemands...

 

Un geste payé au prix fort

 

Si le trio, dont l'amitié allait survivre aux années, est aujourd'hui unanimement admiré, il n'en fut pas de même à l'époque. Pour Smith et Carlos, leur poing dressé fut synonyme d'une fin de carrière, même si pour le recordman du 200 mètres ses exceptionnelles qualités lui assurèrent un temps une reconversion dans la prestigieuse ligue de football américain.

 

Peter Norman, pour un simple badge, dut subir de violentes critiques au sein même de son pays, il est vrai loin d'être exemplaire en matière d'égalité entre blancs et aborigènes. Un gant noir ayant eu de lourdes conséquences pour ses auteurs, mais qui eut le mérite de révéler à la planète entière la situation des afro-américains aux États-Unis.

 

Dans l'Histoire...

 

Vilipendés, menacés de mort, exclus du mouvement olympique, abandonnés par certains, Tommie Smith, John Carlos et Peter Norman n'ont pourtant jamais regretté leur geste.

 

Les deux Américains sont depuis entrés par la grande porte dans l'histoire de l'Olympisme et plus encore dans l'histoire avec un grand H.

 

Quant à Peter Norman, qui fut certainement celui ayant le plus souffert des violentes attaques à son encontre de nombreux Australiens, ne bénéficiant que de rares soutiens, ce sont des milliers de ses compatriotes qui l'ont accompagné en 2006 vers son ultime demeure. Tommie Smith et John Carlos firent bien évidemment le lointain voyage jusqu'en Australie pour rendre un ultime hommage à leur fidèle complice, reconstituant une dernière fois le mythique podium.

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