Ayrton Senna, un ange est passé sur la Formule 1

Le 1er mai 1994 a marqué la fin de l'histoire pour la Formule 1 avec une tragédie ayant bouleversé tous les passionnés de sports mécaniques et plus encore tant la personnalité et le charme du pilote brésilien avaient conquis la planète entière.

 

L'histoire s'est donc arrêtée un dimanche après-midi à Saint-Marin lorsque la Williams que conduisait Ayrton Senna s'est écrasée contre un mur en béton. S'il est évidemment vain de se livrer au jeu des comparaisons entre les plus grands pilotes automobiles, Senna fut sans conteste le plus spectaculaire, le plus doué et le plus charismatique de tous. Et charismatique n'est qu'un mot, il est en réalité impossible de retranscrire l'aura entourant Senna.

 

Un Brésilien aimant l'eau

 

L'histoire d'amour entre Senna et le monde de la Formule 1 a débuté en 1984, au cours du Grand Prix de Monaco lorsque sous des trombes d'eau le Brésilien a terminé deuxième de l'épreuve au volant d'une Toleman asthmatique. Et s'il en fut de peu que le jeune prodige ne l'emporte, la course ayant été interrompue avant son terme alors qu'il revenait à une vitesse folle sur son futur grand rival, Alain Prost.

 

Le décor est planté ! Les trois composantes d'une carrière hors-norme se retrouvent déjà lors de cette seule course : une capacité insensée à aller vite sous la pluie, une domination absolue à Monaco et surtout une rivalité exacerbée et parfois explosive avec Alain Prost !

 

Pour les pilotes bien nés, le talent n'attend pas le nombre d'années

 

Recruté par Lotus dès la saison suivante, Senna montre l'étendue de son talent en remportant deux courses mythiques, l'exigeant Spa-Francorchamps et Estoril... sous un déluge.

 

Au volant d'une voiture moins performante que les McLaren, Ferrari ou Williams, Ayrton Senna continue néanmoins de signer ça et là quelques spectaculaires victoires les deux années suivantes, obtenant notamment ses premiers lauriers à Monaco, tout en enchaînant avec une maestria de soliste les pole-positions. Alors que son contrat avec l'écurie anglaise se termine, les principales équipes se disputent déjà celui que l'on compare au mythique Jim Clark.

 

Un trio intouchable

 

C'est McLaren qui réussit à recruter le jeune espoir ! L'écurie anglaise a touché le gros lot en associant Senna et Prost au volant d'une voiture incroyablement supérieure à ses rivales.

 

Propulsées par le surpuissant moteur Honda, les McLaren écrasent la saison, décrochant quinze victoires en seize courses (13 pole-positions pour Senna). Avec huit victoires contre seulement sept pour son coéquipier, Ayrton Senna remporte son premier titre de champion du monde à 28 ans.

 

Meilleure voiture, meilleur moteur, meilleurs pilotes, McLaren semble alors partie pour des années de suprématie, mais c'était sans compter sur l'ego et la soif de victoires du légendaire duo. Les choses dégénèrent dès la saison suivante alors que les deux pilotes sont encore sans rivaux. Le titre se joue à Suzuka pour la pénultième manche de la saison avec un accrochage entre les deux voitures. Disqualifié suite à celui-ci, Senna ne décolère pas, estimant que la manœuvre de son adversaire était intentionnelle et la décision de l'exclure une faveur du président de la Fédération automobile, le Français Jean-Marie Balestre. Malgré son titre mondial, Prost doit se résoudre à quitter Mclaren.

 

La consécration

 

La rivalité entre le Brésilien et le Français atteint son paroxysme en 1990. Parti chez Ferrari, Prost livre une résistance acharnée, mais abandonne le titre acquis l'année précédente après un nouvel accrochage entre les deux pilotes, cette fois initié délibérément par Senna. Sur un vent de polémique, le Brésilien devient champion du monde pour la deuxième fois !

 

Son meilleur ennemi n'étant pas dans le coup la saison suivante, Senna est sans réel rival même si au volant d'une Williams extrêmement performante, Nigel Mansell se révèle un coriace adversaire. Mais le Brésilien semble touché par la grâce, alignant des victoires toutes plus éclatantes les unes que les autres avec en point d'orgue Interlagos dont la ligne d'arrivée fut franchie avec une voiture à l'agonie au prix d'efforts physiques et d'une concentration absolus. Ses démonstrations de génie en ont fait une icône incroyablement populaires auprès des passionnés de sport automobile ; chose insensée, les tifosis italiens ont pris fait et cause pour le génie brésilien alors que Prost pilotait... une Ferrai !

 

Un seul être vous manque...

 

Prost à la retraite, la planète s'attend à une domination absolue d'Ayrton Senna. Mais sans son éternel rival la motivation du Brésilien s'évanouit ; au volant d'une voiture en difficulté face aux Williams il peine à trouver ce feu sacré lui permettant d'atteindre la grâce divine au volant d'une voiture.

 

D'autant plus que l'homme a trouvé d'autres centres d'intérêts - certains d'une grande beauté - et qu'il ne semble plus disposé à s'impliquer avec la même farouche énergie pour piloter encore et toujours. Mais Senna reste Senna et même démotivé au volant d'une voiture poussive il demeure capable d'exploits retentissants et signe plusieurs belles victoires sans pouvoir cependant lutter pour le titre.

 

Comme McEnroe, étrangement désabusé après la retraite de Björn Borg, Senna a parfois semblé presque résolu à jouer les seconds rôles. Mais la soif de victoires ne peut que renaître chez un tel champion, le Brésilien a signé chez Williams et au volant d'un tel bolide personne ne pourra lui résister !

 

Imola...

 

Les changements de réglementation technique décidés par le FIA ont rendu les Williams difficiles à contrôler. Senna laisse Michael Schumacher décrocher les deux premières victoires malgré deux nouvelles pole-positions.

 

Troisième grand prix de la saison, Saint-Marin, disputé sur le rapide circuit d'Imola, pourrait permettre au Brésilien de signer son premier succès. Mais l'accident mortel dont est victime Roland Ratzenberger lors des essais endeuille la Formule 1 et jette un linceul noir sur la motivation de Senna, d'autant plus que d'autres accidents surviennent, heureusement moins tragiques. Le triple champion du monde fait part de ses doutes sur son envie de continuer la compétition et s'implique encore d'avantage dans les discussions sur la sécurité des pilotes.

 

Mais le show doit continuer et il faut s'élancer, de nouveau en tête, pour un tour à vive allure avant d'aborder à plus de 300km/h la courbe de Tamburello. Ce fut les derniers mètres de l'astre brésilien en tête d'une course. La colonne de direction de sa monoplace se brise et celle-ci s'encastre avec une violence inouïe dans le mur de protection. Un éclat métallique transperce le casque auriverde du pilote, causant des lésions irréversibles qui entraineront son décès quelques heures plus tard.

 

Un ange est passé

 

C'est tout un peuple qui est en deuil, au pays du football les cariocas pleurent et la planète partage leur tristesse. Le passion générée par la course automobile s'éteint, c'est même un Allemand austère qui succède à Senna...

 

Un sourire éclatant, des yeux rêveurs perdus dans un lointain ailleurs, un casque au couleur du Brésil et un palmarès hors-norme restent gravés dans les mémoires nostalgiques plus d'un quart de siècle après sa disparition. 

 

Une phrase aussi, que le pilote avait coutume de prononcer : "d'une manière ou d'une autre on atteint ses rêves." Senna en a tellement donné.

 

Le palmarès d'Ayrton Senna :

 

. 3 titres de champion du monde

. 41 grands prix remportés

. 65 pole-positions

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Commentaires : 2
  • #1

    Fan d'Ayrton (mercredi, 16 mars 2016 16:48)

    The Greatest

  • #2

    Sylvie (vendredi, 26 août 2016 11:37)

    Il était si beau, un ange effectivement ! Avec un talent d'une absolue pureté, depuis sa disparition la F1 a perdu son âme!
    Sa confrontation avec Alain Prost, qui était son contraire en tout point, fut l'âge d'or de la F1. Merci Monsieur Senna pour tant de bonheur