Fabrice Guy se pare d'or à Albertville

En 1992, la France, qui accueille les Jeux Olympiques d'Hiver à Albertville, est loin d'être une nation qui compte dans les disciplines du ski nordique.

 

Les biathlètes, fondeurs ou encore spécialistes du saut à ski sont à des années-lumières des meilleurs spécialistes scandinaves, allemands, russes ou même transalpins. Pourtant un jeune homme se présente comme l'un des favoris du combiné nordique, une des disciplines les plus exigeantes qui existent.

 

Âgé de 24 ans, Fabrice Guy vient en effet de remporter plusieurs épreuves de la Coupe du Monde lors de l'hiver 1992 ; un enchaînement de succès inattendu qui laisse espérer pour la première fois une médaille dans cette discipline. Symbole d'un renouveau français et d'une jeunesse intrépide, le jeune Jurassien s'est même vu confier l'honneur de porter le drapeau tricolore lors de la cérémonie d'ouverture.

 

Une préparation commando

 

Cette éclosion au plus haut niveau n'est pas le fruit du hasard, mais de la volonté de deux entraîneurs, Jacques Gaillard et Eric Lazzaroni. Un duo qui va révolutionner l'entrainement des combinards français, avec des séances d'une intensité absolue.

 

Les deux têtes d'affiche hexagonales de la discipline sont soumis à une préparation commando avec parfois quatre entrainements quotidiens. Fabrice Guy et ses coéquipiers, tout particulièrement son ami de longue date Sylvain Guillaume, multiplient les sauts, le fond, la musculation, la course, encore le saut, puis de nouveau le ski de fond, jusqu'à finir les séances en larmes ou le cœur au bord des lèvres...

 

Car le combiné nordique est une épreuve à la fois terrible et particulière. Les athlètes disputent deux compétitions, tout d'abord le saut à ski et ensuite le ski de fond avec une course dont le départ est donné en fonction de la performance en saut. Il est donc nécessaire de combiner une technique irréprochable et un physique de moineau pour voler le plus loin possible en saut et une puissance et une endurance maximales pour aller le plus vite possible en fond !

 

 

Voler loin, skier vite...

 

Fabrice Guy se place donc parmi les favoris grâce à une première partie de saison totalement réussie avec plusieurs succès en coupe du monde, mais les JO sont une autre affaire avec des adversaires aussi motivés que parfaitement préparés, ayant l'avantage - contrairement au Français - d'être habitués à ce genre de pression.

 

Le principal écueil pour le jeune homme est le saut à ski, une discipline dans laquelle il se montre irrégulier, alternant vols parfaits et performances moyennes. Heureusement à Courchevel où se dispute l'épreuve, Guy est au rendez-vous avec une très belle troisième place, laissant augurer une possible médaille pour cet excellent fondeur.

 

 

Fabrice Guy fond sur ses adversaires

 

Le Français s'élance avec 43 secondes de retard sur l'Autrichien Ofter et 16 secondes sur le Japonais Mikata. Paradoxalement ce n'est pas tant devant que doit regarder le Français mais plutôt derrière, Ofter est certes un excellent sauteur mais un médiocre skieur, alors que le Japonais est un adversaire tout à fait dans les cordes d'un Guy en pleine forme. Derrière se profilent cependant quelques remarquables fondeurs, notamment le redoutable Autrichien Sulzenbacher, surnommé bip-bip !

 

Mais Fabrice Guy est dans un grand jour ! Avant même la moitié de la course, il a avalé et distancé ses deux rivaux. Porté par une foule enthousiaste et un feu intérieur, il ne fait qu'augmenter, mètre après mètre, son avance sur ses poursuivants.

 

Les derniers hectomètres sont une marche triomphale en osmose avec des spectateurs chavirés par l'émotion. Les autres concurrents sont loin derrière, très loin, c'est avec une avance record que Guy franchit la ligne d'arrivée, décrochant une superbe médaille d'or.

 

 

Une histoire d'amitié, aussi...

 

Mais le plus beau reste à venir, car derrière, son copain Sylvain Guillaume effectue le plus insensé des comebacks ! Treizième après le saut, il s'est jeté dans un sprint frénétique, dépassant ses rivaux les uns après les autres.

 

Il sait que Fabrice Guy a gagné et a décidé de l'accompagner sur le podium ! Même Sulzenbacher doit s'incliner laissant Guillaume se classer à une aussi belle qu'inespérée deuxième place. Les deux amis ont décroché l'or et l'argent au terme d'une course incroyable.

 

L'histoire aurait pu être encore plus belle, les Bleus passant tout près d'une médaille dans l'épreuve par équipe avec une frustrante quatrième place, mais pour une nation évoluant en deuxième division avant l'Albertville, la performance s'avère de qualité.

 

La déception sera effacée six ans plus tard à Nagano, Fabrice Guy et ses potes se classant à une très belle troisième place par équipe pour décrocher enfin cette médaille de bronze tant désirée.

 

 

Albertville, ce fut aussi l'exploit d'un certain Edgar Grospiron !

 

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