Suzanne Lenglen, la divine Diva du tennis

Il fut un temps où la France dominait le tennis mondial, grâce aux célèbres mousquetaires, Lacoste, Cochet, Borotra, Brugnon, et avant le légendaire quatuor grâce à l'invincible Suzanne Lenglen.

 

A cette époque, l'hexagone n'était pas seulement la meilleure ou tout au moins l'une des meilleures nations de la planète avec les États-Unis et éventuellement l'Angleterre, la France était aussi le pays de l'élégance, de la french touch et d'un certain art de vivre correspondant pleinement aux années folles.

 

Suzanne Lenglen fut l'illustration parfaite de ses années dorées, par son élégance vestimentaire, sa grâce aérienne sur un court de tennis qui n'était pas sans rappeler Nijinsky, sa trépidante vie mondaine et bien évidemment son absolue domination une décennie durant !

 

Une domination sans égale

 

Championne du monde sur terre battue en 1914 (l'ancêtre de Roland-Garros) à l'âge de 15 ans, la jeune Lenglen a vu sa carrière naissante interrompue par la guerre. Sans le fracas des canons, le palmarès de la jeune femme serait tout simplement insensé, elle, qui fut à peu de chose près invaincue de 1919 à 1926, aurait sans nul doute multiplié les succès entre 1914 et 1918. Mais le funeste destin du monde en décida autrement.

 

Pourtant la jeune femme ne resta pas inactive durant les quatre années de conflit, elle continua à jouer au tennis, contre d'autres femmes évidemment mais aussi contre des hommes. Pour les officiers de retour du front, jouer contre la Lenglen était devenu un must !

 

Une habitude qui allait à la fois lui permettre d'améliorer son jeu, de devenir l'égérie des nuits parisiennes et une des femmes les plus courtisées (et pas des plus farouches) du Paris d'après-guerre, malgré un physique pas très avantageux.

 

La Divine

 

Il suffisait en effet de voir Suzanne Lenglen jouer au tennis pour tomber sous le charme, tant elle évoluait sur le court avec une grâce irréelle.

 

Après un début de siècle ayant vu les femmes corsetées dans d'amples robes longues et les privations de la guerre, il faut imaginer l'effet que pouvait produire sur un homme normalement constitué les arabesques de la joueuse légèrement vêtue, virevoltant au filet dans un bruissement de dentelles...

 

Car non contente de dominer implacablement ses adversaires, s'offrant six Wimbledon et huit Roland-Garros (sous deux appellations différentes), Lenglen avait déjà révolutionné le monde du tennis en se présentant sur le court avec des robes courtes dessinées par Jean Patou, l'emblématique couturier des années folles.

 

La joueuse, surnommée la Diva du tennis ou plus simplement la Divine était de toutes les réceptions, de toutes les soirées mondaines et s'affichait régulièrement au bras des grands de ce monde, acteurs, capitaines d'industrie ou même hommes politiques en vue.

 

 

Divine mais aussi Diva

 

Enchaînant les succès, en simple et en double dans les tournois du Grand Chelem, aux Jeux Olympiques avec deux médailles d'or (simple et double mixte) et une de bronze (double) et dans de multiples et parfois lucratives exhibitions, Suzanne Lenglen était aussi pleinement consciente de son statut d'icône et fermement disposée à vivre sa vie comme elle l'entendait.

 

Elle refusa ainsi de faire les lointains déplacements aux États-Unis et en Australie pour disputer les grands chelems et n'hésita pas à refuser d'enchaîner simple et double dans la même journée à Wimbledon en 1926, alors que la Reine en personne attendait le match de la diva en tribune. Les organisateurs brandirent la menace de l'exclusion, mais rien y fit, Lenglen ne changa pas d'avis et ceux-ci durent céder, on n'expulsait pas la Lenglen d'une compétition, fusse-t-elle Wimbledon ! Quant à la Reine, il se murmure qu'elle n'ait pas vraiment apprécié un tel crime de lèse-majesté.

 

Suzanne Lenglen ne se contentait pas d'être la reine des courts et des soirées parisiennes, elle écrivit aussi des ouvrages techniques sur le tennis, avant de créer quelques années plus tard sa propre école de tennis, et n'hésita pas à donner son avis - souvent éclairé - sur la marche du monde et la condition des femmes dans les nombreuses interviews accordées.

 

 

Lenglen choisit quand elle joue... et quand elle se retire

 

L'image est trompeuse, le refus de la jeune femme de céder aux royales exigences a eu des répercussions sur le comportement des sujets de Sa Majesté qui se sont montrés fort hostiles à la Française tout au long du tournoi. Touchée dans sa fierté, celle-ci a promis qu'elle ne participerait plus à l'épreuve.

 

Il est temps pour la Lenglen de passer à autre chose et de monnayer son exceptionnel talent car les tournois de tennis sont à l'époque exclusivement amateurs. Même si la notoriété de la jeune femme lui permettait de disputer quelques lucratives exhibitions ou parties privées (dans la confidentialité absolue sous peine de se voir exclue du circuit), les sirènes du professionnalisme se sont au fil des années fait mélodieuses.

 

Pour cela, elle accepte de se déplacer aux États-Unis et sillonnera le pays dix-huit mois durant. Au menu des exhibitions, des rencontres face à Mary Browne, triple lauréate de l'US Open ; les deux joueuses s'affrontent la bagatelle de 38 fois. Le bilan est à sens unique, la Française ayant remportée l'intégralité des rencontres !  Sa rémunération est à la hauteur de son talent et du succès public des rencontres, elle touche 50 000$ plus une prime de 25 000$, judicieusement négociée, en récompense des affluences de la tournée.

 

Éternelle jeunesse pour la Divine

 

En 1933, à l'âge de 34 ans, Suzanne Lenglen décide d'arrêter le tennis de compétition. La joueuse a tout gagné, aussi bien en tant que professionnelle qu'en tant qu'amateur où l'on estime son palmarès à 241 tournois remportés (81 en simple, 73 en double et 87 en double mixte).

 

Et puis les années folles sont terminées, la grande dépression est passée par là, ses amis les mousquetaires ont eux aussi tiré leur révérence, communistes et fascistes défilent dans les rues, il n'y a plus de place pour la grâce d'une danseuse en jupette blanche.

 

La Lenglen se consacre à son école de tennis - aujourd'hui on écrirait une académie tant le succès est grand - qui est bientôt reconnue par la fédération française, celle-là même qui l'avait exclue lors de son passage dans le monde du professionnalisme.

 

En juin 1938, le tout-Paris bruisse d'une triste rumeur, la Divine serait gravement malade, elle serait même devenue aveugle. Effectivement, Suzanne Lenglen est atteinte d'une grave leucémie. Elle ne renonce pourtant pas et déclare "j'apprendrai le braille". Ce fut une des rares rencontres qu'elle ne réussit pas à gagner, le 4 juillet 1938 l'égérie des années folles s'éteignit. Une fois encore les tribunes furent remplies pour le dernier hommage au cimetière de Saint-Ouen.

 

Les années folles étaient terminées, la guerre frappait aux portes de l'Europe, le bruit des bottes et des canons allaient bientôt remplacer le bruissement des jupes blanches...

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