L'Ajax Amsterdam révolutionne le football

Plus célèbre que Jésus : les Beatles ; plus célèbre que le mythique groupe anglais : l'Ajax Amsterdam de Cruyff et ses coéquipiers !

 

Au début des années 1970, une révolution souffle sur le football européen et mondial, un groupe de jeunes gens aux cheveux longs et aux idées novatrices révolutionne l'univers du ballon rond. L'Ajax Amsterdam et ses héros, Johan Cruyff, Johan Neeskens, Arie Haan ou encore Johnny Rep, vont surclasser leurs adversaires trois années durant avec une audace et une maestria dignes des plus grands groupes de rock de l'époque.

 

Un homme, tel un impresario, va contribuer à emmener ce groupe de talents exceptionnels au sommet ; il s'agit de l'entraineur Rinus Michels, avec une idée aussi simple que révolutionnaire : le football total !

 

 

Le football total sur le toit de l'Europe

 

Après des années 1960 marquée par l'influence de l'Inter Milan et son catenaccio théorisé par Helenio Herrera, qui ont vu un jeu extrêmement défensif se mettre en place, le style de jeu pratiqué par l'Ajax va tout emporter sur son passage.

 

Le concept est d'une simplicité absolue et d'une efficacité implacable : tout le monde défend et tout le monde attaque. Cheveux aux vents les joueurs d'Amsterdam courent d'une extrémité à l'autre du terrain, se repliant à la vitesse du vent lorsque le ballon est perdu, contre-attaquant en cœur dès la récupération de celui-ci.

 

 

Une stratégie simple et imparable

 

La tactique est simple, quatre défenseurs solides mais aptes à contre-attaquer encore et encore, des milieux rigoureux, infatigables et bon techniciens, deux ailiers vifs et prêts à multiplier les aller-retours 90 minutes durant et Johan Cruyff devant. Le tout infatigable, technique et avec un sens du collectif poussé à l'extrême.

 

Dès que le ballon est perdu, tous les joueurs se jettent dans un pressing acharné, ne laissant aucune possibilité à l'adversaire de s'organiser. A l'instant où le cuir est de nouveau en possession de l'équipe - généralement très rapidement - tout le monde se rue à l'attaque avec un jeu direct fait de grandes chevauchées avec comme but ultime : donner le ballon à Johan Cruyff ou à défaut à ses acolytes, Johnny Rep ou Piet Keizer. Et si ce trio n'est pas démarqué et bien qu'importe des joueurs comme Neeskens ou Hann (photo) possédaient des frappes chirurgicales.

 

Ils sont inarrêtables !

 

Après une première finale de l'ancêtre de la League des Champions, la Coupe des Champions, en 1969 et la frustrante victoire du rival Feyenord en 1970, l'Ajax est sans rival dès 1971.

 

Si les coéquipiers de Cruyff échouent dans le championnat néerlandais, ils s'offrent la League des Champions et la coupe des Pays-Bas, rendant hommage à leur coach Rinus Michels qui s'envole pour le Barca avec le sentiment "de ne plus rien  avoir à apporter à l'équipe."

 

L'arrivée de Stefan Kovacs - qui a l'intelligence de ne procéder qu'à d'infimes ajustements - ne change rien, l'Ajax survole son championnat, s'offre à nouveau la Coupe et remporte son deuxième trophée continental après avoir surclassé l'Inter Milan, le club du catenaccio au cours d'une finale à sens unique, avant de dominer les Argentins d'Independiente en Coupe Intercontinentale.

 

1973, l'Ajax entre dans la légende

 

L'équipe survole une fois de plus son championnat national dans le sillage d'un Cruyff qui s'est indiscutablement imposé comme le meilleur joueur du monde. Il faut dire que le Néerlandais ne se contente pas d'être insaisissable balle de pied, de marquer des buts aussi exceptionnels que nombreux, il est aussi le maître à jouer de l'équipe. C'est lui qui distille ordre et conseils, qui place ses partenaires, qui décide quand déclencher le pressing et qui attire irrésistiblement le ballon.

 

En quart de finale de la Coupe des Champions, l'Ajax Amsterdam atteint le sommet de son art en atomisant le Bayern de Munich 4-0 à domicile, au cours d'un récital exceptionnel avant de se défaire du Celtic Glasgow et de dominer 1-0 une Juventus de Turin anesthésiée en finale, mettant en exergue l'adage de Cruyff : "si nous avons le ballon, les autres ne peuvent pas marquer." Les Néerlandais ont réalisé un triplé que seul le grand Real de Madrid était parvenu à effectuer à la fin des années 1950.

 

Le temps des adieux

 

Les Néerlandais sont des stars dans toute l'Europe, des icônes aux Pays-Bas et des demi-dieux à Amsterdam, acclamés à chacune de leur célébration publique, plus célèbres que les Beatles le long des canaux.

 

Mais déjà la fin de l'histoire se dessine. Un joyaux comme Cruyff ne pouvant éternellement laisser insensible les grands clubs européens, c'est le Barca qui parvient à attirer le génial attaquant. Un transfert en grande partie due à la présence de Michels,  l'entraineur des débuts, à la tête de l'équipe catalane.

 

L'exode (ou la retraite) des meilleurs joueurs de l'équipe se produit inexorablement dans la continuité de celle de la vedette de l'équipe. Neeskens, Haan, Swart, Keiser, Varga et Johnny Rep, qui va rejoindre Saint-Étienne, quittent le club, laissant la nostalgie envahir peu à peu la capitale néerlandaise. Johan Cruyff l'avait pourtant prédit : "Un titre, c'est bien ; deux, c'est mieux. Mais à force de porter ses médailles, un héros finit par se fatiguer"... Ajax ne s'est-il pas suicidé ?

 

Sans de tels joueurs, le football total n'est qu'une théorie creuse, il faudra attendre 22 ans pour qu'une nouvelle génération de talents n’emmène à nouveau l'Ajax sur le toit de l'Europe

 

 

 

 

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