Emil Zatopek, la loco tchèque réussit un inédit triplé

Alors que se profilent les Jeux d'Helsinki en 1952, Emil Zatopek est déjà la star du demi-fond. Champion olympique du 10 000 mètres et vice-champion du 5 000 quatre ans plus tôt à Londres, multiple champion d'Europe et recordman du monde, le Tchèque est l'incontestable favori des deux distances.

 

L'or est cependant loin d'être acquis, la concurrence est rude, la préparation de Zatopek a été compliquée, retardée par une sérieuse bronchite en début d'année l'ayant contraint à modifier son innovant protocole d'entrainement et multiplier les courses de préparation pour combler son retard. Une inconnue sur son état de forme d'autant plus problématique qu'il a prévu de rajouter une troisième épreuve à son programme et pas la moindre : le marathon !

 

Non seulement tous les experts ont prédit qu'il était impossible de courir trois épreuves aussi exigeantes avec succès en si peu de temps, mais en plus Zatopek n'a jamais participé au moindre marathon jusqu'ici. Et comme si cet incroyable challenge n'était pas suffisamment ardu, il s'est lancé dans un bras de fer avec le gouvernement tchécoslovaque, menaçant de boycotter les Jeux si son ami Stanislas Jungwright, interdit de participation à cause de l'anti-communisme de son père, n'était pas autorisé à disputer les Jeux Olympiques.

 

A quelques jours de la cérémonie d'ouverture, le gouvernement finit bien évidemment par céder, ne pouvant se priver de sa principale chance de médaille. Il n'empêche que le Tchèque ne se présente pas dans les meilleures conditions à Helsinki...

 

La loco est inarrêtable

 

Il semblerait que loin de l'affaiblir, ces multiples contrariétés aient survolté le champion !

 

La première course disputée par Zatopek - le 10 000 mètres - est une promenade de santé. Ses adversaires explosent les uns après les autres devant la cadence frénétique imposée par la Locomotive tchèque qui grimace comme jamais, seul Alain Mimoun résiste avant de céder aux 8 000 mètres. Zatopek franchit l'arrivée avec 120 mètres d'avance sur le Français et plus d'un demi stade sur le troisième, après avoir battu le record olympique en 29 minutes et 17 secondes.

 

Le 5 000, la course du siècle !

 

Le 5 000 mètres s'annonce comme autrement plus compliqué. Non seulement le tout récent vainqueur du 10 000 va devoir faire face à une adversité autrement plus importante, mais il ne dispose que d'un jour de repos avant les séries.

 

Même s'il réussit à se qualifier à l'économie, Zatopek doit faire face à une pluie persistante le jour de la course qui a fait de la cendrée une boue lourde, de quoi augmenter encore la fatigue accumulée par le Tchèque.

 

Et effectivement, il est mis à rude épreuve ! Rapidement Chris Chattaway et le Français Alain Mimoun, deux de ses plus dangereux  adversaires, distancent la locomotive tchèque. Jamais Zatopek n'a autant mérité son surnom ; il grimace, le visage défiguré par l'effort, ahane à chaque foulée et pourtant il doit laisser le duo prendre une avance substantielle.

 

Soudain, à seulement 300 mètres de l'arrivée, la loco se mue en TGV et entame un sprint héroïque. En quelques foulées, il rattrape et double ses deux concurrents - Chattaway en tombera dans le virage final - avant de distancer irrémédiablement Mimoun qui sauve sa deuxième place devant le redoutable Robert Schade qui s'était pourtant préparé spécifiquement pour cette épreuve. Le trio a pulvérisé le record olympique lors d'une course qui fut véritablement celle du siècle.

Le marathon pour un triplé insensé

 

Il reste une ultime épreuve pour réaliser l'impossible triplé, le marathon, une course que le fondeur tchèque n'a jamais couru...

 

Personne ne croit en ses chances, excepté lui-même bien évidemment... Il a affirmé qu'il pensait courir en moins de 2h15, des propos qui ont énervé son principal rival l'Anglais Jim Peters. Désireux de punir le Tchèque, celui-ci attaque dès le début de la course, prenant quelques mètres d'avance, mais Zatopek le rattrape un peu avant la mi-course et le distance d'une simple accélération.

 

La deuxième partie du marathon tourne à la démonstration ! Zatopek est seul au monde, il court avec la légèreté du vent, sourire aux lèvres, plaisantant avec les spectateurs, alors que derrière les spécialistes de la discipline qui lui avaient promis l'enfer sont relégués au rang de faire-valoir.

 

Le dernier tour sur la piste du Stade Olympique est réalisé sous les acclamations de 80 000 spectateurs debout pour une interminable standing ovation. Emil Zatopek vient de réaliser un triplé inimaginable qui à ce jour n'a toujours pas été égalé et qui ne le sera sans nul doute jamais...

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Commentaires : 1
  • #1

    Phil84 (dimanche, 22 janvier 2017 10:06)

    Sacré champion !