Fignon-Lemond, pour quelques secondes...

Le cyclisme s'est souvent nourri de rivalité entre deux champions hors-norme, propulsant les autres au rang de faire-valoir dès l'instant où ils se dressaient sur leurs pédales.

 

Bernard Hinault fut un de ceux-là, contre Zoetemelk tout d'abord puis contre Fignon et enfin face à Lemond, avant de prendre sa retraite. Orphelins du blaireau, ces deux là vont s'affronter en 1989 dans un tour inoubliable.

 

Ce sont sans nul doute les deux plus forts depuis la retraite de Hinault, mais handicapés à tour de rôle par de multiples blessures, ils n'ont jamais pu s'affronter directement. Greg Lemond, blessé lors d'un accident de chasse en 1987, revient tout juste dans le peloton alors que Laurent Fignon a accumulé les blessures depuis son doublé en 1983 et 1984 qui en avait pourtant fait le successeur désigné du Breton.

 

Mais Fignon est de retour, il vient de remporter le Giro et a signé un impressionnant doublé à Milan-San Remo.

 

En vélo, il faut partir à point...

 

Fignon et Lemond ne sont pourtant pas les seuls favoris au départ de ce Tour de France 1989, il y a Stephen Roche, vainqueur deux ans plus tôt, Pedro Delgado le tenant du titre, Charly Mottet le numéro 1 mondial, Steven Rooks, ou encore les imprévisibles Colombiens Luis Herrera et Fabio Parra.

 

Mais les prétendants disparaissent les uns après les autres, à commencer par Delgado qui se présente avec 2 minutes et 40 secondes de retard au départ du prologue. Son tour est terminé avant même d'avoir commencé !

 

Un prologue parfaitement négocié par Fignon et Lemond qui se classent deuxième ex-æquo, prenant quelques secondes d'avance sur leurs rivaux...

 

Le duo se partage les étapes

 

Très vite les deux hommes se détachent. Excellent rouleur, Greg Lemond brille dans les contre-la-montre tandis que Laurent Fignon reprend du temps à son rival dès que la route s'élève.

 

L'Américain s'empare du maillot jaune après le chrono de Rennes, le Français le récupère à Superbagnères pour sept secondes au terme d'une étape durant laquelle les deux coursiers sont allés au bout de leurs forces.

 

Lemond enfile à nouveau la précieuse tunique lors du chrono Gap Orcières-Merlette. Il n'a terminé que cinquième, mais Fignon est resté collé au bitume et n'a pu faire mieux que dixième.

 

Fignon contre-attaque

 

Mais le coureur de Cyrille Guimard n'a pas renoncé, il attaque encore dans les Alpes pour s'emparer à nouveau de la première place au général à l'Alpe d'Huez et récidive le lendemain lors d'une étape dantesque entre Bourg-d'Oisans et Villard de Lans. Lemond ne peut suivre et accuse désormais 50 secondes de retard.

 

La derière étape de montagne ne change pas la donne, même si elle revient à l'Américain, les deux hommes s'étant neutralisés.

 

Il reste un ultime chrono, sur les mythiques Champs-Élysées pour départager les deux rivaux, mais celui-ci ne fait que 24,5 kilomètres de long, une distance logiquement insuffisante pour reprendre 50 secondes à un coureur comme Fignon.

 

Pour quelques secondes de plus

 

Deux détails sont pourtant susceptibles de changer la donne. Fignon est diminué par une irritation douloureuse à l'entrejambe et Lemond utilise pour la première fois un guidon de triathlète. Une innovation qui a déjà porté ses fruits dans les précédentes étapes chronométrées.

 

S'il demeurera impossible d'estimer l'incidence de la blessure de Fignon, le vélo de l'Américain a certainement changé le cours de l'histoire. Lemond vole sur les pavés des Champs ! Il parcourt la distance à une cadence infernale. Parfaitement profilé grâce aux spécificités du guidon de triathlète, il effectue un sprint ininterrompu 24,5 kilomètres durant, refusant même d'être renseigné sur les temps pour ne pas être déconcentré...

 

Laurent Fignon a vite compris qu'il allait lui falloir repousser ses limites, mais il perd inexorablement du temps. Alors que la barre des 50 secondes s'approche, le Français,  renseigné par sa voiture, tente d'accélérer. Son adversaire en a terminé dans un temps et une moyenne record (plus de 54 Km/h), Fignon se dresse sur ses pédales et effectue un ultime sprint désespéré... mais inutile.

 

Alors qu'il franchit la ligne, 8 secondes s'affichent sur le tableau lumineux ! Le temps qui sépare les deux hommes au terme d'une course d'anthologie de plus de 3 000 kilomètres !

 

Greg Lemond a repris 58 secondes à son rival. Celui-ci, exténué, reste de longues minutes prostré à terre, tant la douleur est violente, qu'elle soit physique après un effort aussi intense ou psychologique...

 

C'est un coureur inconsolable qui se présente quelques minutes plus tard sur le podium (complété par Delgado). Perdant magnifique, Laurent Fignon est entré dans la légende pour quelques secondes. Huit exactement !

 

Le Français ne réussira plus à remporter de Tour de France, au contraire de Lemond qui défendra son titre avec bonheur l'année suivante, avant qu'une nouvelle génération de coureurs ne mette un terme au duel des deux champions. Une nouvelle génération moins généreuse, plus calculatrice et avouons-le infiniment moins spectaculaire...

 

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Commentaires : 2
  • #1

    PSG4ever (vendredi, 18 décembre 2015 18:04)

    Peut être que Lemond était un peu mieux dopé tout simplement

  • #2

    Rob (mercredi, 27 janvier 2016 16:52)

    Pour suivre le velo depuis longtemps, je peux assure que le dopage n'avait rien a voir avec aujourd'hui. On voyait les mecs souffrir, avoir des défaillances, grimacer, s'effondrer, et meme des mecs supers comme Merckx ou Fignon et Lemond avaient des jours de moin bien.
    Lemond, un super coureur, avait juste un guidon de triathlete, de quoi gagner au moins 9 secondes. Tout simplement