Jesse Owens humilie Hitler

Hitler voulait faire des Jeux olympiques de 1936 une vitrine pour le régime nazi. Tout était prêt pour impressionner le reste du monde et combler de victoires la population allemande.

 

Un décorum grandiose avec l'impressionnant stade olympique, de spectaculaires manifestations chères aux nazis affichant la renaissance allemande dans le plus pur style Nuremberg, l’œuvre de commande de Leni Riefenstahl pour mettre en scène le triomphe allemand et des athlètes surentrainés marchant au pas de l'oie...

 

Oui tout était prêt pour magnifier la puissance germanique, avec des sportifs grands, beaux, blonds, blancs... Et pourtant, un homme allait humilier Hitler et ses dignitaires. Il s'appelait Jesse Owens et était noir !

 

Des jeux bafoués !

 

Bien que des tentatives de boycott aient eu lieu, les nations se résolvent à aller à Berlin malgré la répugnance qu'inspire déjà Hitler. Le dictateur bénéficie de l'attribution des jeux en 1931 à la pacifique République de Weimar. Il compte bien en faire la vitrine de son régime et de ses nauséabondes idées.

 

Les  Jeux débutent bien pour l'Allemagne qui truste les victoires, forte d'une délégation nombreuse et performante, mais comme toujours l'attention de la planète s'intensifie lorsque les athlètes foulent la cendrée de la piste olympique.

 

L'exceptionnel Jesse Owens, déjà détenteur de multiples records du monde, va voler la vedette à Hitler et ses blonds athlètes ! 

 

Owens, le véritable Dieu du Stade


Le premier camouflet est infligé dès le 3 août, lors du 100 mètres, l'épreuve-reine est en effet le théâtre d'un doublé américain avec Owens qui devance Ralph Metcalfe.


L'Américain court à la vitesse du vent, il récidive le 5 aout en survolant le 200 mètres, laissant ses adversaires à plus de 5 mètres. Hitler écume de rage,  pour ne pas avoir à féliciter l'afro-américain ou tout autre athlète d'une race décrite comme inférieure il avait pris la précaution de préciser qu'il ne serrerait la main à aucun athlète...


Si le monde doit subir les images d'athlètes effectuant le salut nazi, ce ne sera pas sur la plus haute marche du podium.


Jesse Owens survole les Jeux et vole la vedette au dictateur

 

D'autant plus que la veille, Owens s'est adjugé la médaille d'or dans la compétition de saut en longueur au terme d'un concours magnifique et d'un duel haletant avec l'Allemand Luz Long. Formidable compétiteur, l'Américain crucifie son rival lors de ses deux dernières tentatives, sautant 7m97 et surtout un exceptionnel 8m06 à son dernier essai.

 

La presse du monde entier relate les exploits du sportif noir qui a humilié Hitler et ses surhommes. Les démocraties célèbrent d'ores et déjà l'homme aux trois médailles d'or, qui devient en trois jours la première véritable star noire du sport aux États-Unis.

 

Le calice jusqu'à la lie


Et il reste encore le relais 4x100 mètres, une épreuve attendue par le monde avec impatience. Une victoire américaine offrirait en effet quatre médailles d'or à son héros (un record qui ne sera égalé que par Carl Lewis en 1984) tout en signant la suprématie collective américaine au grand dam des nazis.


Premier relayeur, Jesse Owens mettra fin au suspense en quelques foulées ; lorsqu'il passe le relais à Metcalfe, les rivaux allemands et italiens sont déjà cinq mètres ! La sélection américaine termine avec une large avance une épreuve dans laquelle l'allié et néanmoins rival italien se paie le luxe de devancer l'équipe allemande qui doit se contenter du bronze.


Hitler a déjà quitté le stade.


Nul n'est prophète en son pays

 

Hitler se refusera jusqu'à la fin à faire le moindre commentaire public sur l'extraordinaire quadruplé de Jesse Owens. Que dire en effet pour expliquer la suprématie absolue d'un homme noir sur les meilleurs athlètes allemands ?

 

Quant à Owens, il n'accorda aucune espèce d'importance au contexte politique international. Lorsqu'on lui demanda son opinion sur le fait d'avoir été snobé par le dictateur, il répondit simplement "C'est Roosevelt qui m'a snobé. A mon retour aux États-Unis, je ne pouvais pas m'asseoir à l'avant des autobus, je devais m'asseoir à l'arrière, je ne pouvais pas vivre là où je le voulais."

 

L'Olympisme n'a peut-être que faire de la politique. Les valeurs de celui-ci se retrouvent d'avantage dans l'histoire d'amitié née l'été 1936 à Berlin entre Jesse Owens et Luz Long. Une amitié entre un noir et un Allemand qui devait durer jusqu'à la mort de Long en 1943, victime de la folie d'un homme voulant séparer l'humanité.

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