1972 : la barbarie s'invite aux Jeux Olympiques

Les Fous du Sport n'ayant pas tout à fait le cœur à vous parler de sport trois jours seulement après les terribles attentats de Paris, il nous a semblé nécessaire de dénoncer avec force et dignité le terrorisme en rappelant que, déjà, en 1972, d'innocentes victimes furent la cible de la haine et de l'aveuglement.

 

Les Jeux de Munich en septembre 1972 avaient vocation à faire oublier les tristement célèbres Jeux de Berlin organisés par les nazis en 1936. C'était aussi l'occasion pour la RFA d'alors d'initier un rapprochement avec la RDA, avec une Olympiade se voulant fraternelle et amicale, ce qui explique une absence de sécurité semblant aujourd'hui totalement anachronique.

 

Le village olympique où cohabitent dans l'insouciance les athlètes de tous les pays en est l'illustration avec comme toute sécurité un grillage et quelques vigiles désarmés...

 

Le terrorisme n'épargne pas le monde du sport

 

Il est cinq heures du matin lorsque huit membres de l'organisation palestinienne Septembre Noir, avec pour seul déguisement des survêtements, parviennent à pénétrer dans l'enceinte du village olympique, aidés bien involontairement par des athlètes canadiens de retour de goguette.

 

Dans les sacs de sport des terroristes, des fusils d'assauts, des grenades et des pistolets-mitrailleurs... Le commando parvient à atteindre le bâtiment dans lequel est hébergée la délégation israélienne composée de 21 personnes. Alors que les tueurs chargent leurs armes devant l'entrée de l'appartement, Yossef Gutfreund, Yossef Romano et Moshe Weinberg tentent courageusement de s'interposer, permettant à plusieurs de leurs camarades de s'échapper. Ils le paieront de leur vie.


Neuf otages aux mains des terroristes


A cinq heures 20 du matin, les terroristes ont investi les lieux, ils détiennent neuf personnes, les autres sportifs ayant heureusement réussi à s'enfuir.


Les négociations peuvent commencer avec les premiers éléments de police enfin arrivés sur place. Le commando réclame la libération de 236 activistes palestiniens et aussi de deux terroristes allemands emprisonnés outre-Rhin. Golda Meir et son gouvernement refusent, fidèles à leur principe de ne jamais négocier avec les terroristes. Les Allemands sont nettement moins aguerris ; ils tergiversent, proposent des sommes conséquentes aux ravisseurs, mais parviennent néanmoins à gagner du temps, évitant que la menace d'exécuter un otage toutes les heures ne soit appliquée.


Enfin vers 17 heures, un accord est trouvé. Des hélicoptères emmèneront otages et terroristes jusqu'à l'aéroport où un avion les attend.  



Quand incompétence et barbarie se rencontrent


Les autorités allemandes ont tendu un piège au commando, l'équipage de l'avion qui attend a été remplacé par policiers déguisés et des tireurs d'élite sont postés sur les toits autour du tarmac.


Mais la police bavaroise en charge de l'opération n'a pas de service d'intervention, les tireurs ne sont que cinq pour neutraliser huit hommes. Leurs fusils ne sont pas équipés de lunettes, ni de système de visée nocturne et les cinq tireurs recrutés à la va-vite ne sont pas équipés de système de transmission leur permettant de coordonner leurs tirs.


Un carnage


Les renseignements allemands sont de plus totalement erronés. Les policiers postés dans l'avion attendent cinq terroristes. En découvrant que le groupe compte huit hommes lourdement armés, ceux-ci décident de quitter l'avion... sans que les tireurs d'élite ne soient informés.


A 22H30, les deux hélicoptères atterrissent. Deux terroristes vont inspecter l'avion, quatre se placent à l'extérieur des hélicoptères en mettant en joue les otages, alors que les deux derniers restent à l'intérieur des appareils. Les éclaireurs ressortent rapidement du Boeing pressentant un piège. Les autorités allemandes donnent l'ordre d'ouvrir le feu, tuant trois terroristes seulement, alors qu'une fusillade sanglante s'engage.


 Le dénouement


Pendant plus d'une heure, d'incessants coups de feu seront échangés provoquant la mort d'un policier et permettant aux pilotes des hélicoptères de s'échapper. Attachés dans les appareils, les sportifs israéliens n'auront pas cette chance...


L'arrivée, dramatiquement tardive, de véhicules blindés permettra de mettre un terme à la fusillade. Malheureusement les terroristes pressentant l'issue proche, exécuteront les otages, au fusil-mitrailleur pour ceux enfermés dans le premier appareil, à la grenade pour ceux retenus dans le second.


Trois terroristes seront arrêtés, les autres ayant été éliminés. Quelques semaines plus tard, le 29 octobre, l'Allemagne sera contrainte de les libérer après le détournement d'un avion de la Lufthansa par des complices. Le Mossad, les service secrets israéliens, leur livra une longue et finalement funeste traque, mais cela est une autre histoire.


Alors que du monde entier les témoignages de soutien affluaient, les autorités allemandes et peut-être les instances olympiques n'avaient une fois de plus pas saisi la gravité des actes commis. Le lendemain des exécutions, des spectateurs brandissant dans un stade une banderole "17 morts, déjà oubliés ?" seront expulsés...


Le Roi Hussein de Jordanie aura pour sa part manifesté autrement plus de dignité et de compassion en qualifiant l'attentat de "crime contre l'humanité."


Les colombes traditionnellement lâchées durant les Jeux Olympiques s'étaient depuis longtemps enfuies, les ailes tachées de sang.

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