L'extraordinaire triplé de Jean-Claude Killy aux J.O. de 1968

Lorsque débutent les Jeux Olympiques de Grenoble en 1968, Jean-Claude Killy est déjà une icône du ski.


Lauréat de la coupe du monde de ski en 1967, vainqueur de deux titres de champion du monde (descente et combiné) en 1966 à Portillo, Killy fait partie de cette exceptionnelle génération de skieurs français des années 1960 et s'impose comme l'un des favoris des Jeux de 1968.


De là à imaginer un exploit seulement réalisé par le grand Tony Sailor en 1956, il y a un monde que seul peut-être l'intéressé est capable d'entrevoir.


Skieur complet, à l'aise dans toutes les disciplines du ski, le Français de 24 ans a déjà remporté toutes les classiques du circuit, il ne lui manque qu'un titre olympique pour magnifier une carrière déjà remarquable (il s'était classé 5e en géant à Innsbruck en 1964 à 20 ans).


Un départ réussi !

 

Jean-Claude killy arrive à Grenoble avec une motivation maximale, une confiance absolue et une arme secrète, un peu comme Jean Vuarnet et sa position de l’œuf huit ans plus tôt.

 

Il a en effet mis au point dans une totale confidentialité le départ à bascule. Cette technique révolutionnaire, aujourd'hui utilisée par tous, consiste à mettre ses bâtons devant le portillon de départ afin de se catapulter dès le top. Une innovation d'une efficacité redoutable qui va se révéler payante.

 

Ainsi propulsé le skieur de Val d'Isère va remporter la première épreuve de ski alpin de l'olympiade, la Descente, avec 8 centièmes d'avance sur son compatriote Guy Périllat. Une avance infime qui n'aurait vraisemblablement pas existé sans un départ optimal. La compétition commence idéalement pour Killy, mais aussi pour l'équipe de France qui signe un doublé n'étant pas sans rappeler ceux des sœurs Goitschell en 1964.

 

Un triplé historique


Après cette victoire acquise au millimètre, Jean-Claude Killy se présente au départ du Géant avec une confiance immense. Le Français va survoler l'épreuve, remportant sa deuxième meilleure d'or avec une marge conséquente sur ses rivaux.


Celui qui est en passe de devenir King Killy doit être évacué sous escorte tant la foule est hystérique, admirative d'un champion déjà hors-norme et d'un homme qui se révèle exceptionnel.


Mais le plus beau reste à venir. Après un premier succès acquis pour quelques centièmes, un deuxième ayant donné lieu à une démonstration, le troisième va générer un suspense insoutenable.


Arrivé 3e du Slalom derrière le Norvégien Håkon Mjøen et l'Autrichien Karl Schranz, Jean-Claude Killy se résout à l'échec, même si deux médailles d'or et une de bronze demeure une performance remarquable. Mais voilà que Schranz se plaint d'avoir été gêné par un officiel traversant la piste devant lui ce qui l'aurait obligé à ralentir. Les commissaires décident de revisionner les courses, tout en autorisant à titre "provisionnel" l'Autrichien à recourir.


Une étude approfondie des parcours des skieurs qui va se révéler profitable pour le Français ! C'est tout d'abord Mjøen qui est déclassé pour avoir manqué deux portes, avant que quelques minutes plus tard le jury ne s'aperçoive que Schranz a lui aussi raté deux portes lors de sa première tentative, rendant de ce fait la seconde inopérante (sans voir qui que ce soit traverser devant le coureur d'ailleurs). Killy vient d'obtenir sa troisième médaille d'or et rentre pour l'éternité dans la légende du ski.


L'homme à qui tout réussi


Jean-Claude Killy est un héros, les fans sont des milliers à tenter d'obtenir un autographe ou simplement essayer de l'apercevoir, les caméras et magazines le poursuivent, les télégrammes de félicitations arrivent par milliers, tout comme les demandes en mariage, car en plus le bougre est diablement séduisant.


Mis il en faut plus pour déconcentrer un tel champion ! Killy remporte, plus précisément survole, une ultime course, le combiné (qui couple une descente et un slalom). Malheureusement à cette époque cette discipline ne décerne pas de médaille d'or olympique, ne comptant "que" pour les Championnats du Monde.


C'est donc avec trois médailles d'or et quatre titres de champion du monde que le Français repart de Grenoble !



King Killy Superstar

 

Skieur exceptionnel, gueule d'ange, personnalité brillante et charismatique, le skieur de Val d'Isère devient en quelques jours une super star planétaire. L’Élysée lui remet la légion d'honneur, les magazines du monde entier réclament photos et interviews. Même les Américains sont fous du Français, Hollywood lui propose de tourner des films (ce qu'il fera d'ailleurs). 

 

Au sommet de sa gloire, il décide d'arrêter le ski de compétition après les Jeux Olympiques ; homme éclectique, Killy ne pouvait se contenter d'un univers uniquement tourné vers le sport de haut-niveau.

 

Avec une réussite toujours absolue, il s'essaiera au cinéma, à la course automobile (il participe notamment au Mans), deviendra un capitaine d'industrie respecté avec une marque de vêtements ou la présidence d'Amaury Sport, avant de s'investir avec bonheur dans le CIO, devenant notamment l'organisateur d'exceptionnels Jeux d'Hiver à Albertville en 1992. Il démissionne du CIO en mars 2014 en expliquant "à 70 ans, il faut que je bouge..."

 

Qu'attendre d'autre d'un homme ayant coutume de dire : "Chercheur de perfection est un métier splendide, j’en ai fait ma carrière" ?

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Commentaires : 1
  • #1

    David (mercredi, 28 octobre 2015 18:54)

    Il y a une grosse vingtaine d'années, un de mes amis avait un magasin de sport qu'il souhaitait vendre dans une station de sport d'hiver des Alpes. La seule proposition correcte qu'il avait reçue provenait de son principal concurrent, mais restait bien trop faible. Il a alors dit à son potentiel acheteur qu'il n'allait pas pouvoir faire affaire avec lui, ayant trouvé un client plus généreux. Tant pis a répondu celui-ci avant de demander qui était-ce, ma connaissance a fini par lui avouer qu'il s'agissait de Jean-Claude Killy.

    Le lendemain, le compromis était signé au prix fort avec le concurrent...

    C'est dire le respect (mais aussi la crainte) que pouvait inspirer l'homme d'affaires Killy !