Pourquoi les Blacks sont les meilleurs depuis toujours ?

La victoire des All Blacks le 17 octobre dernier en quart de finale de la coupe du monde de rugby face à la France a été une démonstration de force, de puissance, de technique, de virtuosité, de cohésion et d'intelligence. Une raclée mémorable, conclue sur le score sans appel de 62-13, qui a conforté encore plus la Nouvelle-Zélande comme l'incontestée favorite de la compétition.


Une habitude pour une nation qui domine sans partage le rugby depuis plus d'un siècle ! Une situation unique en son genre dans l'histoire du sport, surtout lorsqu'il s'agit d'une discipline aussi exigeante que le rugby et lorsque l'on se remémore que ce petit pays du bout du monde compte à peine plus de quatre millions d'habitants.


Comment les Blacks sont devenus la nation référence du rugby mondial et surtout comment ont-ils fait pour le rester un siècle durant ?


Les meilleurs dès l'origine !

 

Dès leur première apparition sur la scène internationale, les Néo-zélandais ont surclassé leurs rivaux, que ce soit l'Australie en 1903 ou les nations européennes lors d'une tournée triomphale en 1905-1906. Une série de test-matches qui a vu les Blacks écraser leurs rivaux (notamment la France 38-8) et gagner leur surnom après qu'un journaliste ne se fut exclamé "they are all backs" (ce sont tous des arrières), expression transformée par la grâce d'une erreur de typographie en "they are all blacks" ! Il semblerait bien que ce soit en réalité une légende, mais qu'importe, alors que la France de Saint-André s'est obstinée dans un rugby où le coup de casque est la référence, à l'aube du siècle dernier, les Originals avaient déjà fait du mouvement l'arme absolue.

 

Une suprématie innée, illustrée par la première tournée d'une équipe de Nouvelle-Zélande en Nouvelle Galles du Sud (Australie) en 1893 (un an seulement après la création de la fédération néo-zélandaise) conclue par huit victoires en autant de rencontres.

 

Depuis la domination des hommes à la fougère argentée ne s'est jamais démentie, leur ratio de victoires contre toutes les grandes nations du rugby est très largement positif, certaines comme l'Irlande, l'Argentine ou encore l’Écosse ne sont d'ailleurs jamais parvenues à les battre. Voir les Blacks remporter la première coupe du monde en 1987 fut une logique absolue...

 

Et à la fin ce sont les Blacks qui gagnent...


Bien sûr il arrive que les guerriers du Pacifique soient vaincus, parfois par la France comme lors de cette extraordinaire demie-finale en 1999 lorsque le french flair n'appartenait pas uniquement aux livres d'histoire ; il est malgré tout surprenant que les Blacks n'aient remporté - pour l'instant - que deux coupes du monde.


Mais chaque défaite des épouvantails constitue immanquablement une surprise quelque soit l'adversaire. Car les Néo-Zélandais ont toujours quelque chose de plus que les autres, ce n'est pas seulement la nation la plus forte, mais aussi celle qui joue le mieux, celle qui est la plus spectaculaire, la plus innovatrice ou tout simplement la plus avant-gardiste et ça depuis plus de cent ans.


Une situation sans équivalent, si ce n'est éventuellement en basket avec les États-Unis, pays de 300 millions d'habitants. Car rappelons-le la Nouvelle-Zélande compte d'avantage de moutons que d'habitants (4 470 000) !


Pourquoi une telle supériorité ?


La taille et l'isolement du pays constituent un premier élément de réponse. Pour la Nouvelle-Zélande son équipe de rugby est une formidable vitrine, qui assure notoriété, reconnaissance et admiration à l'ensemble de la nation. Pas étonnant dès lors, que depuis l'émergence des Blacks toutes les composantes de la société (état, entreprises, universités ou particuliers) fassent leur possible, notamment financièrement, pour que ceux-ci soient depuis toujours dans les meilleures dispositions pour demeurer au sommet.


L'absence d'apartheid, ciment d'une nation et d'une équipe. Alors que d'autres grandes nations de l'hémisphère sud, Afrique du Sud et Australie en tête, pratiquaient un apartheid d'état, la Nouvelle-Zélande a intégré la culture indigène dans sa société et dans son équipe. Le Haka en est le symbole absolu, ce chant de guerre maori transporte autant les joueurs originaires du pacifique que ceux venus d'Europe 150 ans plus tôt. Quant on voit le talent insensé de phénomènes comme Lomu, Umaga, Nonu ou du prometteur Saeva, on constate qu'en rugby aussi le métissage produit les plus beaux bébés...


Le sport d'une nation. Dire que le rugby est le sport national est un pléonasme ! Même si la Nouvelle-Zélande compte d'excellents marins et parfois de remarquables athlètes dans d'autres disciplines, le rugby est plus qu'un sport : une composante essentielle de la société. Le pays compte plus de 160 000 licenciés et tout autant de pratiquants dans les établissements scolaires. On estime que près de 40% de la population masculine de l'archipel a joué de manière régulière au rugby au cours de sa jeunesse. A titre de comparaison c'est un peu comme si l'hexagone comptait 3 millions de licenciés et près de 12 millions d'anciens joueurs de bon niveau !


Plus qu'un sport une philosophie.


Il y a déjà de longues années que l'île au long nuage blanc a mis en place un processus d'apprentissage unique chez ses jeunes pousses : les catégories de poids. Les jeunes se rencontrent par tranche d'âge et à l'intérieur de celles-ci par catégorie de poids, ce qui évite que les grands et gros soient avantagés et développe la technique, l'intelligence tactique et le jeu de passes.


Dans les clubs et écoles de rugby du pays, les éducateurs considèrent qu'un joueur doit maîtriser tous les aspects techniques et tactiques du jeu avant de pouvoir intégrer l'équipe, quelques soient ses aptitudes physiques. Plus près de chez nous, un grand costaud serait immédiatement propulsé en équipe première avec pour consigne de foncer tête la première, avant même d'avoir appris à faire une chistera... Une recherche de la perfection technique qui explique la virtuosité de tous les joueurs néo-zélandais, qu'ils soient avant ou trois-quarts. Il est plus simple de faire faire de la musculation à un artiste que de transformer un bourrin en roi de la passe vrillée...


Un symbole national. Un projet de loi visant à apposer la fougère argentée sur le drapeau national est à l'étude, ce qui constituerait la reconnaissance absolue de l'importance des Blacks dans la culture néo-zélandaise. Une reconnaissance de la nation pour son équipe qui accompagne sa vie durant tout joueur ayant un jour porté le maillot mythique, mais explique aussi l'exceptionnelle motivation des hommes en noir.


Jouer pour les All Blacks est plus qu'un honneur, c'est un devoir, un acte mystique, une profession de foi ! Ce qui explique pourquoi lorsqu'un colosse du pacifique enfile la tunique noire il refuse l'éventualité de la défaite, surtout qu'il y a maintenant plus de 120 ans que celle-ci ne s'accorde que très peu avec la couleur.


Si les Blacks jouent en noir, c'est parce qu'ils portent le deuil de leurs adversaires.

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Ludo (mercredi, 21 octobre 2015 20:58)

    Ils portent le deuil de leurs adversaires. J'adore
    Je les ai vu jouer une fois y a une dizaine d'années c'était grandiose, à l'échauffement ils faisaient des gestes insensés et des trucs completement originaux.
    On avait pris une drole de rouste encore une fois