Le récital en dos majeur de Dick Fosbury

Le succès dans le sport est souvent synonyme de larmes, de sueur, de talent et d'abnégation, mais parfois, il suffit d'un peu d'ingéniosité...

 

Rien ne prédisposait le jeune Dick Fosbury, enfant de la classe moyenne né en 1947, à devenir une légende de l'athlétisme. Certes, il aime bien le sport mais comme un loisir, lui préférant les mathématiques.

 

Physiquement c'est un enfant, puis un adolescent dégingandé. Il essaie le base-ball mais n'y brille pas, sa grande taille aidant il joue un peu au basket, avant de s'essayer au saut en hauteur, sans grand succès.

 

Le Rouleau ventral c'est compliqué...

 

Il faut dire qu'au début des années 1960, on utilise la technique du rouleau ventral, une amélioration du classique ciseau qui consiste à enrouler son corps autour de la barre.

 

Le jeune Fosbury a du mal avec cette technique, notamment pour élever son bassin à une hauteur suffisante. A quinze ans, il peine à dépasser 1m80.

 

Mais qu'importe, on peut ne pas être un monstre de puissance et de vélocité et compenser par son intelligence !

 

Sur le dos c'est plus facile !

 

Fosbury met alors au point une technique novatrice : franchir la barre sur le dos ! Une innovation permise par la généralisation des matelas de réception, autrement plus sécurisants que le sable utilisé jusqu'alors.

 

Travaillant seul, il progresse rapidement pour atteindre à seize ans la barre symbolique des 2 mètres . Ses entraineurs restent toutefois sceptiques devant ce procédé, doutant de son efficacité et de sa légalité en compétition.

 

Il gagne une épreuve junior l'année suivante en sautant 2m01, juste avant son entrée à l'université. Un résultat suffisant pour intégrer l'équipe d'athlétisme, mais pas pour convaincre son nouvel entraineur... qui tente de le réorienter vers ce bon vieux rouleau ventral. Du coup le jeune homme redevient un sauteur quelconque qui peine à vaincre la gravité.

 

On tente alors de le réorienter vers les haies ou le triple saut, mais sans grand succès, heureusement Dick Fosbury continue de travailler sa technique particulière en solitaire.

 

Et Fosbury s'envola

 

Son opiniâtreté paie, son entraineur accepte de le laisser sauter avec sa drôle de méthode et décide de l'aider. Musculation, film et séance vidéos, sont au programme et ça paie, Fosbury reprend sa progression en franchissant bientôt 2m10.

 

En janvier de l'année suivante - 1968 - il bondit à 2m13, puis quelques semaines plus tard s'envole à 2m19 lors des championnats universitaires qu'il remporte ! Le grand échalas (1m93) devient dès lors potentiellement candidat aux J.O. de Mexico programmés en octobre !

 

Une sélection obtenue avec un saut à 2m21, meilleure performance de l'année, lors des premières sélections américaines, même si la fédération décide d'organiser une nouvelle épreuve que réussit encore Fosbury même s'il se classe derrière son rival Ed Caruthers.

 

Le Fosbury flop devient la référence

 

Quelques jours après l'exploit de Bob Beamon en longueur, les spectateurs du Stade Olympique ont l'occasion de s'enthousiasmer pour un autre sauteur. Le public s'enflamme pour sa technique si originale, prodiguant un exceptionnel soutien à l'Américain.

 

Concentré et motivé, Fosbury réussit le concours parfait, effaçant toutes les barres dès son premier essai, 2m03, 2m09, 2m14, 2m18, 2m20 et bientôt 2m22. Ils ne sont que deux à avoir franchi une telle hauteur, Caruthers et Fosbury. Le titre olympique va se jouer à 2m24, une hauteur jamais passée lors des Olympiades. Caruthers échoue par trois fois, avant que Fosbury ne s'élance pour son ultime tentative...


La barre est effacée avec une marge importante dans un tonnerre d'applaudissements ! Même si une réclamation pousse les juges à étudier la validité du saut, que la postérité va nommer le fosbury, le résultat est finalement validé. Dick Fosbury est champion olympique !

 

Fosbury entre dans la postérité

 

Après une année 1969 marquée par de nouveaux succès, l'athlète perd une grande partie de sa motivation. Il a toujours considéré le sport - même à si haute altitude - comme un loisir, préférant privilégier ses études.

 

Dans le même temps, la notoriété lui pèse et l'instrumentalisation de son succès l’écœure, lui qui s'oppose fermement à l'intervention de son pays au Vietnam. 

 

Échouant à se qualifier pour les JO de Munich en 1972, il met un terme à sa carrière pour devenir ingénieur. Sa popularité, accompagnée d'un absolu respect de ses pairs, lui permet de devenir président de l'Association Mondiale des Olympiens en 2007.

 

La technique popularisée par Dick Fosbury va très rapidement supplanter le rouleau ventral. Alors que le record du monde plafonnait à 2m28, des améliorations répétées le porteront à la hauteur stratosphérique de 2m45 !

 

Popularisée et non inventée, puisqu'il semble bien que l'Américain Bruce Quande fut le premier à utiliser la technique en 1963. Mais grâce à sa persévérance, c'est finalement Dick Fosbury qui a laissé son nom au rouleau dorsal.

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