When We Were Kings, quand Ali mystifie Foreman

The Rumble in the Jungle, le nom de l'extraordinaire combat entre Mohamed Ali et George Foreman, ne fut rendu possible que grâce à l'ego démesuré de trois hommes : Mohamed Ali évidemment, Don King et Mobutu !

 

Si les motivations du dictateur africain (la mégalomanie), du promoteur sulfureux (l'argent et l'ambition) n'ont que peu à voir avec les valeurs universelles du sport, celles d'Ali sont aussi variées qu'intéressantes. Volonté de récupérer son titre bien évidemment, de prouver qu'il était le plus grand, de lutter contre le déclin, de promouvoir la cause noire et africaine, sont certainement parmi les principales ayant animé cet homme aussi complexe que génial.

 

Entre la force brute de Foreman, qui venait d'atomiser Frazier et Norton - les deux seuls vainqueurs de son rival - et l'immense talent d'Ali, le danseur à la technique exceptionnelle qui semble voler autour de son adversaire avant soudainement de fondre sur lui, c'est une extraordinaire opposition de style qui allait se dérouler sous les yeux de 100 000 Zaïrois tous acquis à la cause du second et de millions de téléspectateurs...


Le décor est planté, l'espace de quelques semaines et plus encore de quinze rounds toute l'Afrique et chose rare toute la planète vont avoir les yeux rivés sur Kinshasa !


Plus qu'un combat de boxe

 

Mobutu et King veulent donner à l'affrontement un retentissement planétaire, cinq millions de dollars sont offerts au deux boxeurs financés par le dictateur, un gigantesque concert est organisé dans l'enceinte du Stade du 20 mai avec James Brown, BB King ou encore Manu Di Bongo, des journalistes venus de toute la planète sont invités, alors que de nombreuses personnalités d'origine africaine se déplacent pour l'occasion sur les terres ancestrales.

 

L'Afrique qui sort lentement d'un siècle de colonisation tient sa revanche en organisant l'événement sportif le plus médiatique de l'année et de l'histoire de la boxe alors au sommet de son art !

 


Ali remporte la bataille médiatique !

 

Un contexte géopolitique immédiatement compris par Ali, qui réussit une magnifique opération de séduction. Le boxeur débarque à Kinshasa auréolé de ses engagements politiques et conquiert la population avec son inimitable sens de la communication. Déclarations fracassantes, entrainements ouverts à la population, footing au milieu des enfants, description de son adversaire comme celle d'un noir acquis à l'établissement blanc, en quelques jours Ali bénéficie d'un formidable soutien populaire.

 

Foreman est lui simplement venu pour affronter un boxeur vieillissant, il multiplie les gestes mal interprétés par les Zaïrois : il débarque avec ses bergers allemands - qui évoquent pour la population l'oppresseur colonial, s'entraine à huis-clos emmuré dans sa concentration sans chercher le contact avec ses frères noirs.

 

Il faut dire qu'Ali est aussi survolté qu'inspiré, ses (nombreuses) conférences de presse font le bonheur des journalistes, comme en témoigne cette tirade entrée dans la légende : "J'ai fait des trucs nouveaux pour ce combat. Je me suis battu avec un alligator, c'est vrai, je me suis battu avec un alligator ! J'ai lutté avec une baleine. J'ai mis des menottes à la foudre, foutu le tonnerre en prison. La semaine dernière encore, j'ai assassiné un rocher, blessé une pierre, envoyé une brique à l'hosto. Je suis tellement méchant que je rends la médecine malade. Je suis si rapide que je peux traverser un ouragan sans me mouiller"

 

Foreman lui se contente de parler de boxe.

 

Un combat à la hauteur de la légende


Après des semaines d'attente - le match ayant été reporté suite à une blessure à la main de Foreman - the rumble peut enfin débuter devant 100 000 spectateurs massés dans l'enceinte du stade. Ce sont des clameurs gigantesques qui descendent des tribunes rythmées par d'incessants "Ali boma ye" (Ali, tue-le).


Contrairement aux prédictions des spécialistes qui anticipaient une danse du challenger autour de Foreman, espérant que sa vitesse et sa virtuosité lui permettraient d'éviter les coups de boutoir du colosse, Ali accepte le combat. Il se laisse même acculer dès les premiers instants dans les cordes...


Un déluge de coups pleuvent sur lui, qu'il tente de parer ou d'esquiver tant bien que mal. Les rounds s'enchaînent avec un scénario immuable, Ali dans les cordes encaisse encore et encore avant soudainement de réagir par un enchainement d'une précision diabolique.


Et Foreman s'effondra !


A partir du sixième round, le combat s'est équilibré. Bien sur, Ali est toujours acculé dans les cordes, mais les coups de Foreman sont moins violents, alors que les contre-attaques de son rival font mouche de plus en plus souvent.


Pourtant la huitième reprise débute sur un scénario désormais classique, Foreman, visiblement épuisé, assène pourtant des coups surpuissants qu'Ali encaisse. Et soudain, la foudre jaillit des poings d'Ali !


Un enchainement de crochets touche violemment Foreman au visage, qui titube avant qu'une ultime droite n'envoie le géant au sol. Cent mille hommes hurlent de joie alors que Foreman tente maladroitement de se relever. Mohamed Ali sait qu'il a gagné, il tourne pourtant autour de sa victime comme un lion jusqu'au fatidique "Dix" qui sonne la fin du combat. 


Foreman s'est relevé, quelques secondes trop tard, le géant vaincu retourne dans son coin avec dignité, tandis que le nouveau champion du monde exulte avec son staff et le public en transe.


Dix ans après son premier titre acquis face à Sonny Liston, Mohamed Ali redevient champion du monde au terme d'un combat de légende. Une victoire obtenue grâce à une stratégie audacieuse visant à épuiser son adversaire à l'endurance incertaine.


Ali détiendra le titre de champion du monde jusqu'en 1979 avant de prendre une première retraite, après quinze années au sommet seulement interrompues par la perte de sa ceinture pour son refus d'effectuer son service militaire au Vietnam.


George Foreman redeviendra champion du monde en 1994... à l'âge de 45 ans !


Un magnifique film a été tiré de ce légendaire combat, When We Were Kings, visible ici. Vous pouvez aussi revivre l'extraordinaire combat entre Marvin Hagler et Thomas Hearns sur Les Fous du Sport.





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