Arnaud de Rosnay, l'aristocrate des mers

Certains élus ont tout, la beauté, l'élégance, le génie, le talent, les plus belles femmes... Arnaud de Rosnay était de ceux-là, il aurait pu s'en contenter, mais dans ses veines coulait la quête de l'absolu.

 

De Rosnay n'est pas seulement un sportif exceptionnel, même si ses incroyables performances en planche en voile, mais aussi en skateboard, en parafoil ou encore en speed sail, suffisent à elles seules à lui valoir une place de choix dans l'iconographie des Fous du Sport.

 

Car l'homme a eu plusieurs vies, toutes aussi riches les unes que les autres.

 

Né juste après la guerre, en 1946, au sein d'une famille d'artistes aisés et non conformistes, le jeune Baron est une âme bien née dont la valeur n'a que faire du nombre d'années. A 18 ans, il rencontre Maria Berenson, la célèbre mannequin, leur histoire d'amour propulse d'ores et déjà le Dandy au sein de la jet set. Certains auraient pu se satisfaire d'une existence dorée, mais pas Arnaud de Rosnay.

 

 

Les multiples vies d'un jeune homme pressé

 

A 22 ans, il roule dans un incroyable Rolls Royce, équipée par ses soins des dernières innovations technologiques : autoradio à tête chercheuse électronique, téléphone, antenne électronique, lecteur de cassettes huit pistes, six enceintes, détecteur de verglas, fourrures posées sur les sièges. Un réfrigérateur maintient au frais le champagne et le caviar destinés à ses relations professionnelles... ou ses multiples conquêtes.

 

Homme d'affaires brillant, communiquant visionnaire, il s'occupe de promouvoir avec brio un hôtel de grand luxe au Mexique ou encore l'île Maurice sur laquelle est invité le Tout Paris et notamment Brigitte Bardot avec qui il vivra une brève mais passionnée histoire d'amour.

 

Car le jeune De Rosnay est déjà une personnalité, grâce son charisme, à sa relation avec Maria Berenson mais aussi grâce à son talent de photographe. Un reportage exceptionnel sur les mines de diamant en Afrique du Sud a contribué à sa notoriété naissante. 


 

Inventer encore et toujours sa propre vie

 

Parallèlement le virus des sports de glisse l'a contaminé ; avec son frère Joël il introduit le skate board en France, dont il deviendra Champion de France en 1966.  Quelques années plus tard, il inventera le Speed Sail (une planche à voile dotée de roulettes avec laquelle il traversera une partie du Sahara, le Parafoil véritable ancêtre du Kite Surf, sans oublier le Pétropolis un jeu de société inspiré du Monopoly...

 

Mais c'est la planche à voile, qu'il découvre au milieu des années 70 qui devient la passion d'une vie. En quelques années, le dandy s'est transformé en windsurfer de talent, capable de donner du fil à retordre au légendaire Robby Naish

 

 

Le Windsurf, la passion d'une vie

 

Même si son génie de la promotion va permettre à la planche à voile d'attirer sponsors et média, le cadre de la compétition se révèle très vite étriqué pour De Rosnay. Il a besoin de nouveaux challenges, d'espaces vierges et de ce je-ne-sais-quoi qui pousse certains hommes à découvrir des horizons nouveaux...

 

Relier les hommes par exemple ! Comme cette première traversée entre l'Alaska et la Sibérie, une traversée symbolique que ce Détroit de Behring glacial en pleine guerre froide. Douze heures sur sa planche dans des conditions apocalyptiques pour effectuer les 125 kilomètres avec la nuit glacée et meurtrière qui attend le moindre retard.

 

L'eau dépasse à peine 1 degré, les vents sont terribles, les courants et les vagues déchaînés, pour couronner le tout l'aventurier navigue sans l'autorisation des deux super-puissances... Escorté par une vedette de l'armée rouge, il atteint enfin son but !

 

 

Les traversées, pour aller plus loin

 

Arnaud a trouvé une nouvelle raison de vivre, il va enchaîner les traversées, toujours plus dangereuses, toujours plus spectaculaires, souvent interdites.

 

Dès l'année suivante, il entreprend une totale folie : relier les Marquises à Tahiti par l'archipel des Tuamotu, soit au minimum 900 kilomètres, en solitaire et sans assistance. Sa planche est une merveille d'innovation : flotteurs pour les périodes de repos, parafoil pour poursuivre la navigation pendant celles-ci, etc. Il s'est préparé avec Bernard Moitessier pour la navigation, à une époque où l'on se dirigeait encore au sextant...

 

La traversée est prévue pour durer sept jours, mais au bout d'une dizaine de jours le monde redoute la disparition du marin, perdu en mer. En réalité, il poursuit sa route, sans eau douce, les mains brulées par les frottements, les yeux par le soleil, la planche endommagée par plusieurs attaques de requins...

 

Enfin après douze jours à côtoyer la mort, Arnaud de Rosnay accoste sur les plages des Tuamotu.

 

Cet exploit retentissant va avoir d'immenses répercussions, entre fans conquis et admiratifs et sceptiques jaloux. Parmi ceux-ci, le présentateur Roger Gicquel qui ne se couvrira pas de gloire en jouant les grands inquisiteurs pour remettre en cause sans objectivité journalistique la réalité de la traversée lors de la grand-messe cathodique du 20h à laquelle il a invité l'aventurier. 

 

Malgré le soutien de grands navigateurs, Bombard ou Moitessier notamment, et la reconnaissance progressive de son exploit, Arnaud de Rosnay restera terriblement marqué par cette suspicion.

 

Naviguer encore et toujours

 

Éprouvé physiquement et moralement, il réussit quelques mois plus tard la traversée de la Manche avec un record de vitesse, une manière de faire taire ses détracteurs, avant de marquer une pause.

 

Il a en effet rencontré Jenna Severson, l'amour de sa vie qu'il épouse et avec qui il a une fille, Alizé, en 1984. Mais la plénitude de l'amour ne suffit à lui offrir l'ataraxie, la mer est une rivale aussi patiente qu'envoûtante.

 

C'est accompagné des pleurs de Jenna qu'il tente son nouveau pari en janvier 1984 : relier la Floride à Cuba ! Une traversée effectuée dans une mer démontée ; une véritable performance sportive alors que son bateau accompagnateur a eu le plus grand mal à le suivre dans les vagues menaçantes.

 

Quelques mois plus tard, nouveau challenge : franchir le détroit de la Pérouse entre le Japon et l'île de Sakhaline en pleine tension internationale après que les Soviétiques ont abattu un avion de ligne coréen. Si la distance est courte - 160 kilomètres - le challenge est risqué. Les courants sont d'une violence extrême, la mer glacée et les autorités totalement opposées à la traversée. Le brouillard s'en mêle, il faut naviguer au jugé malgré un courant terrible, pourtant de Rosnay réussit, une nouvelle fois, l'exploit !

 

 

Et la mer prit l'homme...

 

Plus personne ne remet en doute les performances du navigateur. Auréolé de gloire, transi d'amour, papa comblé, mais usé à 38 ans par ses défis, il va pourtant tenter un ultime challenge : la traversée du détroit de Formose.

 

Là encore, les risques sont autant dus au contexte géopolitique qu'aux conditions de navigation, avec l'interdiction de la traversée et donc d'un bateau suiveur dans cette mer extrêmement (et mal) fréquentée. De Rosnay est fatigué, il doute, il a des problèmes avec son matériel, il parle ouvertement de raccrocher, mais renoncer n'est pas dans ses gênes ! 

 

Le 24 novembre 1984, il s'embarque pour une traversée express de 170 kilomètres, une course de vitesse, avec pour seules vivres deux canettes de jus d'orange. Il a oublié d'emmener avec lui l'indispensable leash (le cordon de survie qui le lie à sa planche), mais s'embarque néanmoins alors que des vents de 35 noeuds et des vagues de 4 mètres l'attendent.

 

Prévenues de sa tentative les autorités taïwanaises ont posté deux frégates à l'entrée des eaux territoriales pour l'accueillir. Celles-ci attendront en vain, Arnaud de Rosnay ne réapparaît pas, il a disparu en mer.

 

Les recherches menées par les marines chinoises, taïwanaises, puis françaises et américaines, ne donneront rien, aucune trace du navigateur ou de son matériel ne sera jamais retrouvée.

 

Quelques jours avant son ultime tentative, Arnaud de Rosnay a glissé : "L’aventure n’est pas une affaire de tièdes. Elle exige tout, c’est une dévoreuse."


Bibliographie : La Longue Route, Bernard Moitessier, Éditions Arthaud

                         Gentleman de l'extrême : Arnaud de Rosnay, Olivier Bonnefon, Éditions Atlantica

 

 

Écrire commentaire

Commentaires : 3
  • #1

    Simon (vendredi, 26 août 2016 22:35)

    Le parcours sportif du personnage (notamment ses exploits) est très intéressant !

  • #2

    David (mercredi, 21 septembre 2016 17:52)

    Tout est passionnant dans le parcours de ce personnage hors-norme. Vivre sa vie à fond sans aucune limite au risque de l'écourter à chaque instant.
    Chez certains, cela déclenche jalousie et suspicions, chez d'autres, dont je suis, admiration !

  • #3

    Belle de jour (vendredi, 24 février 2017 16:47)

    Quel homme et quel destin exceptionnel. Quel dommage aussi qu'il soit disparu si tot pour tous ses admirateurs et surtout pour sa femme et sa fille