Johnny Weissmuller, un destin exceptionnel

Tout le monde connait Johnny Weissmuller, le nageur champion olympique devenu l'inimitable Tarzan en noir et blanc du mardi soir, mais derrière ce rôle de gentil colosse offert à la postérité se cache un destin exceptionnel !

 

La natation comme thérapie.

 

Rien ne prédisposait le jeune Janos Weissmüller à devenir une légende de la natation. Né en 1904 dans les faubourgs de Timisoara, au sein de la défunte Autriche-Hongrie, le futur Tarzan a sept mois quand sa famille émigre aux États-Unis. En 1913, il contracte la polio et se met à la natation pour suivre les recommandations avisées de son médecin afin de favoriser la guérison. Non seulement, il guérit totalement de cette terrible maladie, mais il se révèle rapidement extrêmement doué pour ce sport qu'il pratique avec assiduité et réussite, collectionnant les succès dans les compétitions disputées au cours de sa jeunesse.

 

 Le succès foudroyant des JO de Paris

 

En 1924, se profilent les Jeux Olympiques de Paris pour lesquels le jeune homme de 20 ans est fort logiquement sélectionné après avoir réussi l'exploit de devenir deux ans plus tôt le premier homme à nager le 100 mètres en moins d'une minute (58s6). Mais l'Autriche-Hongrie ayant disparu de la carte, il est désormais apatride et ne peut de fait prendre part à la compétition. Plutôt que se résigner ou pousser le cri qui contribuera à sa célébrité, Weissmuller usurpe l'identité de son jeune frère Peter - né, lui, aux États-Unis. Papiers falsifiés en poche, l'intrépide nageur débarque à Paris.

 

Son audace va être récompensée, Johnny Weissmuller réussit exploit après exploit, devenant la star incontestée de l'Olympiade parisienne. Sa victoire dans le 100 mètres nage libre défraie la chronique : non seulement il parvient à dominer Duke Kahanamoku, double vainqueur de l'épreuve, mais il devient de surcroit le premier homme à nager sous la minute lors de la compétition reine, un exploit désormais banal pour lui.

 

Dans la foulée, il remporte le 400 mètres nage libre, le relais 4X200 mètres avec la sélection américaine et une médaille de bronze en water-polo, discipline dans laquelle il excelle. Le tout en trois jours et sans mettre la tête sous l'eau...

 

Car Johnny Weissmuller nage le crawl en gardant la tête hors de l'eau ! Si cette technique s'avérera parfaitement adaptée à sa future carrière d'acteur, elle était pour le moins peu efficace en compétition, ce qui rend ses performances d'autant plus exceptionnelles !

 

Weissmuller, star absolue et invaincue de la natation.

 

Auréolé de ses médailles, il obtient la nationalité américaine et poursuit une carrière exceptionnelle, enchaînant victoire après victoire.

 

Cinq ans durant, Weismuller éclabousse de sa classe tous les bassins des États-Unis, remportant toutes les compétitions importantes auxquelles il participe, signant de multiples records du monde (100 mètres bien sûr, 100 Yards, 200 mètres), certains devant durer des années durant. Il contribue à faire de la natation une discipline-reine, elle qui jusqu'alors était considérée comme une activité exotique à une époque où une grande partie de la population ne savait pas nager...

 

En 1928, les Jeux Olympiques d'Amsterdam signent la consécration du champion qui décroche deux nouvelles médailles d'or, dans le 100 mètres et dans le relais 4X200 durant lequel l'équipe américaine pulvérise le record du monde.

 

 

Pas encore Tarzan, mais déjà superstar !

 

Dès 1929, Weissmuller multiplie les contrats publicitaires (avec des marques de maillots de bain ou de sous-vêtements évidemment), les galas, les spectacles aquatiques, les émissions de radios et déjà les conquêtes. Alors que l'Amérique s'enfonce dans la grande dépression, il devient un homme riche et s'affiche aux bras de starlettes en Rolls ou en Cadillac (en Chevrolet sur la photo).

 

Il fait une première apparition dans le film Glorifying the American Girl... en Adonis, vêtu d'une simple feuille de vigne !

 

En 1932, avec de si parfaites références, il est choisi pour la nouvelle superproduction hollywoodienne : Tarzan !

Le seul et unique Tarzan

 

Alors que nombreux ont été les acteurs à incarner le célèbre héros de Rice Burroughs (avant ou après lui), Johnny Weissmuller demeure dans l'inconscient collectif et la culture populaire le seul Tarzan qui vaille.

 

Douze films durant, Weissmuller poussera son inimitable cri, sorte de barrissement tyrolien généralement hurlé en se jetant d'une liane à une autre sous les regards enamourés de Cheetah et Maureen O'Sullivan.

 

Les scénaristes ne ménagent pas leurs efforts pour faire de Tarzan l'idole des foules et de la jungle, multipliant généreusement les scènes aquatiques durant lesquelles le héros semble nager plus vite que Weissmuller lui-même ou terrasse des crocodiles géants entre la poire et le fromage. Le travail des dialoguistes est plus modeste : "moi Tarzan, toi Jane." Mais qu'importe la série est un succès considérable...

 

Moi Tarzan, vous Jane !

 

Si à l'écran, Tarzan file le parfait amour avec Maureen O'Sullivan (en réalité les deux acteurs se détestent, le héros aurait notamment affirmé que la jeune femme avait une haleine pire que celle de Cheetah), à la ville Weissmuller accumule les conquêtes, mais aussi les mariages (cinq) !

 

Mais le code civil américain n'étant pas celui de la jungle, ses quatre divorces lui coûtent une fortune. En 1948, ruiné, atteint par la limite d'âge et un léger embonpoint, l'acteur laisse le rôle de Tarzan mais parvient à garder la tête hors de l'eau en signant pour une nouvelle série : Jungle Jim. Six ans durant Weissmuller incarne une fois de plus un roi de la jungle avant de tirer sa révérence cinématographique.

 

Retiré des écrans, il reste célèbre, d'avantage pour son personnage de Tarzan que pour ses exploits sportifs. En 1958, alors qu'il joue au golf sur l'île de Cuba avec quelques amis, il voit des révolutionnaires castristes faire irruption sur le green. Weissmuller pousse alors son cri de Tarzan. Les guérilleros  le reconnaissant instantanément ; il sera particulièrement bien traité et relâché quelques jours plus tard après avoir sympathisé avec tout le commando ! 

 

Weismuller n'a bientôt plus un sou dans la poche de son pagne, il fait quelques one-man-shows, devient représentant pour une marque de piscine (enfin un commercial sachant de quoi il parle !), mais s'enfonce après quelques mornes années dans une profonde dépression. Il doit être interné ; comment vivre un tel quotidien après avoir vécu une existence aussi intense ?

 

Il se murmure que jusqu'à sa mort en 1984, Johnny Weissmuller aurait poussé son célèbre cri dans les couloirs de l'asile psychiatrique qui l'hébergeait.

 

Tarzan pour l'éternité !

 

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Commentaires : 4
  • #1

    Jack (mercredi, 28 octobre 2015 18:56)

    Excellent ! je regarderai plus un tarzan de la même façon

  • #2

    Alain (lundi, 21 novembre 2016 12:01)

    Actuellement le vainqueur du 100 nage libre nage en moins de 48 sec, ce qui veut dire que Weissmuller serait à peu pres à 24 mètres derrière. Comment peut-on expliquer une telle progression?

  • #3

    Florence Manaudou (mercredi, 23 novembre 2016 10:09)

    surement parce que les combinaisons actuelles sont plus glissantes qu'un pagne en peau de bête! Ou plus serieusement parce que dans tous les sports on assiste à une progression reguliere des performences...

  • #4

    Admin (mercredi, 23 novembre 2016 15:18)

    Plusieurs raisons à cette progression significative des performances existent (en plus de la disparition des pagnes en peau de bête) :

    . Contrairement à la course à pied qui est maitrisée par tout individu instinctivement, la natation nécessite une technique spécifique qui a évolué au fil des années. Le crawl nagé par Johnny Weissmuller n'a rien à voir avec celui de Florent Manaudou ou Michael Phelps (en témoigne sa technique avec la tête hors de l'eau).
    . Dans le même ordre d'idées, la différence entre un sprinter professionnel (courant le 100 mètres en dix secondes et un individu raisonnablement sportif qui le fera entre 12 et 13s, soit un différentiel de 20 à 30%) et entre un nageur professionnel (nageant le 100 en 48s) et un nageur du dimanche (entre 1minutes 20 et 2 minutes, soit un ordre de grandeur avoisinant le double) est significative. Il est donc aisé de comprendre que toute progression génère des gains chronométriques plus substantiels en natation
    . De la même manière, l'entrainement a évolué de façon révolutionnaire, intégrant d'année en année de multiples avancées (musculation, programme spécifique, récupération, fractionné, coulée, plongeon, etc.)
    . La multiplication des piscines et du nombre de gens sachant (bien) nager. A l'époque de Weissmuller les piscines étaient rares et les personnes sachant nager tout autant, aujourd'hui les piscines publiques ou privées sont légions et des centaines de millions de gens nagent, le panel est donc très sensiblement plus important
    . L'augmentation de la taille moyenne des individus, un nageur de 1m90 nagera plus rapidement qu'un de 1m60, en 90 ans la taille moyenne a augmenté d'une quinzaine de cms, les performances aussi
    . Les bassins ! Aujourd'hui les bassins sont plus rapides, profondeur constante, procédé visant à réduire le renvoi des vagues, machinerie veillant à rendre la surface de l'eau parfaitement plane, ajout de sodium visant à améliorer la portance, etc.
    . Les facteurs améliorant la glisse. De nos jours, les nageurs sont intégralement rasés, ils portent tous des bonnets et des maillots améliorant leur hydrodynamisme.

    En conclusion les raisons sont multiples, la principale étant évidemment que le crawl de Weissmuller et celui des meilleurs aujourd'hui n'a que peu de choses en commun...