1969, Eddy Merckx cannibalise le Tour de France

En 1969, Eddy Merckx n'est pas encore le cannibale, il affiche certes un palmarès impressionnant à seulement 24 ans avec déjà huit classiques et un Tour d'Italie, mais n'a encore jamais participé à l'épreuve reine du cyclisme, le Tour de France.

 

C'est un Merckx en colère qui se présente au départ du tour en juillet. Déclassé quelques semaines auparavant d'un giro qu'il survolait à la suite d'un contrôle anti-dopage réalisé dans des conditions extrêmement douteuses, le Belge a été immédiatement blanchi par la fédération. Il n'en est pas moins fermement décidé à laver son honneur. Ses adversaires sont prévenus !

 

Malgré sa gueule d'ange, qui n'est pas sans rappeler le King Elvis, le jeune Merckx est un teigneux, un bagarreur, un attaquant né qui n'aime rien moins que surclasser ses adversaires dans des raids insensés rejetant ses poursuivants loin très loin. En juillet 1969, le futur cannibale a décidé de faire mal !

 

 

La prise de pouvoir

 

Dès la deuxième étape, Merckx annonce la couleur en remportant avec Faema le contre-la-montre par équipes. Il enfile son premier maillot jaune, qu'il ne défendra pas, préférant s'économiser en attendant que la route s'élève.

 

Effectivement la première ascension, le Ballon d'Alsace à la 6e étape, voit Merckx s'envoler seul vers la victoire d'étape et la première place du classement général rejetant des rivaux collés au bitume à plus de quatre minutes...

 

Merckx récidive à trois reprises, dans les Alpes et lors des deux petits chronos, accentuant inexorablement son avance alors que les Pyrénées se profilent. Sauf défaillance le Belge a course gagnée avec plus de sept minutes d'avance sur ses  rares adversaires n'ayant pas totalement abdiqué

 

Éparpillés façon puzzle !

 

Dans l'étape reine des Pyrénées (Luchon-Mourenx, 218 kms), le coureur belge va décider de mettre fin aux illusions de ces derniers !

 

C'est alors une époque où les courses se gagnent d'homme à homme, où l'offensive est l'arme ultime. Point de leader caché derrière le train de son équipe pour gérer quelques secondes d'avance tel un apothicaire en cuissard. A cette époque, quand un Merckx, un Coppi ou un Hinault, attaquaient, les équipiers mettaient immédiatement le clignotant, laissant leur leader répondre, s'ils le pouvaient... Ça convient très bien à Merckx qui a lâché avant le départ de Luchon "le premier qui attaque, je me le fais."

 

D'ailleurs personne n'ose attaquer le nouveau roi, il plante lui-même une première banderille au pied du Tourmalet n'étant suivi que par Poulidor, Pingeon et Gandarias. Une compagnie qui pèse rapidement au Belge ; à quelques hectomètres du sommet il accélère avant de se lancer dans une descente hallucinante. A plus de 100 kilomètres de l'arrivée, Merckx est parti dans une chevauchée fantastique.

 

 

Derrière c'est la débandade, le sauve-qui-peut, l'enfer...

 

Merckx mène une telle cadence sous une chaleur étouffante que chaque coureur se retrouve seul, les meilleurs luttant pour limiter la perte de temps, les autres pour rentrer dans les délais.

 

Il y en a partout dans les Pyrénées, éparpillés façon puzzle !

 

A l'arrivée, le deuxième, l'Italien Michele Dancelli pointe à 7m56s. Merckx est seul au monde, écrasant le classement général, derrière Pingeon est à plus de quinze minutes, Poulidor à 20 ! Le dixième et tenant du titre, Janssen est à 50 minutes...

 

Le défilé du Roi !

 

La remontée vers Paris est une procession en hommage au nouveau monarque, aucun des (anciens) prétendants à la victoire n'ose la moindre initiative, de peur d'encourir des représailles.

 

Jacques Goddet, le directeur de la course, traitera même les coureurs de "fonctionnaires" dans l’Équipe du lendemain. Mais comment leur en vouloir, le Cannibale évolue sur une autre planète. Il suffit qu'il se dresse sur ses pédales pour que le reste du peloton tremble !

 

Merckx gagne encore le contre-la-montre clôturant l'épreuve, reléguant finalement ses vassaux, Roger Pingeon à 17m54s et Raymond Poulidor à 22m13s.

 

Un long règne va commencer. Le palmarès du Cannibale, qui restera à jamais inégalé, affichera 5 tours de France, 5 Giros, 1 Vuelta, 3 championnats du Monde, 31 classiques, avec au total plus d'une centaine de victoires dans des courses importantes !

 

Quelques mots sur le dopage s'imposent alors que rares sont aujourd'hui les courses à ne pas être polluées par une suspicion inévitable... et peut-être bien fondée à voir évoluer certains. Merckx, à l'instar d'autres grands champions cyclistes et de la majorité des coureurs du passé, a vraisemblablement utilisé des substances interdites. C'est évidemment condamnable au niveau éthique, mais sportivement les drogues utilisées à l'époque ne changeaient pas (selon la formule en vigueur) un bourrin en champion. Les amphétamines et les corticoïdes amélioraient légèrement les performances d'un coureur le jour de la course, sans pour autant bouleverser l'ordre établi et dénaturer la course.

 

De nos jours les procédés thérapeutiques employés (EPO, AICAR, PFC, Transfusion sanguine, etc.), en permettant aux dopés d'augmenter substantiellement leurs charges d'entrainement sur l'année, modifient totalement la hiérarchie et créent de véritables équipes de mutants.

 

En 1971 Merckx, opposé à Luis Ocana, écrira une nouvelle page de la légende du Tour lors d'un terrible orage dans le Col de Menté.

Écrire commentaire

Commentaires : 0