C'étaient des géants, partie 2 : Jimmy Connors

Après le duel mythique entre Borg et McEnroe, les portraits de Vitas Gerulaitis, Adriano Panatta et Arthur Ashe, Les Fous du Sport avaient prévu de vous présenter quatre immenses joueurs de ces années bénies pour le tennis : Jimmy Connors, Guillermo Vilas, Ilie Nastase et Manuel Orantes !

 

Mais très vite il a semblé impossible de faire un trop bref résumé de la carrière et de la personnalité de Jimmy Connors ; il y a tant à dire sur cet extraordinaire joueur ayant fait le bonheur de plusieurs générations de spectateurs qu'un article spécial s'est imposé.

 

Car Connors, c'est une carrière qui s'est étalée sur presque 25 ans, huit titres en Grand Chelem, 109 victoires en tournois ATP, une trentaine de victoires sur des circuits annexes, une Coupe Davis, près de cinq ans au total à la place de numéro 1 mondial, plusieurs dizaines de records qui tiennent toujours et le plus exceptionnel battant de l'histoire du tennis !


 

Connors le gladiateur

 

Comment ne pas consacrer à Connors, joueur à la longévité extraordinaire, compétiteur hors-norme et showman irrésistible, un article spécial sur ce site ?

 

Car Jumbo est plus qu'un joueur de tennis, c'est un gladiateur des temps modernes, un type qui n'était jamais aussi fort que, lorsque son adversaire épuisé, il sentait l'odeur du sang.

 

Aaron Krickstein, Patrick McEnroe et le pauvre Jean-François Caujolle peuvent en témoigner, ils ont tous mené deux sets à zéro et break(s) dans le 3e set avant de voir soudain le vieux lion rugir (à Roland-Garros Caujolle menait même 6/3 6/2 5/2, avant de laisser son illustre adversaire lui infliger un terrible 17 jeux à 2). Un point gagné, un poing rageur levé, une clameur dans le public, une balle litigieuse, et soudain c'est comme si le fauve s'était réveillé. L’œil de Connors brille d'une lueur étrange, vissé dans le regard désemparé adverse. Ça en est fini, Connors a senti l'odeur du sang et l'hallali commence...

"Je hais plus la défaite que je n'aime la victoire"

 

Bien sur Connors n'a pas gagné tous ses matchs, il faut dire qu'avec une carrière étalée sur presque 25 ans il a vu défiler l'histoire du tennis (Ken Rosewall, Stan Smith, Arthur Ashe, Björn Borg, John McEnroe, Ivan Lendl, Boris Becker, Mats Wilander, Stephan Edberg, André Agassi, Jim Courrier, etc.).

 

Surtout que l'Américain n'était pas le plus grand, ni le plus rapide, ni le meilleur serveur, ni un exceptionnel volleyeur, son coup droit avait tendance à flotter, seul son revers (et son smash meurtrier) était digne du numéro 1 mondial qu'il a été 268 semaines durant, dont trois ans consécutivement entre 1974 et 1977 !

 

Mais Connors aimait la castagne, n'hésitant pas à cogner un spectateur menaçant à l'US Open en 1977, ou à menacer physiquement Lendl qui avait une trouille bleue de Connors, le Tchèque évitant même de rester seul dans le vestiaire lorsque Jumbo trainait dans les parages... Mais c'est sur le court que sa combativité s'exprimait le mieux !

 

Ne renonçant jamais, sa hargne allait lui permettre de se construire un palmarès inégalé et de devenir une icône alors que son comportement sulfureux lui a longtemps valu le désamour du public dans un sport où les joueurs se doivent d'avoir une attitude irréprochable. Mais Connors n'en avait cure, il hurlait, manifestait bruyamment sa hargne à chaque point important gagné, se moquait des arbitres, de certains de ses adversaires, pouvant à l'occasion infliger un coup d'épaule à ceux qu'il n'aimait pas lors des changements de coté. So shocking ! 

 

 

Une carrière en quatre temps

 

Une carrière aussi longue ne peut être linéaire surtout avec un joueur aussi exubérant confronté à des adversaires différents et géniaux à une époque durant laquelle de nombreux changements se sont qui plus est produits.

 

Première partie. Connors bouscule la hiérarchie et devient le meilleur joueur mondial. En 1974, année de sa prise de pouvoir, lorsqu'il réussit le petit chelem, l'Américain est au sommet, seul Borg parvient ensuite à lui résister, notamment à Wimbledon puisque Jumbo ne participe pas à Roland-Garros. Il demeure 268 semaines numéro 1 mondial dont près de 150 consécutivement entre 1974 et 1977, remportant cinq titres majeurs.

 

Deuxième partie. Le passage à vide entre 1978 et 1981. Connors semble dépassé, barré par Borg et surtout McEnroe, il est incapable d'atteindre une finale du Grand Chelem et ne remporte que quelques tournois mineurs. Il se murmure alors que son mariage avec la superbe Patti McGuire, une ravissante miss, ne serait pas étranger à cette baisse de motivation. Alors qu'il s'approche de la trentaine, la retraite semble proche...

 

Troisième partie. La résurrection. En 1982, c'est le grand retour de Connors au premier plan, il bat McEnroe en finale de Wimbledon au terme d'un match hallucinant avant de disposer d'Ivan Lendl en finale de Flushing-Meadow pour redevenir numéro 1. Il signe l'année suivante - à 32 ans - une nouvelle victoire à l'US Open, en humiliant Lendl avec un 6/0 pour conclure le match. Si Jumbo ne réussira plus à remporter de grands chelems, l'âge, l'arrivée d'un nouvelle génération et peut-être les changements liés à l'apparition de nouvelles raquettes, constituant autant de handicaps, il reste jusqu'en 1989 continuellement dans les dix premiers mondiaux avec plusieurs demi-finales.

 

Quatrième partie. Le retour du vieux lion. 1990 est une saison blanche à cause de blessures, on pense Connors en préretraite, mais ce fantastique combattant revient en 1991 et 1992 pour une extraordinaire tournée d'adieux à 42 ans. Classé au delà de la 100e place et désormais l'incontestable favori des spectateurs de tous les tournois, il signe des matches d'anthologie, notamment dans son jardin à New York. Chaque rencontre de Connors, programmée en night-session évidemment, est un show pour lequel tout Big Apple s'est arrachée les places. Survolté, Jimmy Connors y réussit des come-back insensés contre des joueurs de vingt ans ses cadets...

 

 

Les adieux d'une légende.

 

En réalité ces deux années constituent une tournée d'adieux, l'occasion d'une émouvante réconciliation avec un public dorénavant transi d'amour.

 

Les passionnés de tennis l'adorent et Connors adore ça, ce soutien inconditionnel lui donne un supplément d'âme. En récompense il signe quelques uns de ces incroyables come-backs, remportant des victoires en cinq manches comme si il lui fallait trouver de nouveaux challenges après avoir volontairement abandonné les deux premiers sets et offrir aux spectateurs encore plus de plaisir !

 

Il fera quelques rares apparitions en tournois les années suivantes, disputant son dernier match sur le circuit en 1996 (à 44 ans !), avant de se consacrer au circuit senior qu'il a contribué à créer. Six années durant, il en sera évidemment le numéro 1, prenant à malin plaisir à triompher de ses deux vieux ennemis, Borg et McEnroe...

 

Découvrez la troisième partie de C'était des Géants, avec Guillermo Vilas, Ilie Nastase et Manuel Orantes.

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