Jim Clark, le dernier des romantiques

Jim Clark, c'est l'histoire d'un artiste qui conduisait une voiture avec une délicatesse insensée, avec une douceur confinant à l'amour des belles et fragiles mécaniques des années 1960.

 

Jim Clark, c'est une histoire de gentleman, d'amitiés fidèles, de kilt et d'élégance, de virtuosité, d'un type que tout le monde adorait - même ses rivaux pourtant surclassés.

 

Jim Clark, c'est aussi une tragédie qui a sonné le glas du romantisme en Formule 1 !

 

Lorsque l'on voit des photos de cet extraordinaire pilote et de cet homme toujours souriant, il est difficile de croire qu'il s'agit d'un fils de fermier écossais, surtout à une époque où la Formule 1 (et l'ensemble des disciplines mécaniques) était le domaine réservé des fils de famille.

 

Bien sûr sa famille est riche, mais peu importe, dans les Highlands on est alors aux antipodes de l'univers flamboyant des courses automobiles, la terre est tout et Jim - le seul garçon de la fratrie - destiné à reprendre l'exploitation familiale. Ses parents tolèrent cependant qu'il participe à quelques courses régionales, au cours desquelles son talent est immédiatement repéré, tout d'abord par l'écurie Border Reivers qui l'engage sans délai et très vite par son futur mentor, Colin Chapman.

 

Jim Clark commence alors son apprentissage du haut niveau, notamment aux 24 heures du Mans qu'il dispute deux fois d'affilée, terminant 2e de sa catégorie en 1960 et 3e du général en 1961, éblouissant les observateurs pour ses débuts sur les circuits internationaux. Et pourtant, Clark détestait Le Mans. Ce virtuose n'appréciait pas les considérables écarts de niveau dans une course où se côtoient alors professionnels chevronnés et amateurs.

 

Une histoire d'amour avec Lotus

 

C'est donc en Formule 1 que le génie de Clark va éclater, Colin Chapman fait appel à l'Ecossais pour piloter sa Lotus, une voiture hors-norme que l'on pourrait croire conçue sur mesure pour Clark.

 

La Lotus est une merveille, une mécanique exceptionnelle, des courbes parfaites, une tenue de route remarquable, mais c'est aussi une voiture d'une immense fragilité. Toute la douceur de Clark sera nécessaire pour l'apprivoiser et parvenir à l'amener sur la ligne d'arrivée.

 

Il faudra néanmoins deux ans au pilote pour dompter la belle, déjà prometteuse mais pas tout à fait assez performante pour lutter contre les Cooper la première année et les Ferrari la seconde, d'autant plus qu'il a aussi un redoutable adversaire en la personne de Stirling Moss, son coéquipier.

 

Un talent incomparable

 

En 1962, Jim Clark connait ses premiers succès au volant d'une Lotus encore plus véloce, mais encore plus fragile. Les données sont simples, soit la voiture tient et Clark gagne, soit la mécanique casse... C'est d'ailleurs ce qui se passera lors de l'ultime course, alors que l'Ecossais était en tête, laissant la victoire et le titre suprême à Graham Hill.

 

Il va dès 1963 déployer des merveilles de délicatesse et de souplesse pour préserver cette fragile mécanique, inventant une technique de pilotage révolutionnaire, toute en douceur. Une conduite pourtant terriblement efficace, la stratégie de Clark est simple : il signe la pole-position, effectue un départ sur les chapeaux de roue, enchaîne les meilleurs tours et gère ensuite tranquillement sa course, une fois ses rivaux loin derrière. Il remporte sept des dix courses au programme et devient champion du monde pour la première fois.

 

Si 1964 fut une année en demi-teinte (3 victoires tout de même), 1965 est l'année de la consécration avec six succès, six pole-positions et trois podiums pour un deuxième titre de champion planétaire en Formule 1 et une victoire triomphale lors des 500 miles d'Indianapolis ! Car Jim Clark aime plus que tout la course, enchaînant les compétitions - Rallyes, Formule 2, Productions, Indy Car - à une époque où les pilotes participent à toutes sortes de compétitions par passion, mais aussi pour gagner de quoi vivre.

 

Une légende est née

 

En trois ans, le fils de fermier écossais est devenu une icône, du fait de ses victoires à panache dans un style qu'imitera quelques décennies plus tard Ayrton Senna, mais aussi par ses exceptionnelles qualités humaines.

 

Car celui que l'on nomme désormais Gentleman Jim a tout pour lui : une gentillesse incomparable, une intelligence supérieure, une élégance absolue et une fidélité totale, notamment à Colin Chapman et Lotus, quelles que soient les propositions émanant des autres constructeurs.


Alors que la Formule 1 connaît son âge d'or, avec des pilotes extraordinaires (Stirling Moss, Graham Hill, Jackie Stewart, John Surtees, Jack Brabham), Jim Clark les surclasse régulièrement. Même si les lotus deviennent moins performantes les années suivantes, mais toujours aussi fragiles, l’empêchant de devenir à nouveau champion du monde, l’Écossais continue d'accumuler les succès réussissant un exploit qui semble alors insensé : égaler en 1967 le record de victoires en grand prix du mythique Juan Manuel Fangio (24). Une course suffit à écrire sa légende au firmament des artistes du volant : lors du Grand Prix d'Italie, Clark réussit à remonter et dépasser tous ses rivaux pour remporter l'épreuve alors même qu'il comptait un tour de retard !

Hockenheim, terre maudite


En 1968, les lotus semblent de nouveau compétitives, Gentleman Jim réussit à remporter la course d'ouverture de la saison, devenant ainsi le seul recordman de victoires en grand prix.


Mais malgré son exceptionnelle aura, Clark aime trop la course pour se contenter des dix maigres courses de F1 inscrites alors au calendrier, n'hésitant pas à prendre le départ de courses secondaires comme à Hockenheim le 7 avril 1968 pour une simple épreuve de Formule 2.


Comme Senna 26 ans plus tard, c'est une défaillance mécanique (une crevaison ayant provoqué le déjantage d'un pneu) en sortie de courbe rapide qui provoque la fin dramatique de ce pilote d'exception. A une époque où dégagements et rails de sécurité n'existent pas, la lotus de Clark va se désintégrer contre les arbres jouxtant la piste. Gentleman Jim est tué sur le coup.


Bien qu'habitué aux accidents mortels, le monde de la course automobile est sous le choc tant le génial Écossais semblait auréolé de la grâce divine. Colin Chapman est effondré, il vient de perdre son meilleur ami, peut-être le plus grand pilote de l'histoire de la Formule 1 et le dernier des gentlemen drivers.



Jim Clark c'est :


.  72 courses de F1 (seulement)

. 25 victoires

. 2 titres de champion du monde

. 33 pole-positions

. 29 meilleurs tours en course

. et 28 abandons (!)


C'est aussi une victoire aux 500 miles d'Indianapolis, des dizaines de titres dans diverses courses et le dernier romantique de l'histoire la Formule 1.


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Commentaires : 1
  • #1

    Hiram Gorgone (mercredi, 01 février 2017 17:44)


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