C'étaient des géants, partie 1

Vous avez aimé l'histoire de l'extraordinaire duel entre Borg et McEnroe, deux joueurs exceptionnels mais aussi deux personnalités hors-norme symbolisant parfaitement une époque où les tennismen pouvaient être à la fois des dandys complétement déjantés, aussi brillants sur les courts de tennis que sur les dancefloors du Studio 54, et des hommes engagés, se battant pour un monde meilleur...

 

Les Fous du Sport vous offre une galerie de portraits des géants des années 1970. Aujourd'hui : Vitas Gerulaitis, Adriano Panatta et Arthur Ashe.

 

 Vitas Gerulaitis

 

Le roi de la nuit ! Tennisman génial, serveur-volleyeur aérien aux volées d'une précision diabolique, qui fut plusieurs fois dans le top cinq mondial, Gerulaitis était en premier lieu le numéro 1 de la nuit. 

 

Gerulaitis roulait en Rolls jaune, une couleur spéciale assortie à sa crinière, immatriculée Vitas G. Une voiture devenue un phare pour tous les clubbers de New York : lorsqu'elle se trouvait garée devant une discothèque, vous pouviez être sûrs que c'était l'endroit où passer la nuit !

 

C'est que le fils d'immigré lituanien connaissait toutes les boites de toutes les villes où se disputait un tournoi de tennis. Il y passait fréquemment ses nuits, même avec un match devant se disputer le lendemain. Et pourtant il descendait systématiquement dans les suites des plus grands hôtels, des suites qu'il utilisait plus pour organiser des fiestas géantes ou ramener ses multiples conquêtes que pour dormir. Moche comme un pou, Gerulaitis était pourtant un tombeur exceptionnel comptant ses (sublimes) conquêtes par centaines !

 

Vitas ne dormait pas ou alors quelques minutes dans les vestiaires avant un match, il n'en n'avait pas besoin, l'adrénaline coulait dans ses veines dans lesquelles se trouvaient généralement toutes sortes de substances (LSD, Cocaïne, Acides, Whisky, Champagne, etc.).

 

Et si vous vous demandez comment il a pu réaliser une pareille carrière, sachez que c'était un tel fêtard que ses adversaires étaient souvent les premiers à l'accompagner lors de soirées surréalistes. Borg, Vilas, Panatta, le jeune McEnroe et toutes les stars de l'époque arrivaient souvent sur le court dans le même état que le roi de la nuit...

 

Et comme il avait un vrai talent et une farouche volonté il arrivait souvent à l'emporter avant... d'aller fêter ça au Studio 54.

 

Alors qu'il venait enfin de battre Jimmy Connors après 16 défaites consécutives, Gerulaitis eut ces mots : "que ça vous serve de leçon, personne ne bat Vitas Gerulaitis 17 fois d'affilée".

 

 Adriano Panatta

 

La classe italienne ! Beau comme un dieu romain, le cheveu long et l’œil noir, Panatta a promené son élégance transalpine sur les courts de tennis durant toutes les années 70. Avec une préférence certaine pour Roland-Garros qu'il a remporté en 1976 après avoir battu l'invincible Björn Borg (il est d'ailleurs le seul à l'avoir jamais battu - deux fois ! - à Paris).

 

Magnifique serveur-volleyeur, l'Italien brillait, étrangement, sur terre battue, une surface pourtant pas censée avantager son style de jeu. Les techniciens du tennis expliqueront avec raison que la terre étant sa surface naturelle, il était donc logique qu'il soit particulièrement à l'aise dessus. Il pouvait aussi plonger sur cette surface, une spécialité dont il fut le précurseur, il sauva ainsi une balle de match au premier tour de Roland-Garros avant, donc, de remporter le tournoi dans la foulée.

 

Après chaque plongeon, l'Italien prenait le temps de remettre sa coiffure en place, d'épousseter soigneusement sa tenue blanche jusqu'alors immaculée avant de s'éponger longuement et délicatement avec une serviette. Il pouvait alors reprendre le jeu sans se soucier de la demi-douzaine de spectatrices évanouies dans les tribunes du Central...

 

Il se trouve aussi que Panatta était un dragueur invétéré, aux innombrables conquêtes. Quelles villes, mieux que Paris ou Rome, où se déroulaient les deux principaux tournois sur terre battue mais où l'on trouve aussi les plus belles femmes du monde, auraient pu inspirer autant l'Italien ?

 

Outre les plongeons - et les femmes, Panatta avait deux autres spécialités : le sauvetage de balle de match, il réussit notamment à en effacer 11 lors d'un match à Rome, et la superstition. Il s'asseyait toujours à la même place, jouait un tournoi avec les mêmes chaussettes et sous-vêtements (lavés dans sa chambre d'hôtel pour ne pas nuire à son statut de latin lover) . Il se fit même apporter par un pilote de ligne une de ses paires de baskets depuis Rome puisqu'il avait égaré les siennes avant sa finale à Roland-Garros en 1976

 

Arthur Ashe

 

Le Soulman ! Ashe n'était pas seulement le sosie de Bobby Womack, ou un exceptionnel joueur de tennis vainqueur de trois tournois du Grand Chelem et de plusieurs Coupes Davis, c'était aussi un infatigable combattant contre toutes les inégalités et en premier lieu celles subies par les noirs et plus encore les Afro-américains.

 

Un engagement qui contrairement à ceux d'autres sportifs afro-américains passaient très bien auprès de la majorité de la population blanche. Ashe offrait toutes les qualités du parfait tennisman : élégance naturelle absolue, fair-play et un jeu aussi subtil que spectaculaire. Il fut le seul (avant l'arrivée de McEnroe et le crépuscule du Suédois) à afficher un bilan équilibré lors des confrontations avec Borg : 7 victoires chacun, alors que celui-ci régnait en maître dans la deuxième partie des années 70...

 

 Arthur Ashe était d'une grande intelligence, il avait vite compris que la confrontation frontale à la Tommie Smith dans un milieu comme le tennis serait forcément contre-productive. Pour défendre les intérêts de la communauté black, mieux valait devenir un symbole américain, élégant, courtois, généreux et accessoirement brillant sur le terrain, s'illustrant par sa générosité et des prises de position dignes et modérées faisant appel à l'intelligence et l'humanité de ses compatriotes. 

 

Ashe savait cependant s'engager avec virulence quand cela devenait nécessaire, il se fit d'ailleurs arrêter devant la Maison Blanche lors d'une manifestation pour les réfugiés haïtiens. Pour un homme qui allait les années suivantes être reçu par deux présidents des États-Unis (et à l'ONU), cela ne manquait pas de sel...

 

La haine de l'injustice l'accompagnait aussi sur le circuit, un jour que l'arrogant Ivan Lendl se permit une réflexion désobligeante à un Adriano Panatta vieillissant, Ashe eut ces mots : "cher Lendl, tu es peut-être numéro 1 mondial, mais tu ne fais pas encore partie du club des vainqueurs de majeurs, alors lorsque tu t'adresses à un membre de ce club tu dois dire Monsieur. Monsieur Panatta, Monsieur Ashe, tu as compris ?"

Cher Lendl, ne te permets surtout pas : tu es peut-être le N°1 mondial mais tu ne fais pas encore partie du club des vainqueurs de majeurs. Donc, à chaque fois que tu t’adresses à nous autres membres du club tu dois dire Monsieur : Monsieur Panatta, Monsieur Ashe… Tu as compris
Cher Lendl, ne te permets surtout pas : tu es peut-être le N°1 mondial mais tu ne fais pas encore partie du club des vainqueurs de majeurs. Donc, à chaque fois que tu t’adresses à nous autres membres du club tu dois dire Monsieur : Monsieur Panatta, Monsieur Ashe… Tu as compris?
Cher Lendl, ne te permets surtout pas : tu es peut-être le N°1 mondial mais tu ne fais pas encore partie du club des vainqueurs de majeurs. Donc, à chaque fois que tu t’adresses à nous autres membres du club tu dois dire Monsieur : Monsieur Panatta, Monsieur Ashe… Tu as compris?

 

Atteint du SIDA suite à une transfusion sanguine, il se battra jusqu'à la fin contre cette terrible maladie, par l'engagement évidemment, avec sa fondation éponyme.

 

Arthur Ashe disparaît en 1993 (à seulement 49 ans), quelques mois seulement avant Vitas Gerulaitis. La fin d'une époque en somme...

 

 

Retrouvez la suite de C'était des géants avec la partie 2 consacrée à Jimmy Connors et la 3 à Manuel Orantes, Ilie Nastase et Guillermo Vilas.

 

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