McEnroe - Borg : un tie-break de légende

Juillet 1980, Björn Borg est une icône indestructible qui vient de remporter son cinquième Roland-Garros et reste sur quatre victoires à Wimbledon.

 

Le Suédois est opposé en finale à un gamin insolent au tennis aussi imprévisible que son caractère. Tout oppose les deux hommes, d'un côté Borg au palmarès incomparable à 25 ans, d'un calme absolu, qui ne monte au filet que pour serrer la main de son adversaire ; de l'autre un Américain colérique, adepte d'un jeu offensif à l'extrême, qui semble se déplacer sur le cours avec la grâce d'un danseur.

 

En finale de l'US Open - le tournoi que le Suédois ne parviendra jamais à remporter - John McEnroe a nouvelle fois fait trébucher Borg glanant le premier de ses sept grands chelems. Les passionnés de tennis s'attendent donc à une confrontation indécise entre le métronome scandinave et le sale gosse de 21 ans, même s'il semble encore inimaginable que Borg puisse être détrôné...

 

Et pourtant dès le premier set, le New-Yorkais se rue sur son adversaire, servant parfaitement, retournant idéalement, il prend d'assaut le filet et étouffe le numéro 1 mondial dont le passing semble grippé. La démonstration de McEnroe se conclut par un cinglant 6/1.


La révolte de Borg


Le public est stupéfait, son idole, modèle d'élégance et de flegme britanniques, est malmené par un gamin hirsute et insolent. Les travées du vénérable central sont partagées entre l'homme aux chemisettes rayées rappelant un costume de Saville Road et cet Américain, étrange disciple des Sex Pistols.


Mais il en faut plus pour perturber l'homme venu du froid, il remporte le deuxième set 7/5 après avoir illuminé le court de sa classe pour prendre le service de McEnroe et s'adjuger le set. Iceborg a visiblement pris la mesure du numéro 2 mondial, ses étranges services sont retournés dans les pieds, ses volées sont renvoyées le long des lignes et ses offensives sur le service adverse sont irrémédiablement punies d'un passing-shot assassin !


Le Suédois remporte avec maestria le troisième set 6/3.


Un tie-break d'anthologie


Borg ne relâche pas son étreinte, continuant de jouer un tennis parfait, obligeant l'Américain a des trésors d'inventivité pour ne pas perdre son service et rester dans le match. Mais McEnroe est de retour, il suffit pour s'en persuader de le voir - ou plutôt l'entendre - éructer contre les juges à chaque balle litigieuse. C'est sa manière à lui de trouver un supplément d'âme avant de repartir au combat ou plus exactement au filet pour défier au plus près son ennemi.


McEnroe ne veut pas céder, il lui faudra cependant sauver magnifiquement deux balles de match pour y parvenir et tenir son engagement jusqu'au tie-break.


L'affrontement entre les deux premiers mondiaux va atteindre son acmé durant ce jeu décisif. Aucun des deux champions n'entend renoncer, les points s'enchaînent sans que l'un ne réussisse à prendre deux points d'avance. Les balles de set pour McEnroe succèdent aux balles de match pour Borg ; une, puis deux, puis trois, puis bientôt sept ! Mais l'étrange service de l'Américain trouve des angles improbables, ses volées sont claquées avec maestria le long des lignes, ses demi-volées insensées effleurent le filet pour retomber juste derrière. Le score devient fou : 16-16, 17-16 pour McEnroe qui obtient une nouvelle balle de set sur le service de l'impassible Suédois. Celui-ci craque enfin sur un nouveau rush adverse au filet. 18-16 après 35 minutes de jeu à l'intensité absolue.


Les deux rivaux se retrouvent à deux sets partout. Pour la première fois l'invincible viking a semblé vaciller dans son jardin anglais.




Jusqu'au bout du suspense !


Le score et les règles du tennis laissent penser que ce jeu décisif s'est terminé avec dernier point gagné par McEnroe, mais en réalité les deux joueurs vont continuer à se livrer une lutte farouche sur chaque point ! C'est une question de suprématie, d'ego, de talent, de génie, de haine et d'admiration.


Les jeux s'enchaînent, aucun des deux ne lâche son service, tentant à chaque occasion de mettre la pression sur l'autre. McEnroe monte au filet encore et toujours, Borg retourne et passe mille fois... Il faudra quatorze jeux supplémentaires pour que le Suédois ne finisse par l'emporter puisqu'il faut bien un vainqueur au tennis. Pour la cinquième fois l'armure craque quand Borg tombe à genoux après l'ultime point du match, finalement remporté 8/6 au cinquième set.


Il est visiblement en sanglots, lui Iceborg, le guerrier nordique totalement impassible. En face McEnroe est hagard, le regard trouble ; il marche tel un automate jusqu'au filet pour attendre son meilleur ennemi. La poignée de mains entre ces deux joueurs que tout oppose dit tout sur l'immense respect qui est en train de naître entre ces deux champions au fil de leurs rencontres aussi exceptionnelles les unes que les autres.

 

Plus que du tennis

 

L'année suivante Borg gagnera encore une fois Roland-Garros avant que McEnroe ne prenne sa revanche en finale de Wimbledon au terme d'un nouveau match magnifique cette fois survolé par un Big Mc en état de grâce.

 

Mais le charme est rompu, Borg se prépare déjà à prendre sa retraite à seulement 26 ans après une nouvelle finale perdue contre son rival à l'US Open. Au terme de sa victoire à Wimbledon, McEnroe confiera "je l'ai senti étrangement soulagé", comme si ce trophée à défendre chaque année avait fini par lui peser.

 

Comme si le maître suédois avait enfin trouvé un héritier digne de lui succéder après des années de suprématie sans partage. Car entre le glacial scandinave, hippie chic parfaitement zen à l'intérieur duquel brulait pourtant un feu incandescent, et le Sex Pistol des courts de tennis, une immense complicité était née. Lorsqu'au crépuscule de sa carrière on demanda à McEnroe pourquoi il n'était jamais parvenu à dominer le tennis comme le Suédois avant lui, il répondit "parce que Borg me manquait." 

 

Lors d'une rencontre entre les deux prodiges, alors que McEnroe, au bord de l'hystérie, était entré dans une colère noire contre les arbitres, Borg s'approcha et lui glissa "Mac, c'est seulement un match de tennis."

 

Entre John McEnroe et Björn Bjorg c'était en réalité beaucoup plus que du tennis...

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Commentaires : 4
  • #1

    Fresno Bobcat (lundi, 01 juin 2015 18:06)

    La page est canon et les photos géniales ! C'est tellement bien que je croyais lire la traduction d'un blog U.S ! Bravo Les Fous du sport !

  • #2

    Penelope (lundi, 01 juin 2015 18:47)

    Superbe article... Et belles photos !;)

  • #3

    Macpete ... (dimanche, 07 juin 2015 13:35)

    Ce qu'il y a de palpable et de perceptible à la lecture de votre article, c'est ce qui se cache derrière la plume.
    Nous savons que parfois, parce l'on dispose, fondu dans son encrier, de quelques mots de plus que le commun des scribouillards, l'on est capable de quelques verbales jongleries afin de faire mousser l'admiration.
    La point.
    Car derrière la plume il y a la passion. Et si l'on y réfléchit bien, c'est tout ce dont nous avons besoin pour nous aimer ce qui est partagé.
    Simplicité, fluidité, émotion, passion.
    Cela déborde de vie dans le verbe comme il est nécessaire de déborder de vie pour gagner un match du grand chelem.
    Merci les " Fous passionnés du Sport " ...

  • #4

    Fedex (mardi, 07 février 2017 09:35)

    Je me suis régalé à lire l'article sur Sampras et encore d'avantage avec celui-là. quels joueurs fantastiques ! J espere que vous publierez bientot un article sur Roger Federer, le plus grand de tous