Joe Montana, le quaterback de légende

Montana, pour le grand public, c’est Tony, alias Scarface, le célèbre baron de la drogue magnifiquement interprété par Al Pacino. Pour les passionnés de football américain, c’est surtout Joe, interprété par lui-même et spécialiste des scénarios à rebondissements. Si Tony est dans l’histoire du cinéma, Joe fait définitivement partie des légendes de la NFL.

Comme toutes les légendes dans n’importe quel sport, il a marqué l’histoire à sa façon, loin de l’ordinaire. Le maître du comeback, c’est lui. Tout le monde est d’accord. Dans un reportage d’ESPN qui lui a été consacré les innombrables témoignages sont unanimes. « Il s’attendait à gagner tous les matchs qu’il jouait », « il n’imaginait pas la défaite », « le terrain lui appartenait dès qu’il rentrait »… Mais qu’en pense l’intéressé ? « Mon père m’a enseigné de ne jamais abandonner, si j’ai réussi, c’est grâce à sa philosophie ». Cela semble si facile qu’on aurait presque du mal à le croire. Mais sa carrière est là pour rappeler qu’il est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de la NFL.

Notre-Dame, messieurs dames

« Joe Cool »a fait ses gammes du côté de l’université de Notre-Dame. Arrivé en 1974, il a tout d’abord dû patienter avant de montrer son don vraiment unique. Opposé à l’université de Caroline du Nord, il fait son apparition à 5 minutes et 11 secondes de la fin du match alors que son équipe était menée 14-6. Score final : 21-14. La légende a frappé pour la première fois. Il n’avait pas le plus puissant des bras, il n’était pas le plus rapide mais il avait toujours une solution pour se défaire des situations les plus compliquées. Il était incroyable dans des situations incroyables. Sa capacité à rester calme au milieu du chaos l’a mené vers le succès, et ce dès le college. Il y a toujours une part de chance dans le destin d’un champion. Celui de Joe Montana a vécu un tournant en 1977. Troisième quarterback au début de la saison, il profite d’un match face aux Purdue Boilermakers au cours duquel le quarterback titulaire va s’effondrer et le remplaçant se blesser. Menée 24-14 à 11 minutes du terme de la rencontre, Notre-Dame l’emporte 31-24. Joe Montana gagne bien plus qu’un match. Il gagne sa place de titulaire et se permet de rêver. Joe va justifier la confiance placée en lui jusqu’au terme de la saison : 9 victoires d’affilée et une victoire face aux Texas Longhorns, invaincus jusque là, lors du Cotton Bowl (38-10). Une finale que Joe Montana va remporter également l’année suivante… après avoir été mené par les Houston Cougars.

Une finale dans la légende

Certains ont sans doute pensé après son premier Cotton Bowl qu’il s’agissait d’un coup de chance. Mais ils vont vite se rendre compte qu’il s’agissait plutôt d’un coup de maître. Maître du terrain, du ballon, mais surtout maître du temps. Le deuxième Cotton Bowl de Montana va rentrer dans l’histoire. Oui, il est encore revenu au score. Mais « Joe Cool » a trouvé le moyen de rendre ce retour encore plus historique. Menée 20-12 à la mi-temps après avoir remporté le 1er quart-temps, Notre-Dame revient sur le terrain pour la seconde période sans son quarterback. Qu’a-t-il pu arriver à l’homme sans peur à un moment aussi crucial ? Souffrant d’une grippe, Joe est allé boire une soupe au poulet dans le vestiaire. Sa potion magique. Malgré le froid polaire de Dallas, Montana va revenir sur le terrain alors qu’il ne reste plus que 7 minutes et 37 secondes à jouer, Notre-Dame est menée 34-12… Vous vous doutez de la suite : victoire 35-34. L’apothéose de la légende du « Comeback Kid ». Il ne pouvait pas disputer son dernier match sous le maillot de Notre-Dame d’une autre façon. Un match qui est plus couramment appelé le « Chicken Soup Game ».


California

Malgré cela, il n’est choisi qu’au 3e tour de la draft 1979, par les 49ers de San Fransisco, ses statistiques n'étant pas exceptionnelles ! Ceux qui l'ont laissé passer doivent encore s'en mordre les doigts...  Il devient l’un des meilleurs quaterbacks de tous les temps, en remportant le Super Bowl quatre fois (1981, 1984, 1988, 1989) avec la franchise californienne. Outre trois titres de MVP de la finale, ses stats lors de ces quatre matchs parlent d’elles-même : 83 passes complétées sur 122, 1 142 yards, 11 touchdowns et aucune interception. Difficile de faire mieux dans le match le plus important de la saison. Mais rendre les choses simples, c’était une habitude chez lui. Il sera surnommé : Magic Montana.

Une décennie magique pour le football américain, les 49ers et Joe Cool, durant laquelle il aura illuminé de son génie et de cette manière unique de trouver la solution parfaite au moment idéal les stades et les écrans de télévision.

Un mental d’acier

Sa carrière n’a pas cependant été de tout repos. En septembre 1986, il se blesse gravement. Les doutes concernant son avenir en NFL se multiplient. Les docteurs lui conseillent d’arrêter. Ils ne connaissaient sans doute pas la personnalité de Montana qui va revenir sur les terrains plus fort que jamais.

Statistiquement, les saisons 1987 et 1989 sont parmi les meilleures. Mais les records personnels importent peu en sport, ce que l’on retient, ce sont les trophées. En NFL, ce sont les bagues. Montana en récoltent deux nouvelles, et ce d’affilée. La troisième consécutive était à portée de mains mais un homme va l’en empêcher : Leonard Marshall. Le 20 janvier 1991, en finale de conférence face aux Giants, Montana va perdre bien plus qu’une chance de remporter un cinquième Super Bowl. Aplati par Marshall dans le 4ème quart-temps, Montana va être touché physiquement et son histoire avec les 49ers va prendre fin. Avant ce choc, le champion avait connu des blessures. Steve Young, son remplaçant, avait même saisi sa chance. Mais l’adversité le rendait également meilleur. Les blessures ont quand même eu raison de lui et l’ont forcé à s’en aller, vers un nouveau défi.

Les Chiefs puis la retraite

« Je ne voulais pas quitter San Francisco, mais je voulais tout simplement jouer » a-t-il raconté. En se rendant à Kansas City, Joe Montana en a eu l’opportunité. Il ne fait pas de grands miracles. Mais à 37 ans il est toujours capable d’exploits malgré des blessures récurrentes. En 1993, il mène les Chiefs vers le titre de champion de l’AFC Ouest, remporté par la franchise pour la dernière fois en 1971. Mais c’est en 1994 qu’il va écrire le dernier chapitre de sa légende. Il n’empoche pas un cinquième Super Bowl, les Chiefs formant une équipe trop modeste, mais gagne le match que toute l'Amérique regarde. En début de saison, il affronte les 49ers et Steve Young son successeur. Un duel symbolique qu’il remporte 24-17, pour l’honneur et avant de tirer un trait sur sa carrière.

En 1995, il prend sa retraite. Les 49ers ont retiré le n° 16 de leur franchise en son honneur. Il intègre le Pro Football Hall of Fame en 2000.

Pour les connaisseurs, ses stats, à la passe, en saison régulière sont tout aussi impressionnantes qu’en play off : 5391 passes tentés, 3409 réussis pour 273 touchdowns !

Bien-sûr un sportif d'exception ne construit pas sa légende tout seul, particulièrement dans les sports collectifs. Mais les plus grands ont cette petite chose qui les distingue des autres et les inscrit à jamais dans l’histoire du sport. Joe, lui, il était cool...

 

 

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