1991 : l'incroyable Saga des Français en Coupe Davis

59 ans que la France attend une victoire en Coupe Davis...

 

Depuis la fin de l'épopée des Mousquetaires en 1932, les tennismen tricolores sont toujours revenus bredouilles de leurs campagnes dans la prestigieuse compétition. En réussissant à se qualifier pour la finale de l'édition 1991, les Français se mettent à rêver, galvanisés par leur capitaine, Yannick Noah !

 

Malheureusement en face, c'est une Dream Team qui se présente : les États-Unis, tenants du titre. Avec André Agassi et Pete Sampras, qui, s'ils ne sont pas encore au sommet de la hiérarchie mondiale (ils sont 5e et 7e), font déjà figure de futurs très grands, et une paire de double invincible composée de Ken Flach et Robert Seguso.

 

La France peut certes compter sur un Guy Forget au sommet de son art ; il vient de remporter Bercy en battant... Pete Sampras en finale, mais derrière les jeunes Arnaud Boetsch et Fabrice Santoro semblent bien tendres pour défier l'ogre américain.

 

La surprise Leconte !

 

Yannick Noah va tenter un inattendu coup de poker : sélectionner Henri Leconte. Le Français, blessé au dos, est redescendu dans les profondeurs du classement ATP. 156e, il est très loin de son meilleur niveau et semble déjà proche de la retraite ; le voir concurrencer les deux prodiges américains parait totalement utopique. Dans un premier temps, on pense que le finaliste de Roland-Garros en 1986 est retenu pour jouer le double au coté de Forget, mais très vite l'info circule : il disputera - si son dos tient et si le léger embonpoint apparu les mois derniers disparaît- les deux simples !

 

Bref, si tout le peuple bleu rêve d'un improbable exploit, les chances de les voir les Français succéder aux Borotra, Cochet, Lacoste et Brugnon sont bien minces...

 

 

Le tableau

 

Vainqueurs en 1991 (et de nouveau en 1993), les Américains se sont qualifiés en battant le Mexique, l'Espagne et la redoutable Allemagne de Boris Becker.

 

Les Français ont eu un parcours moins difficile en dominant la Belgique, l'Australie (au terme d'un match très serré remporté 3-2) et la Yougoslavie atomisée 5-0.

 

Une qualification qui donne néanmoins confiance aux tricolores sous les ordres de capitaine Noah en passe de se révéler comme un exceptionnel meneur d'hommes. Une confiance qui s'est illustrée avec le choix de disputer la finale sur un court en dur et non sur terre battue, surface traditionnellement réputée le point faible des Américains et le berceau des joueurs français. Mais Leconte et plus encore Forget excellent en indoor sur dur, Noah décide donc de parier sur les points forts de ses troupes plutôt que sur les faiblesses de ses adversaires.

 

Et surgit le vengeur masqué !

 

Tout commence mal pourtant, opposé à André Agassi, Guy Forget, le numéro 1 français qui est censé devoir gagner ses deux matches pour offrir une chance de victoire aux bleus, ne fait illusion qu'un set avant de s'incliner sévèrement 6-7/6-2/6-1/6-2.

 

Le public de Gerland est assommé après ces trois derniers sets à l'allure de raclée et la perspective d'un exploit qui s'éloigne. Même le clan français semble touché...

 

C'est avec un soutien poli que Leconte commence son match contre l'épouvantail Sampras. On ne saura jamais ce que Noah a bien pu dire à son joueur, mais c'est un récital qui débute ! Services claqués, volets millimétrées, smashs de bucheron, retours pince-à-sucre, amorties magiques, contre-pieds imparables, Riton se transforme soudain en vengeur masqué et le public hurle sa joie. Trois sets durant le Français livre une partition parfaite, face à laquelle Sampras a tout d'un coup l'air d'un gamin. Dans une ambiance indescriptible le 156e joueur mondial a redonné espoir à la France en trois manches sèches 6-4/7-5/6-4 !

 

Un double décisif

 

Le double qui s'annonce le lendemain contre la paire Flach-Seguso est crucial. Il faut impérativement gagner tant il semble utopique d'espérer des exploits à la fois de Forget qui certes a un relatif ascendant sur Sampras et Leconte qui a toujours connu de vraies difficultés contre Agassi. Le problème c'est que même si les deux Français forment un excellent duo, les Américains semblent invincibles.

 

Mais une fois encore, Leconte est monstrueux. Chaque balle qu'il touche est transformée en missile, les Américains n'ont tout simplement pas les armes pour s'opposer à la maestria du mousquetaire. Le premier set est une punition, 6-1.

 

Flach et Seguso tentent de réagir en jouant le plus possible sur Guy Forget, qui réalise un match solide sans toutefois être au niveau de son partenaire. Les débats s'équilibrent, mais une fois encore le vengeur masqué va réaliser des prodiges, offrant la deuxième manche à la France, 6-4.

 

Mais les choses se compliquent, Henri Leconte est soudain moins brillant, Guy Forget parait fébrile alors que les Américains semblent avoir trouvé la faille. Malgré quelques fulgurances de Leconte, la France perd le 3e set, 4-6.

 

Un vent d'inquiétude souffle sur Gerland, Leconte semble logiquement fatigué après deux rencontres d'une telle intensité et des mois d'inactivité, alors que le numéro 1 français peine à élever son niveau.

 

Au changement de coté, Yannick Noah exhorte ses hommes, surtout Forget, objet de toutes les attentions du capitaine. Il a visiblement su trouver les mots ; les deux hommes reviennent sur le terrain le poing serré et l'oeil noir.

 

Le vengeur masqué est de retour, chaque point gagné est ponctué d'un rugissement, il porte littéralement son partenaire, l'encourageant de la voix et du geste, bien soutenu par un public en totale incandescence. Et la magie opère !

 

Forget se libère, il est au niveau de son complice pour une démonstration parfaite, Flach et Seguso n'ont pas le bagage technique pour résister à deux prodiges jouant de concert la même symphonie. Le quatrième set est un feu d'artifice, facilement remporté par les Français 6 jeux à 2.

 

La France mène 2 à 1 alors que l'ultime journée va commencer.

 

Tension maximale à Gerland

 

La victoire semble malgré tout encore incertaine. Henri Leconte est fatigué et le voir réaliser la même partition que contre Sampras est loin d'être acquis, surtout contre Agassi dont le style lui convient moins.

 

Quant à Forget, même s'il a remporté de fort belle manière ses deux dernières rencontres contre Sampras, il n'a pas pour l'instant évolué à son niveau depuis le début de la finale. C'est malgré tout sur ses épaules que va reposer toute la pression, son duel contre le jeune Américain ouvrant la dernière journée.

 

Le match est insoutenable - superbe - mais insoutenable. Les deux joueurs ont retrouvé leur niveau et se livrent un magnifique duel. Forget remporte le premier set ; Sampras lui répond avec le deuxième. Le public est bouillant, ils sont 60 millions en tribune à pousser derrière la France, entonnant la Marseillaise à chaque occasion. Quant à Noah, il n'a jamais vécu une rencontre avec une telle intensité, il court, smash, volleye, avec Forget ; sa chaise ne lui sera d'aucune utilité !

 

A un set du bonheur

 

Forget a gagné le troisième set, 6-3, le quatrième est insoutenable, formidable duel de serveur qui envoient des pralines à 200Km/h. Mais Forget réussit le break, il est à un jeu du bonheur...

 

Sampras réagit et retourne parfaitement, mettant à chaque point une pression maximale sur le Français, s'offrant même une balle de débreak... sur laquelle Forget réussit une merveille de passing-shot ! Un service gagnant plus tard et c'est la première balle de match pour l'équipe de France. La première balle passe, Forget est à l'attaque, Sampras plonge pour remettre la volée du Français... qui n'a plus qu'à renvoyer la balle dans le court vide !

 

C'est l'explosion, Forget s'effondre, terrassé par l'émotion.

 


Yannick Noah se précipite pour éteindre son complice, immédiatement rejoint par le reste du clan tricolore. Forget et Noah sont en pleurs, entourés par le reste de l'équipe qui hurle de bonheur, au risque d'étouffer le héros de cette manche décisive.


Et voilà Henri Leconte, arrivé comme un missile de son vestiaire à l'intérieur duquel il patientait dans l'attente d'un éventuel, décisif et dramatique, cinquième match. Le visage déformé par des larmes de joie, il se jette dans les bras de son capitaine pour une longue étreinte, alors que Guy Forget est porté en triomphe par le reste de l'équipe.


Les Américains sont abasourdis, errant comme des âmes en peine sur le terrain du miracle.


Saga Africa


Très vite, une formidable sarabande se met en place à Gerland au rythme de Saga Africa, le tube de Yannick Noah ! Toute l'équipe de France se lance dans une chenille endiablée dans les pas d'un capitaine le micro à la main, pour le plus grand bonheur d'un public hystérique.


Perrin, Deblicker et Hagelhauer, les vétérans de toutes les campagnes, ne sont pas les derniers à se lancer dans la danse.  Les tours d'honneur s'enchaînent, Forget et Leconte, main dans la main avec le drapeau tricolore brandi, Noah porté en triomphe par ses troupes et la Marseillaise qui retentit encore et encore dans un stade en fusion. Fair-play, l'équipe américaine applaudit longuement les mousquetaires malgré une déception évidente.


Sampras et Agassi se consoleront vite de cette défaite, ils remporteront la Coupe Davis l'année suivante avant de se partager une décennie durant les titres et la place de numéro 1 mondial, rendant encore plus grand l'incroyable exploit des Français.


Décomplexée par cette victoire magnifique, l'équipe de France s'offrira à nouveau la Coupe Davis en 1996 et 2001 !

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