Bobby et les canards...

Peu de gens se souviennent de Henry Robert "Bobby" Pearce, à vrai-dire rares sont ceux ayant déjà entendu son nom. Et pourtant il s'agit d'un des plus grands athlètes de l'histoire !

 

Un exceptionnel rameur, double médaillé d'or aux Jeux Olympiques qui était imbattable une fois sur son esquif, imbattable et inarrêtable sauf par des canards...

 

Cet Australien, né en 1905, à Sidney, avait dans ses gènes l'aviron. Depuis trois générations sa famille trustait médailles et récompenses dans toutes les compétitions organisées sur l'île-continent. Champion incroyablement doué, il était aussi précoce, il se raconte qu'il a terminé deuxième d'une course réservée au moins de seize ans... alors qu'il était âgé de six ans !

 

Il va gagner un nombre incroyable de courses dans son pays, restant de longues années invaincu, tout en exerçant les métiers de charpentier et pêcheur à une époque où l'amateurisme était de rigueur. Il tâte aussi de la boxe durant son service militaire entre 1923 et 1296, devenant au passage champion militaire des poids-lourds ! Il faut dire que le gaillard affiche d'impressionnantes mensurations : 1m88 et 95kgs.

 

 

Les Jeux d'Amsterdam

 

Mais c'est bien évidemment en aviron que Bobby Pearce est le meilleur et ça tombe bien car les Jeux Olympiques d'Amsterdam de 1928 se profilent.

 

Le géant est le seul rameur sélectionné par son pays, dont il portera le drapeau durant la cérémonie d'ouverture. Il concourt en skiff, c'est à dire en solo, discipline qui est à l'époque aussi prestigieuse que le Huit.

 

Il remporte facilement ses deux premières courses avec à chaque fois une dizaine de longueurs d'avance (plus de 80 mètres), avant de se retrouver en quarts de finale opposé au Français Vincent Saurin. Il le distance dès les premières centaines de mètres avant de s'arrêter soudainement peu avant la mi-course !

 

Une famille de canards traverse le Canal Stolen.

 

Aussi insensé que cela puisse paraître aujourd'hui, l'Australien les laisse passer, attendant stoïquement que toute la famille en ait fini avec cette traversée. Une fois celle-ci achevée, il redémarre, fond sur son adversaire, le dépose irrémédiablement et remporte la course... avec le meilleur temps des huit participants encore en lice.

 

Il va sans dire qu'il remportera l'épreuve dans la continuité, même si le Britannique lui donnera du fil à retordre au tour suivant, décrochant la première de ses deux médailles d'or olympique.

 

Il faut bien comprendre qu'à cette époque le sport et tout particulièrement l'aviron était une affaire de gentlemen, notamment pour les sujets du Commonwealth. Si on ajoute à cela les différences de niveaux entre compétiteurs, autrement plus importantes que de nos jours, et la supériorité totale de Pearce, ce geste d'une élégance aussi rare que surannée peut s'expliquer, sans pour autant perdre sa magie.

 

Avec ou sans arrêt-canards, Pearce gagne toujours.

 

Pearce va continuer à remporter toutes les courses importantes qu'il dispute, s'offrant par exemple les British Empire Games en 1930 (la course reine de la discipline à l'époque) et bien sûr l'or aux JO de Los Angeles en 1932 avec une courte seconde d'avance sur l'Américain William Miller. Un déplacement rendu possible par la générosité de proches, la grande dépression étant arrivée jusqu'en Australie, plongeant le rameur au chômage.

 

Une situation précaire qui le poussera à céder aux sirènes du professionnalisme et le privera certainement d'une nouvelle médaille à Berlin. Qu'importe Bobby Pearce va continuer à gagner des courses, devenant champion du monde professionnel en 1933, 1934 et 1938.


Un peu de catch pour finir...


A partir de 1939, Pearce va se lancer dans le catch, de manière professionnelle à une période où il s'agissait encore d'un véritable sport. Pendant un an le solide gaillard va défendre chèrement sa réputation sur les rings du Canada où il s'est installé, avant de s'engager dans l'armée où il formera les Tommies canadiens.


Mais Bobby Pearce avait l'aviron dans le sang, en 1946 il revient à ses premières amours. L'homme qui aimait l'aviron et les canards remporte sa dernière victoire officielle en 1948, à 43 ans.


87 ans après s'être arrêté sur le Canal Stolen pour laisser passer quelques canards, Henry Pearce est toujours une légende en Australie.

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