Pourquoi le foot est devenu le roi des sports

Pourquoi le football, ce sport finalement assez étrange est-il devenu de loin le plus populaire des sports ?

 

Que l'on y réfléchisse un instant, c'est en réalité assez incongru d'utiliser ses pieds pour taper dans une balle. De tous temps, l'homme a principalement utilisé ses mains, pour chasser, se battre, cultiver, façonner, caresser, jouer et l'on en passe. Les pieds ne servant généralement qu'à marcher ou parfois à courir...

 

En soi, qu'un sport ait été inventé pour jouer au ballon avec ses pieds parmi la multitude de disciplines sorties de l'imagination de l'homme tout au long des siècles et plus encore lors des 150 dernières années, c'est dans l'ordre des choses. Mais que ce sport soit devenu le plus populaire de tous les sports de la planète, pratiqué par plusieurs milliards d'individus et suivis par encore plus lors des grandes compétitions, semble au premier abord assez incompréhensible.

 

Un peu d'histoire...

 

De tous temps les hommes ont joué avec des balles, parfois avec les pieds. Cette activité est notamment attestée chez les Grecs et plus tard les Romains, ou encore les Aztèques (!), même s'il ne s'agissait que d'une activité physique consistant à manier ou se passer le ballon sans compétition. Au moyen-âge, la soule et le calcio florentin constituent des ancêtres du football (et du rugby), particulièrement violents en particulier pour la variante italienne.

 

C'est en Angleterre que le football va naître et se développer, tout comme le rugby, les deux sports découlant à peu de choses près des mêmes bases, avant que des règles ne soient progressivement instaurées, amenant la création de deux sports distincts, en 1848 et en 1863.

 

Il faut dire que les premiers matchs de foot se disputaient selon des règles pour le moins floues, surface du terrain, nombre de joueurs par équipe, remise en jeu, possibilités ou non de prendre la balle à la main, jusqu'en 1863 chaque équipe avait ses propres règles. Avant de disputer un match, de longues palabres étaient souvent nécessaires et chaque mi-temps parfois disputées selon des règles différentes...

 


A partir de 1863, la création - toujours en Grande-Bretagne - de la Football Association va donner le coup de sifflet d'un formidable essor pour le football, même si les règles actuelles n'ont été instaurées que progressivement (le gardien pouvant par exemple se saisir du ballon avec les mains dans l'intégralité de sa moitié de terrain jusqu'à la fin du XIXe siècle...). Des lois du jeu qui - à quelques petits aménagements près - vont rester inchangées par la suite, facilitant la compréhension des pratiquants et spectateurs.

 

Et pour conclure ce volet historique, un petit mot sur l'aspect tactique de ce sport. Pendant quelques décennies, le jeu de passes était inexistant, lorsqu'un joueur récupérait le ballon il tentait d'aller marquer seul en dribblant ses adversaires (le dribbling). Les équipes avaient d'ailleurs des compositions assez originales avec par exemple, un arrière, deux milieux et sept attaquants ! Il fallut que les Écossais inventent le jeu de passe, mettant de sévères corrections au frère ennemi anglais, pour que se développe un jeu collectif.

 

 Pourquoi le foot est devenu le roi des sports ?

 

Diverses explications ont été avancées par des historiens ou des passionnés, fins connaisseurs du ballon rond, globalement justes.

 

Les raisons de son explosion à l'aube du XXe siècle tiennent à plusieurs facteurs.

 

En premier lieu, l'immense influence de l'Angleterre sur le monde à cette époque qui va exporter ses sports et notamment le football ; le voisin français, contaminé lui aussi, va faire de même dans ses zones d'influence.

 

Le caractère universel de sa pratique. On peut joueur au foot quelque soit son âge (ou presque), son gabarit, sa technique... Ses règles sont d'une simplicité enfantine, surtout lorsqu'il s'agit d'une partie amicale sans hors-jeu. Pas besoin d'équipements spécifiques, un ballon (en mousse, en chiffons, ou mieux en cuir), un terrain à peu près plat, deux cages ou quatre sacs de sport et un nombre de joueurs indéterminés suffisent amplement. Peu de sports peuvent être pratiqués sans équipements spéciaux (filets, raquettes, paniers, battes, crosses, piscines, etc.)

 

Une facilité de la pratique qui fait que presque tout le monde peut jouer au foot, d'autant plus que la violence est théoriquement absente de celui-ci, contrairement au rugby le cousin, les risques de blessure sont minimes. Surtout que ce sport ne coûte rien, une paire de chaussures, un ballon pour 22 acteurs, un champ ou une plage et c'est parti !

 

L'aspect gabarit est certainement une raison essentielle à la capacité du football à attirer autant de participants, c'est un sport dans lequel on peut briller en étant petit, maigre, lent, bref sans prédispositions physiques... Impossible au basket, au rugby, au volley, au hand, difficile au tennis, en natation, ou en athlétisme ; bien sûr dans chacun de ces sports on trouve des champions aux mensurations moyennes, mais si peu et généralement dotés d'une technique exceptionnelle. Il y a seulement quelques dizaines de demi de mêlée de mois d'1m85 au rugby, idem au basket, tous sont des surdoués ayant compensé une taille moyenne par des aptitudes exceptionnelles. Les footballeurs professionnels de moins d'un 1m80 sont des milliers !


Il n'est donc pas surprenant qu'un sport aussi facile à pratiquer, aussi peu couteux, soit ou fut joué par des centaines de millions d'individus, même de manière très occasionnelle. Et lorsque l'on a pratiqué un sport... on s'y intéresse !

 

Oui mais pourquoi un tel engouement ?

 

Le Hand Ball compte autant de licenciés que le foot, mais ne passionne que peu le grand public, alors que ce bon vieux football rend hystérique des peuples entiers (pas toujours positivement d'ailleurs)...

 

Le fait que chaque supporter puisse s'identifier est primordial. Chaque village, chaque ville, chaque pays, chaque catégorie sociale avec ici le club des ouvriers, là celui des employés de l'arsenal, a son équipe et même ses équipes par catégories d'âge. Des équipes dans lesquelles on a bien souvent joué ou tout au moins son cousin ou son voisin !

 

La dimension physique joue là aussi un rôle, on peut admirer Michael Jordan ou Sébastien Chabal, mais il sera difficile - à mois de mesurer 2 mètres ou éventuellement d'être barbu - de réellement s'identifier à eux, contrairement à un Xavi ou un Messi. Et si dunker est le privilège de quelques élus, chaque footballeur a une fois dans sa vie réussi un petit pont, fusse involontairement...

 

L'absence de temps-mort (hormis la mi-temps) rend le football attractif et spectaculaire, pas de pauses, pas de réorganisations tactiques nécessitant de longues discussions. Pas de longues séquences imposées, comme les attaques-défenses dans le basket, le hand ou le water-polo, si ce n'est peut-être lorsque le grand Barca monopolise le ballon... A chaque instant une équipe peut récupérer le cuir et la configuration du match changer.

 

Il s'agit sans nul doute de la spécificité d'un sport se jouant au pied et non avec les mains, tout est plus difficile, plus imprécis, en particulier conserver la balle ou la passer avec une précision absolue. Les gestes réussis sont ainsi plus spectaculaires - et donc télégéniques - les interceptions plus fréquentes, rendant les parties plus incertaines et donc là encore plus passionnantes... et télégéniques !

 

Une dimension tactique spécifique ! La composition tactique d'une équipe de rugby est toujours la même : huit avants et sept arrières. Au foot, ce n'est pas le cas, le seul élément constant est la présence d'un gardien. Ensuite c'est le domaine de l'entraineur (ou du sélectionneur) : 4-5-1, 4-3-3, 3-5-2, 4-4-2, 5-3-2, 4-4-2 en losange, etc. Tout comme la décision de faire jouer Dugenou arrière gauche ou laisser Durand sur le banc pour l'utiliser comme impact player à 20 minutes de la fin. Et lorsque l'on sait que la France compte 60 millions de sélectionneurs, on imagine les discussions au café du commerce sur la nécessité d'une défense en zone ou d'un marquage individuel et accessoirement le tirage du quotidien L’Équipe...

 

Identification encore et toujours...

 

 

Tous ces éléments sont connus, mais ne pourraient à eux seuls expliquer l'exceptionnel engouement pour ce sport, s'il n'existait deux caractéristiques particulières propres au football : l'incertitude du résultat et la rareté du but !

 

Rares sont les disciplines où les chances de voir le favori l'emporter ne sont pas absolues. Michael Phelps ou Roger Federer ne seront quasiment jamais battus par un type évoluant à la 100e place mondiale, l'Italie - pourtant 10e nation mondiale - n'a quasiment aucune chance de dominer les Blacks et les États-Unis sont imbattables au basket.

 

Aussi fort soit le Brésil, il n'aura jamais match gagné contre la Hongrie ou le Sénégal, et les victoires de clubs évoluant dans une division inférieure sont fréquentes dans les coupes nationales. Au foot, une équipe inférieure peut être dominée, surclassée, acculée un match durant devant ses buts et finalement l'emporter par la grâce d'un contre miraculeux ou d'une vilaine frappe détournée.

 


But ! Goal ! Goal ! Gooooooooooooaaaaaaaaaaal !

 

Quant à la rareté du but, sa soudaineté et son caractère imprévisible, ce sont des caractéristiques uniques au football. Un match est verrouillé 89 minutes durant, une équipe mène 1-0 et gère son avantage, des millions de supporter ont l’œil rivé sur le chronomètre, les uns trouvant l’égrenage des secondes interminable, les autres voyant chaque minute s'écouler trop vite, quand soudain une frappe transperce les filets, déclenchant de violentes et simultanées décharges d'adrénaline dans l'épine dorsale de la moitié de la planète et un désespoir absolu chez l'autre moitié. Et si, à l'image de l'incroyable finale entre Manchester United et le Bayern Munich en 1999, un second but est inscrit la minute suivante, les émotions ressenties par les fans du club anglais seront d'une intensité absolue...

 

Un match de rugby ou de basket sera souvent spectaculaire, mais avec des scores élevés et un important nombre de paniers ou d'essais et de pénalités, qui ôteront partiellement le caractère dramaturgique propre à une rencontre de football.

 

C'est bien dans cette particularité que nait la passion pour le football : tout peut arriver ! Et lorsque l'impensable ou au contraire l'espéré survient les émotions ressenties sont inégalées !



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Commentaires : 1
  • #1

    Art (samedi, 09 juillet 2016 22:35)

    Texte très juste