Nawal El Moutawakel : Portrait d'une femme en or

S’il existe des champions dont les noms transcendent le temps, construisent la légende et l’histoire olympique, plus rares sont les championnes qui s’imposent comme des évidences. Certaines associent l’exploit sportif, la victoire, au symbole dont l’histoire olympique est si friande, que les médias internationaux savent construire en épopée. Voilà pourquoi nous avons choisi de nous intéresser plus particulièrement à Nawal el Moutawakel.

 

Nawal el Moutawakel est née le 15 avril 1962 à Casablanca, au Maroc. Elle débute sa carrière sportive en 1978, sous la conduite de son entraîneur français, Jean-François Coquand. Ce dernier la convainc deux ans plus tard de se spécialiser sur le 400 mètres haies. Une fine intuition !  Elle se distingue sur le plan international en 1982 en remportant deux médailles d'or lors des Championnats d'Afrique du Caire, en Égypte, sur 100 m haies et sur 400 m haies. Titrée en 1983 lors des Jeux méditerranéens de Casablanca, elle décide cette même année de se rendre aux États-Unis pour suivre des études en éducation physique.

En 1984, Nawal El Moutawakel entre dans l'histoire comme la première femme arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d'or olympique à l'occasion des Jeux de Los Angeles. Elle s'impose sur 400 m haies, devant l'Américaine Judi Brown et la Roumaine Cristina Cojocaru, et améliore en même temps le record d'Afrique en 54 s 61, laissant ses rivales à six dixièmes.

Elle remporte deux nouveaux titres continentaux sur 400 m haies, en 1984 et 1985, survolant à chaque fois la discipline pour remporter un doublé et s’offrir ses troisième et quatrième médailles d’or aux championnats d’Afrique d’athlétisme, signant au passage de nombreux records d’Afrique.

 

Le rêve américain de Nawal

 

Lauréate, d'une course promise aux Américaines, elle est la première femme marocaine, arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d’or olympique, lors de l’épreuve du 400 m haies des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Pour la première fois, cette épreuve figure dans le programme des Jeux olympiques. Que de symboles et valeurs dans cette course certes marquée par l’absence des athlètes des pays communistes ayant boycotté les Jeux.

 

Parmi les symboles, comment aussi ne pas évoquer l’image d’une femme libre, courant jambes et épaules dénudées, à l’instar des autres athlètes féminines ; un symbole de liberté et d’ouverture pour les femmes et compétitrices musulmanes à l’heure ou l’intégrisme naissait…

 

Une athlète d’exception qui allait devenir une femme engagée !

 

Après une carrière sportive en tout point réussie, Nawal el Moutawakel aurait pu couler une retraite paisible, la jeune femme a pourtant choisi de rendre au sport ce qu’il lui avait offert – ou plus exactement ce qu’elle était allé chercher à la force de ses jarrets – s’engageant à la fois dans les instances internationales et dans la promotion du sport au Maroc.

 

Promotion du sport et des droits de la femme !

 

Des études universitaires aux États-Unis la conduisent au poste d’entraîneur d’athlétisme. En 1995, elle devient membre de la Fédération internationale d’athlétisme, puis en 1998 membre du CIO dont elle occupe des fonctions importantes à la commission exécutive, elle arbitra même la lutte entre les cinq villes candidates à l'organisation des JO en 2012.

 

Parallèlement, le roi Hassan II la nomme secrétaire d’État pour la jeunesse et les sports au Maroc en 1997, poste qu’elle occupe à nouveau en 2007 comme ministre, cette fois sous le règne de Mohamed VI

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Elle incarne la femme marocaine moderne, figure d’un mouvement d’émancipation par le sport, la culture, l’insertion au fait politique. Si la route qui conduit à l’émancipation de la femme marocaine est encore longue, en un tour complet du Coliseum Stadium de Los Angeles, Nawal el Moutawakel a ouvert des portes que d’autres athlètes marocaines franchissent aujourd’hui, rejointes par des artistes, des auteures et des intellectuelles.

 

 Une forte tête...

 

Elle double sa carrière sportive d’une implication dans les institutions internationales au service du sport, des femmes, et par extension des femmes du Maghreb. Après avoir conquis les stades et salles de sport, les femmes investissent les institutions sportives, milieu conservateur et masculin s’il en est. La médiatisation des Jeux est un atout pour la défense et la conquête des droits. Sur 106 membres au printemps 2012, 19 sont des femmes : le chemin est encore long ! Pour la plupart d’entre elles, elles sont d’anciennes athlètes auxquelles les exploits sportifs servent de passeport institutionnel. Les autres sont les représentantes de fédérations sportives ou des princesses en exercice comme Nora de Liechtenstein ou la princesse Anne d’Angleterre, compétitrice en équitation aux Jeux de Montréal.

 

D’autres sportives au parcours riche et symbolique peuvent servir de thème d’étude comme Hassiba Boulmerka ou Rakia Al-Gassra par exemple. Le combat de ces femmes musulmanes pour l’intégration de la femme sportive, pour l’émancipation de la femme tout court, se poursuit dans l’obtention de délégations féminines de tous les pays.


Si Nawal el Moutawakel courrait aussi vite, volant sur les obstacles, c'est qu'en réalité, elle savait parfaitement vers quel but aller...

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