A jamais les premiers !

La nouvelle Champion’s League

 

En ce jour de l’an de grâce du 26 Mai 1993, le peuple marseillais, et également le peuple français, attendent que l’Olympique de Marseille remporte la coupe aux grandes oreilles. Tout le monde a encore en mémoire, les larmes de Basile Boli en 1991. L’OM perdit la finale de la coupe des champions, aux tirs aux buts, contre L’Étoile rouge de Belgrade. Toute la ville de Marseille est parée de bleu et blanc. Toute la semaine précédant le match, des centaines de milliers (on parle de Marseille) iront déposer un cierge à « la bonne mère » pour favoriser la victoire olympienne.

 

La ligue des champions 1992-1993 est la 39e édition de cette compétition, et c’est la première fois qu’elle se nomme Ligue des champions. La compétition se déroule d’une manière différente que la ligue des champions que nous connaissons aujourd’hui. En effet, 32 équipes sont engagées, dont 28 se sont directement qualifiées et 4 qui doivent disputer un tour préliminaire. Après deux tours en aller-retour, les 8 dernières équipes sont réparties en 2 poules. Le premier de chaque poule est qualifié pour la finale.

 

L’Olympique de Marseille et le grand Milan AC, qui a survolé sa poule en remportant tous ses matches, sont les heureux élus.

Munich

 

Des milliers de supporters, certains mettront plus de 18h de voyage, se rendent à Munich, lieu de la finale. Les marseillais ont envahi la vile de Bavière. Ils passent la journée en terrasse à préparer le match en prenant l’apéro. Les supporters des deux camps fraternisent dans tous les lieux de la ville dans une ambiance cordiale et bon enfant.

 

Le grand Milan de l’époque espère glaner son 5e titre. Il est la meilleure équipe du monde depuis une petite dizaine d’années. Seul L’OM rivalise depuis le début des années 90. Marseille a toutefois perdu son attaquant emblématique, Jean-Pierre Papin, qui joue désormais… à Milan !

 

Il est 20h40, le match commence dans cinq minutes. Les deux équipes pénètrent sur la pelouse. Dans chaque virage, chaque groupe de supporter déclenche de magnifiques Tifos. Le stade Olympique de Munich est d’un coté rouge et noir et de l’autre bleu et blanc. Il fait un temps idéal pour jouer un match de football.

 

OM : Fabien Barthez - Jocelyn Angloma, Eric Di Meco, Basile Boli, Marcel Dessailly, Jean Jacques Eydelie- Didier Deschamps, Franck Sauzée, Abedi Pelé- Rudi Voller, Alen Boksic Entraineur : Raymon Goethals

 

Milan AC : Sébastiano Rossi – Paolo Maldini, Alessandro Costacurta, Franco Baresi, Roberto Donadoni – Frank Rikjaard, Demetrio Albertini, Gianluigi Lentini- Marco Van Basten, Mauro Tassoti- Daniele Massaro  Entraineur : Fabio Capello

 

 

La rencontre ne commence pas en faveur de Marseille. Milan et Van Basten malmènent l’O.M, mais grâce à un grand Fabien Barthez et une solide défense, Marseille ne rompt pas. L’équipe française ne fait que quelques apparitions dans le camp adverse, ce qui laisse penser qu’une fois de plus aucun club français ne remportera la coupe des champions.

 

La 44e Minute

 

Je vais prendre tout mon temps pour narrer ce moment. Un moment comme celui là, il ne faut pas le raconter vite… il faut prendre son temps… savourer !

 

Abedi Pelé déborde côté droit et obtient un corner. Il faut préciser qu’en réalité, il n’y a pas corner. Il parle à Basile Boli, lui dit d’aller au 1er poteau parce qu’au 2e, ça l’oblige à tirer plus fort. Rijkaard et Baresi sont au marquage sur le solide défenseur marseillais. D’un ballon brossé, Abedi Pelé dépose le ballon sur la tête de Boli, qui décroise et envoie le ballon au fond des filets adverses. Les joueurs, les supporters, les dirigeants, la ville de Marseille, la Provence, La France explosent de joie. L’O.M vient de prendre l’avantage juste avant la pause.

 

La deuxième mi-temps sera un rude combat pendant 45 minutes. Le peuple marseillais gagnera, à cette occasion, le record du monde pour une « apnée collective de 45 Minutes ».

 

Milan va pousser – Papin rentrant d’ailleurs dès le début de la seconde mi-temps - mais sans parvenir à se montrer véritablement dangereux, hormis sur corners avec plusieurs occasions qui vont faire passer un vent de frayeur - aussi glacé qu'un vilain Mistral d'hiver - sur le Vieux Port… Mais en cette fin de saison, les jambes n’y sont plus du côté milanais qui n’arrive pas à accélérer alors que du côté marseillais, une défense de fer fait bloc à jusqu’aux dernières secondes.

L’explosion finale

 

L’arbitre siffle enfin la fin du match. C’est une libération pour toute la France… Enfin un club français remporte la coupe des champions.

 

Les joueurs de L’O.M courent dans tous les sens sur le terrain pour se congratuler, certains sont allongés se prenant la tête entre les mains, regardant de temps en temps, pour voir si ce n’est pas un rêve. Et puis surtout, il y a Basile Boli… Basilou, qui se précipite vers le virage Marseillais. Il regarde la foule et avec ses mains, il montre que ce soir il ne pleure pas… Bari, c’est fini !

 

Bernard Tapie, Jean-Pierre Bernes et tout le staff de l’O.M sont en pleurs, comme des gamins de 10 ans, ils courent sur la pelouse pour retrouver les joueurs. Jean-Pierre Papin erre comme une âme en peine au milieu du terrain, se demandant sans doute pourquoi avoir quitté son ancien club…

 

Après l’euphorie du coup de sifflet final, les émotions ne sont pas finies. Il faut attendre pour soulever le trophée. Didier Deschamps aura le privilège, en tant que capitaine, de brandir la prestigieuse coupe aux grandes oreilles.

 

Toue la France fêtera l’évènement comme il se doit. La Canebière est noire de monde quelques minutes seulement après le coup de sifflet final. Même les Champs-Élysées seront envahis pour célébrer la victoire marseillaise, qui pour cette soirée sera aussi la victoire de la France du foot toute entière.

 

Mais pour les Marseillais, c’est un tout autre sentiment qui se dégage. Le sentiment d’être à jamais les premiers…

 

 

A noter que cette année 1993 fut faste pour le football français avec les qualifications d'Auxerre et du PSG (après un match extraordinaire contre le Real de Madrid) en demi-finales de la coupe de l'UEFA.

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