La France renverse la montagne Black

Le 31 octobre 1999 la France a rendez-vous avec l'histoire ou plus exactement avec de terrifiants All Blacks en demi-finale du mondial de rugby. S'ils n'ont pas été souverains en quarts contre l’Écosse (victoire 30-18), les Néo-Zélandais ont survolé leur poule et semblent invincibles depuis de longs mois. Il faut dire que dans leurs rangs se trouve le joueur le plus extraordinaire de l'histoire : Jonah Lomu !

 

1999 : La France surprend les All-Blacks à TwickenhamLes Français n'arrêteront pas Lomu

 

Jonah Lomu est un phénomène, il mesure 1m96, pèse 120 kilos et court comme le vent. Une masse de muscles lancée à 40 km/h qui renverse tout sur son passage... Mais ce n'est pas le seul argument de cette équipe qui compte des joueurs du calibre de Josh Kronfeld, Taine Randall, Andrew Merhtens, Christian Cullen, Jeff Wilson ou encore Tana Umaga pour ne citer que les plus spectaculaires d'un quinze idéal.

 

John Hart est tellement confiant qu'il a décidé de ménager son demi de mêlée Justin Marshall (remplacé par Byron Kelleher ce qui illustre la densité de cette équipe ) !

 

En face c'est une sélection expérimentale qui est opposée à la meilleure équipe de la planète, avec deux ailiers (Christophe Dominci et Philippe Bernat-Salles) qui sont des feux-follets mais affichent à peine, à deux, le poids de Lomu, une charnière de remplaçants au début de la coupe du monde n'ayant que peu joué ensemble (Fabien Galthié et Christophe Lamaison) et deux trois-quarts (Émile Ntamak et Richard Dourthe) talentueux mais à la complémentarité incertaine. C'est en réalité devant que la France semble la mieux armée pour s'opposer aux terreurs avec de solides gaillards (Fabien Pelous, Abdelatif Bennazi, Marc Lievremont, Raphaël Ibanez et l'infatigable Olivier Magne).

 

 

Le quinze de France

 

Les bleus sont eux aussi invaincus, ils ont disposé d'une poule facile avant de dominer l'Argentine en quarts (47-26) lors d'un match enlevé qui n'a pas totalement rassuré sur les capacités défensives des Français alors que se profile la montagne Lomu...

 

Le début de match est de qualité, les bleus font de la résistance, ouvrent le score d'une pénalité de Lamaison, parviennent à rester dans la match suite à un essai du même joueur, mais sont malgré tout distancés après un essai de Jonah Lomu qui a renversé la moitié de l'équipe. Il ne s'agit pas d'une figure de style, le surpuissant ailier d'origine tongienne a renversé, écrasé, raffuté, piétiné, huit joueurs tricolores avant d'aplatir, la houppette même pas décoiffée !

 

Les Français reviennent au vestiaire avec un déficit de 7 points (17-10) et le sentiment d'avoir finalement pas trop mal résisté à leurs illustres adversaires.

 

Un sentiment de courte durée. Dès les premières minutes de la deuxième période Jeff Wilson et Jonah Lomu éliminent la moitié de l'équipe de France d'un subtil redoublement de passes avant que l'autobus néo-zélandais n'enfonce une fois encore le reste des bleus jusqu'à l'en-but. Un nouvel essai extraordinaire de l'homme-montagne qui porte le score à 24-10 et sonne le glas des espérances tricolores.

 

Lamaison tient la baraque !

 

Lorsque Lamaison décide de taper une pénalité (réussie) les observateurs se disent que ça ne changera rien et qu'il aurait mieux valu tenter de marquer un essai. Rebelote quelques minutes plus tard (24-16), les Français se rapprochent. L'ouvreur continue sa démonstration de précision en enquillant deux drops successifs ramenant son équipe à deux points des Blacks.

 

Les hommes à la fougère argentée contre-attaquent, mais les bleus ont dressé les barbelés ; les avants sont héroïques et rejouent Verdun, les arrières coupent toutes les lignes de passe vers les ailes, les Blacks ne passeront pas !

 

Les Français récupèrent la balle, Galthié tape une merveille de dégagement dans le ciel de Twickenham, haut et long, qui ne semble jamais vouloir retomber. Un homme court comme un dératé, seul aux milieux des arrières blacks en repli, c'est Christophe Dominici qui va être récompensé de son sprint effréné par un rebond malicieux ; une offrande du destin qui le propulse à l'essai, permettant à la France de passer devant, Lamaison ayant évidemment converti la transformation (29-24).

 

C'est alors une furia bleue qui emporte les Blacks, les avants sont déchaînés et inarrêtables ! Ils emportent leurs adversaires sur trente mètres avec un maul de morts de faim. Dans les yeux des blacks, la peur apparaît ! Galthié éjecte le ballon vers Lamaison qui tape une passe au pied millimétrée derrière les arrières néo-zélandais, Richard Dourthe se saisit de l'offrande et aplatit sous les poteaux (36-24). Les bleus exultent, les 80 000 spectateurs de Twickenham hurlent de bonheur et les Blacks ont des visages d'enfant...

 

Mais les guerriers du pacifique ne renoncent pas et repartent au combat ; les barbelés sont ressortis. Le quinze tricolore ne sort plus de son camp mais ne rompt pas. Les Français font barrage de leurs corps, repoussant toutes les tentatives adverses jusqu'à ce ballon échappé qui traine au sol et que Lamaison dégage d'un coup de pied. Magne se précipite, il réalise un match énorme colmatant les brèches, plaquant comme un avant, courant comme un arrière, il catapulte le cuir au loin d'un dégagement de footeux et poursuit sa course entre deux arrières noirs. Nouveau coup de pied vers la ligne d'essai néo-zélandaise lorsque apparaît Bernat-Salles. Le virevoltant ailier vole, il dépasse Magne et les Blacks, c'est la charge de la brigade légère. Il est inarrêtable, se saisit du ballon et plonge dans l'en-but malgré le retour désespéré de Wilson qui restera de longues secondes accroché au Français comme à un rêve envolé.

 

Lamaison (en photo ci-dessous) convertit la transformation (28 points pour l'ouvreur français), scellant le triomphe hexagonal d'un score sans appel (43-24). Les Français viennent d'infliger un 33-0 en trente minutes à la meilleure équipe du monde et peut-être de l'histoire !

 

 

A quelques secondes du coup de sifflet final, les Blacks marqueront bien un essai pour l'honneur (43-31), le match étant plié, avant que l'arbitre ne libère les Français.

 

On assiste à des scènes de liesse, les héros se congratulent, pleurent, rient et s'embrassent. Lomu erre au milieu du terrain, géant fragile et vacillant. Les Blacks sont à terre, ces immenses champions ne seront pas champions du monde...

 

Les bleus non plus ! Renverser la montage néo-zélandaise leur a demandé trop de cœur, trop de force, tellement d'énergie qu'ils ne feront que pâle figure en finale contre l'Australie (défaite 35-12). Mais qu'importe, un tel exploit vaut tous les titres du monde...

 

 

La composition de l'équipe de France :

Xavier Garbajosa – Philippe Bernat-Salles, Richard Dourthe, Émile Ntamack, Christophe Dominici – Christophe Lamaison – Fabien Galthié – Olivier Magne, Christophe Juillet, Marc Lièvremont – Fabien Pelous, Abdelatif Benazzi – Franck Tournaire, Raphaël Ibañez, Cédric Soulette. Sélectionneur : Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux

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Commentaires : 3
  • #1

    Edwin (lundi, 13 avril 2015 20:11)

    Quel match de fou ! Je me souviens de Bernat salles avec le black accroche a lui, j'avais les larmes aux yeux. Excellent article

  • #2

    Phil74 (mercredi, 18 novembre 2015 19:48)

    Un génie ce Lomu. RIP Man

  • #3

    RCT (mercredi, 19 octobre 2016 14:59)

    Match extraordinaire superbement retranscrit par ce beau papier